Le
samedi 20 septembre, 2008
Les Dangers d'un Gouvernement Harper majoritaire.
« S’il élit ce dictateur [Stephen
Harper], le Québec est d’un ridicule achevé ou d’une
inculture incroyable. ... [Il est inconcevable que] des
Québécois soient assez naïfs pour se trahir eux-mêmes [et] trahir
leur propre culture ».
Gilles Vigneault (10 septembre 2008)
« Le gouvernement [Harper] continue
d’appuyer en principe la dualité linguistique canadienne, mais cet
appui ne se manifeste pas par une vision d’ensemble à
l’égard des politiques gouvernementales et de la fonction
publique. »
Graham Fraser, Commissaire aux langues officielles, Rapport 2008
« Les arguments ... selon lesquels il faut un statut
spécial pour protéger la langue française au Québec
– sont tous simplement faux. »
Stephen Harper, (le 19 janvier 2002)
Faisant fi de sa propre loi sur des
élections à date fixe (prévue pour le 19 octobre 2009), Stephen
Harper a néanmoins
cyniquement déclenché des élections
fédérales pour le 14 octobre. Ce sera donc une occasion pour les
électeurs canadiens de mettre à la porte un des pires
gouvernements que le Canada ait eus depuis des décennies. Harper a
prétexté que les partis d'opposition l'empêchaient de faire
son travail. Mais considérant tout le mal qu'il a fait, qu'est-ce que
cela aurait été s'il avait eu un gouvernement majoritaire ?
Même si je suis de très près l'économie
et la politique américaines depuis quelques
années, (voir mon livre : Le
Nouvel empire américain) cela ne signifie nullement que
je me désintéresse des questions canadiennes.
Néanmoins, j'ai beaucoup hésité avant
d'écrire ce billet sur les élections fédérales du
14 octobre 2008. C'est que malgré les dangers évidents à
long terme, surtout pour le Québec, de reporter au pouvoir le parti
Conservateur (en réalité le Reform Party, un
parti d'extrême droite fondé en Alberta en 1987 (plus tard devenu
l'Alliance canadienne) et qui tire ses racines de l'ancien Crédit social
de l'Ouest canadien), les partis d'opposition sont tellement dans un
état avancé de délabrement qu'il est possible que
plusieurs électeurs votent Conservateur-Reform par défaut ou pour
faire changement. Ce serait une grave erreur.
Présentement, les sondages
semblent indiquer la formation d'un gouvernement conservateur majoritaire au
lendemain des élections du 14 octobre. Alors qu'il faut 155
sièges pour former un gouvernement majoritaire, les sondages donnent
plus de 170 sièges aux conservateurs, alors qu’ils en avaient
obtenu seulement 124 aux élections générales du 23 janvier
2006.
Les lecteurs de ce blogue savent ce que je pense de l'actuel
président américain, George W. Bush, que je considère
comme étant l'un des pires présidents, avec son immoralité
et son incompétence, que les États-Unis aient eus de toute leur
histoire. Or, Stephen Harper
est un admirateur béat de George W. Bush et de ses politiques. Par
conséquent, qu'on ne s'étonne point que je ne recommande pas de
voter pour cet homme et son parti d'extrême droite.
En effet, le Gouvernement de Stephen Harper est l'équivalent
canadien du Gouvernement néoconservateur américain de George W.
Bush. Les deux ont été des désastres au cours des
dernières années. Comme Bush l'a fait pour les États-Unis,
Harper a détruit en quelques courtes années la réputation
internationale du Canada.
Et pour les Québécois, en particulier, voter pour Harper
et son parti est un peu comme si les poulets, de guerre las, votaient pour le
Colonel Sanders ! C'est que je crois que Harper est fondamentalement
hostile au Québec, malgré les mamours qu'il lui fait
présentement pour obtenir suffisamment de députés au
Québec pour former un gouvernement majoritaire. Est-ce que les
Québécois sont suffisamment naïfs pour tomber dans le
panneau ?
C'est que l'histoire se répète avec Harper. En effet, John
Diefenbaker fit le même tour au Québec en 1958. En
effet, Diefenbaker, un député de l'Ouest canadien (Saskatchewan),
avait réussi à former un gouvernement minoritaire en 1957, mais
il avait obtenu peu de sièges au Québec. Pour l'élection
du 31 mars 1958, il fit une cour assidue à l'Union Nationale
alors au pouvoir, laquelle voulait briser l'emprise historique des
libéraux au Québec. Les nationalistes québécois de
droite se laissèrent séduire et ils contribuèrent à
élire 50 députés conservateurs au Québec.
Mais Diefenbaker, comme Harper aujourd'hui, comprenait mal les
aspirations du Québec qu'il considérait une province comme les
autres, dont le poids politique décline continuellement à
l'intérieur du Canada. Et, comme Harper aujourd'hui, il était
fondamentalement hostile au fait français au Canada. Et, aussi comme
Harper, il rejetait le fait historique des deux peuples fondateurs du Canada
pour faire sienne la théorie du melting-pot canadien, lequel ne serait
que l'extension du melting-pot américain. Mais, comme Harper,
Diefenbaker était passé maître dans la tactique qui
consiste à distribuer au Québec des bonbons sans grande importance
afin de faire illusion.
À la différence de Harper, cependant, il faut dire que
Diefenbaker s'opposait à ce que le Canada devienne une colonie politique
des États-Unis. Harper, en effet, a démontré par ses
paroles et ses politiques, que ce statut de colonie américaine lui
convenait parfaitement. Chaque fois que George W. Bush lui a fait signe, il a
toujours répondu “Yes, Sir.” À mon avis, Harper est
bien pire que Diefenbaker parce qu'il est plus hypocrite et un plus grand
artiste de la dissimulation.
C'est ainsi que le Canada a perdu sa réputation
d'indépendance sur la scène internationale. Plus personne ne
prend le gouvernement Harper au sérieux sur la scène mondiale
parce que tout le monde sait que c'est un gouvernement qui prend ses ordres de
Washington. C'est ce qui explique que le Canada ait consacré quelques
7,5 milliards de dollars dans une guerre néo-coloniale à l'autre
bout du monde et ait envoyé une centaine de ses jeunes se faire tuer en Afghanistan.
Et souvenons-nous que Harper,
lorsqu'il était dans l'opposition, faisait pression sur le gouvernement
de Jean Chrétien pour que le Canada envoie des troupes en Irak aux
côtés des États-Unis et de la Grande-Bretagne, dans leur
guerre impérialiste unilatérale et illégale au
Moyen-Orient. Ceux et celles qui sont contre la guerre de Bush en Irak, parce
qu'il s'agit d'une guerre immorale et illégale, ne peuvent en conscience
voter pour Stephen Harper, à moins de se trahir eux-mêmes.
Il semble que l'Action
Démocratique veuille répéter
cette année la même erreur que l'Union Nationale fit en 1958: ce
parti recommande de voter pour les candidats de Harper. Les dirigeants de cette
formation politique devraient se rappeler que l'Union Nationale ne s'est jamais
relevée de l'appui qu'elle avait apporté à Diefenbaker.
Ce serait donc, à mon avis, une grave erreur de contribuer de
près ou de loin à la formation d'un gouvernement Conservateur
majoritaire à Ottawa. Ce Parti conservateur, lequel est comme je le dis,
le Reform Party de l'Ouest canadien déguisé sous la peau du Parti
conservateur, après sa fusion avec le parti de l'Alliance canadienne,
est fondamentalement un parti anti-Québec.—Il est vrai qu'au cours
des trois dernières années ou presque, étant minoritaire
à la Chambre des Communes, le parti de Stephen Harper a dû
modérer l'ardeur anti-Québec de ses députés de
l'Ouest. Cependant, faites l'erreur de leur donner un gouvernement majoritaire,
et vous verrez leurs vraies couleurs réapparaître.
Pourquoi le Parti Conservateur (Reform) ne représente pas les
intérêts du Québec ?
1-Premièrement, parce que c'est un parti qui ne fait que
tolérer le français dans la fonction publique
fédérale et qui n'a rien fait pour mettre en oeuvre les recommandations
du Commissaire aux langues officielles, M. Graham Fraser, afin d'assurer la
pérennité du français à Ottawa. —C'est que
Stephen Harper considère que le bilinguisme est davantage une valeur
personnelle qu'une valeur institutionnelle. Avec la perte de poids politique du
Québec dans l'ensemble canadien, appuyer un parti qui ne croit pas au
bilinguisme institutionnel est une mauvaise façon de préparer la
survie et l'avenir du français au Canada.
Se souvient-on que Stephen Harper a dirigé la National Citizen's
Coalition, dans les années '90, une organisation qui appuyait ceux qui
militaient au Québec contre l'affichage à prédominance
française ?
Il ne faut surtout pas se leurrer sur la portée de la motion du
22 novembre 2006, laquelle reconnaissait le Québec comme nation au sein
du Canada. Une telle motion n'a aucune valeur constitutionnelle concrète
et ne se traduit nullement par l'attribution de
plus de pouvoirs au Québec. Il s'agit d'un geste à saveur
essentiellement politique sans portée réelle.
Il faut se rappeler que Stephen Harper était contre l'Accord du
Lac-Meech de 1987, lequel octroyait plus de vrais pouvoirs au Québec.
C'est à ce moment que Harper quitta le Parti progressiste-conservateur
de Brian Mulroney et travailla à la fondation du Reform Party de Preston
Manning pour protester contre ces concessions faites au Québec. Si cet
homme avait eu à cœur les intérêts du Québec,
croyez-vous qu'il aurait tenté de saboter les efforts de Brian Mulroney
pour constitutionnaliser plusieurs des
revendications historiques du Québec? Pourquoi toute cette
hypocrisie aujourd'hui ?
2- Deuxièmement, Stephen Harper a déjà pris des
mesures importantes pour faire du Canada un pays
militariste, une position qu'une forte majorité des
Québécois ont traditionnellement rejetée. Sous Harper, en
effet, les dépenses en équipements militaires ont soudainement
bondi de $ 22
milliards.
3- Troisièmement, malgré le fait que 70 pourcent de la
population québécoise soit contre la guerre en Afghanistan,
quelques 2,500 soldats canadiens continuent de tuer des civils et des enfants,
en notre nom en Afghanistan.
Pour l'ensemble du Canada, c'est 61
pourcent de la population qui s'oppose à cette agression
armée en notre nom. Il n'y a que 32 pourcent des Canadiens qui appuient
cette politique (surtout dans l'Ouest canadien), de sorte que le conservateur
Stephen Harper ne devrait pas recevoir plus de 32 pourcent d'appuis, ce qui
l'empêcherait de former un gouvernement majoritaire qui foulerait aux
pieds la volonté d'une majorité de la population.
Le 5 février dernier, je disais ceci au sujet
de la guerre
canadienne en
Afghanistan :« Ne
nous trompons point. Le Canada n'est pas à l'autre bout du monde, en
Afghanistan, un pays dominé par des chefs de guerre et par le commerce de l'opium, pour des raisons
humanitaires, comme certains le croient, ou pour quelques grands principes de
justice et de démocratie. Il est là pour les mêmes raisons
qu'il envoya des troupes en Afrique du Sud lors de la guerre des Boers de
1899-1902 : c'est-à-dire pour répondre à une
requête impériale. » Le
Canada a des soldats en Afghanistan parce que George W. Bush en a fait la
demande. Sans cette demande pressante, le gouvernement minoritaire de Stephen
Harper n'aurait pas de lui-même mis sa tête sur le billot en se
lançant dans une guerre qui ne nous concerne pas.
Pour les États-Unis, cependant, et pour le
tandem de Bush-Cheney, en particulier, il en va autrement. Pour ces deux
politiciens puants l'odeur de pétrole, l'Afghanistan est la porte de
sortie du pétrole abondant découvert autour et dans la mer Caspienne.
Ainsi, pour l'ancien chef de cabinet de Brian Mulroney
et chroniqueur au Globe & Mail, Norman Spector, le Canada envoie des
soldats se faire tuer en Afghanistan à cause du pétrole.
Selon Spector, en effet, qui s'y connaît en ces matières,
« Nos militaires [Canadiens] ne sont pas
là pour construire des écoles ni pour lutter pour les droits des
femmes. La raison qui explique la présence de nos soldats en
Afghanistan, c’est le pétrole. »
Mais pourquoi le Canada, qui est un exportateur net de gaz naturel et de
pétrole, voudrait-il contrôler militairement le
pétrole de la mer Caspienne ? La réponse à
cette question est la suivante : Parce que le gouvernement
américain veut contrôler cette région stratégique et
parce que plusieurs multinationales
étrangères oeuvrant en Alberta, la base politique de
Stephen Harper, ont aussi des projets dans la région de la mer
Caspienne.
Tout cela est bien connu dans les milieux qui s'y connaissent, mais
c'est une information que les lecteurs des journaux canadiens et
québécois n'ont pas. Le lyrisme des deux empires
médiatiques que sont les empires Asper au Canada anglais et Desmarais
(Gesca) au Québec atteint des niveaux inégalés. Pour le
groupe Gesca de Desmarais, des Québécois se font tuer en
Afghanistan pour sauver la « civilisation occidentale ». Rien n'est plus
faux. C'est pour le pétrole et pour plaire à Bush que nous avons
des soldats en Afghanistan.
Qu'est que l'Afghanistan a fait au Canada pour que
notre pays soit de facto en guerre contre lui ? En quoi la
participation à cette guerre lointaine entâche-t-elle la
réputation du Canada sur la scène internationale ?Ce sont
là des questions que plusieurs doivent se poser, tant au Canada anglais
qu'au Québec, avant d'aller béatement voté pour le parti
qui nous a mis dans un tel pétrin.
Conclusion
Ma conclusion est la suivante : Même si les partis
d'opposition ne sont pas très attirants, dans chaque comté, votez
pour le candidat qui a les meilleures chances de défaire le candidat de
Stephen Harper.
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Rodrigue
Tremblay est professeur émérite de sciences économiques
à l'Université de Montréal et peut être rejoint
à l'adresse suivante: rodrigue.tremblay@yahoo.com
Visite de son
blogue:: http://www.thenewamericanempire.com/blog.
Site Web de
l'auteur: http://www.thenewamericanempire.com/
Vérifiez la
table des matières du prochain livre du professeur Tremblay:
"Le Code
pour une éthique globale" à l'adresse suivante :
www.LeCodePouruneEthiqueGlobale.com/
En anglais :
http://www.TheCodeForGlobalEthics.com/
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Affiché,
le samedi 20 septembre, 2008, à 5:30 am
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