LE CODE POUR UNE ƒTHIQUE GLOBALE

Vers une civilisation humaniste

par Rodrigue TREMBLAY

 

RECENSEMENTS

 

A) La Tribune Libre Unitarienne

B) RŽponse de Rodrigue Tremblay

C) Commentaires

D) Amazon Canada

 

 

A)

Rodrigue Tremblay, Le code pour une Žthique globale

Liber, MontrŽal, 2009

Ce que nous pensons du Ç dŽcalogue È du professeur Rodrigue Tremblay?

par Hannelore Daniel Poncelet et LŽo Poncelet

 

TRIBUNE LIBRE UNITARIENNE VOL, 5, NO.1 aožt 2009

 

CÕest pour nous un grand honneur dÕavoir pu accueillir, le 28 janvier dernier ˆ lՎglise unitarienne de MontrŽal, Rodrigue Tremblay, Žconomiste et professeur ŽmŽrite ˆ lÕUniversitŽ de MontrŽal. Il est venu nous parler de son plus rŽcent ouvrage : Le code pour une Žthique globale (A). Et nous lÕen remercions de tout cÏur.

Son bouquin nous a beaucoup plu. Il est stimulant, et par son style engagŽ, nous incite ˆ la rŽflexion. Ce qui nous a frappŽs, tout au long de sa lecture, cÕest la rŽsonance quÕil peut avoir chez les UUs (unitariens universalistes). Il est clair pour nous que le professeur Tremblay ouvre la voie ˆ un dialogue fŽcond entre les humanistes et les UUs. Cela est tant mieux.   Lors de lՎcriture du prŽsent compte-rendu, nous nous sommes tous les deux longuement interrogŽs sur le sens ˆ donner ˆ chacune des dix rgles humanistes du code Tremblay ˆ la lumire des sept principes UU. Nous ne sommes pas dupes. Si dÕautres se prtaient au mme exercice, le rŽsultat serait certes diffŽrent, nous le savons bien. Mais nous osons quand mme penser quÕil y aurait des accords sur quelques idŽes de fond.  

Selon le professeur Tremblay, les codes dՎthique traditionnels sont inadŽquats pour rŽpondre aux dŽfis auxquels nous faisons face aujourdÕhui sur notre terre fragile. Pour transcender leurs lacunes, il propose un nouveau code dՎthique articulŽ autour dÕune vision rationnelle et humaniste.

Son ouvrage dŽborde lՎconomique et mne ˆ la morale. Paradoxe? Ç Non, rŽtorque le professeur Tremblay, Adam Smith Žtait lui-mme prŽoccupŽ par la morale È. En effet, Adam Smith, le pre de la science Žconomique, divisa son systme en deux parties pour mieux rendre compte de la complexitŽ de lÕhumain comme tre moral. Dans son premier ouvrage (1), il insiste sur le sentiment de la sympathie, le ciment de toute sociŽtŽ; dans son second (2), il accentue la propension au troc et ˆ lՎchange.  Pour Smith, lÕaltruisme et lÕintŽrt sont deux versants de la rŽalitŽ humaine autour desquels oscille le systme Žconomique quÕil incorpore au principe supŽrieur de la justice, tel que conu par lui. La postŽritŽ, selon Ernest Becker (3), a oubliŽ la complexitŽ du systme dÕAdam Smith et lÕampleur de sa vision pour finir par la rŽduire ˆ celle de lÕhomme Žconomique (homo oeconomicus).

En prŽface de lÕouvrage du professeur Tremblay, Paul Kurtz (4) affirme que lÕhumanitŽ fait face ˆ deux scŽnarios possibles : le premier, humaniste et optimiste; le second, pessimiste et enracinŽ dans les religions dogmatiques du passŽ. Selon Kurtz, le code pour une Žthique globale du professeur Tremblay sÕinscrit dans le premier scŽnario. Dans ce qui suit, voyons en dŽtail ce quÕil en est.

Pour mieux asseoir son dŽcalogue, le professeur Tremblay dÕabord balaie du paysage les cinq lacunes suivantes des morales traditionnelles fondŽes sur le religieux (5):

1. Elles sont des morales de groupes. Leur dŽfaut est trop souvent Ç dՐtre tournŽs contre les autres È.

2. Anthropocentriques, elles mettent lÕhumain au-dessus de la nature faisant perdre Ç le respect quÕil doit avoir pour toutes les autres formes de vie È.

3. Elles promeuvent une double moralitŽ, par exemple Ç un individu ne doit pas tuerÉ, mais un chef dՃtatÉ peut le faire impunŽment È.

4. Elles sont des morales dÕautoritŽ, se servant souvent de lÕidŽologie de lÕenfer comme outil dÕintimidation.

5. Elles ont une conception dualiste, encourageant une attitude nŽgative vis-ˆ-vis le corps.

Ensuite, il propose un Ç meilleur code moral È constituŽ de dix rgles humanistes  ŽlaborŽes Ç dÕune faon ordonnŽe et convaincante È (6) et fondŽes sur la raison. Selon lui, dans notre sociŽtŽ moderne un code dՎthique  Ç plus ŽlaborŽ, plus englobant et plus spŽcifique È est nŽcessaire pour contrecarrer Ç É lÕaviditŽ et lՎgo•smeÉ quiÉ sont ŽrigŽs au niveau de politiques publiques et de morale individuelle È (7). LÕintuition naturelle, la spontanŽitŽ des sentiments moraux, telle lÕempathie, ne sont quÕun point de dŽpart pour un tel code dՎthique.

Touchons maintenant le centre nerveux de son ouvrage qui porte sur les dix rgles humanistes en autant de chapitres. Nous noterons, au passage, les parallles et les divergences avec nos sept principes UU (B).

1. DignitŽ et ŽgalitŽ

La premire rgle humaniste du code Tremblay : Proclamer la dignitŽ naturelle et lՎgalitŽ inhŽrente de tous les tres humains en tous lieux et en toutes circonstances.

Ë bien y regarder, cette rgle Žvoque le principe de la rŽciprocitŽ fondŽ sur lÕempathie et la connaissance intuitive du bien et du mal, la fameuse rgle dÕor, Ç tu aimeras ton prochain comme toi-mme È. Pour le professeur Tremblay, cette rgle Ç devrait prŽsider aux relations entre les individus et les nations È (8). Il y incorpore le droit ˆ lՎgalitŽ entre lÕhomme et la femme, que repoussent malencontreusement encore aujourdÕhui certaines religions. Cette rgle rejette lÕidŽe de la Ç supŽrioritŽ raciale È et de la Ç destinŽe manifeste È.

Bien que le UUisme  (unitarianisme universalisme) se considre une religion, peut-tre un peu atypique, cette rgle du code Tremblay et le premier principe unitarien, qui reconna”t et promeut Ç la valeur et la dignitŽ intrinsques de la personne È (9), se ressemblent comme deux frres.

Pour nous, la personne nÕest pas une ”le. La dignitŽ de la personne nÕest pas Ç la loi du dŽsir individuelle, ŽrigŽe en norme ultime È (10), la consŽcration de lÕindividualisme pur et simple. Le je suppose le tu (11). La personne se construit dans le rŽseau dՎchange quÕelle tisse au cours de sa vie; celui-ci sՎtend depuis le cercle de son moi aux autres cercles concentriques, la famille, la citŽ, et lÕuniversel. La personne est un nÏud de relations et est pluridimensionnelle. Sa dignitŽ comprend Ç une dimension individuelle, une dimension familiale, une dimension civique, une dimension universelle È (12) quÕil faut prendre en ligne de compte.

Les UUs considrent la valeur et la dignitŽ de la personne comme le premier et le seul principe moral absolu. Pour le professeur Tremblay, cÕest la plus importante rgle, les autres neuf rgles de son code en dŽcoulent.

Porter atteinte ˆ la valeur et ˆ la dignitŽ intrinsques dÕune personne, cÕest la mŽpriser, lÕavilir, la considŽrer comme non humaine, voire tuer en elle tout ce qui est humain. Les cas dÕatteintes ˆ la valeur et ˆ la dignitŽ de la personne sont encore trop nombreux. En AmŽrique, il y a plus dÕun million de sans-abri. Et le nombre sÕaccro”t sans cesse dans nos villes. Eric Lichtblau rapporte dans un article du New York Times (13) du 7 aožt 2009 que les sans-abri sont victimes de la haine. Ils se font mme tuer parfois.

Il est honteux quÕil y ait encore autant dÕhumains qui ne se sentent pas chez eux, chez nous et ailleurs, dÕautant plus que La DŽclaration universelle des droits de lÕhomme reconna”t le principe de la dignitŽ de la personne. Reconna”tre ce principe, cÕest une chose. Mais du point de vue des opprimŽs,  cÕest insuffisant.  Ce quÕil faut, cÕest orchestrer la lutte contre lÕexclusion, immŽdiatement et partout o on la trouve sur la Terre des Hommes. Reconnaissons-le, beaucoup de terrain nous reste ˆ labourer pour faire du principe de la dignitŽ de la personne une pratique courante.

2. Respect

La deuxime rgle du code Tremblay : Respecter la vie et la propriŽtŽ dÕautrui en tout temps. Le professeur Tremblay renchŽrit sur cette rgle en Žcrivant : Ç Le droit naturel de  propriŽtŽ, ˆ commencer par sa propre vie, est ˆ la base de la libertŽ humaine È (14).

Respecter la vie dÕautrui en tout temps ne pose pour nous aucun problme en soi. La reconnaissance de la dignitŽ de la personne suppose dÕailleurs ce respect. Mais pourquoi associer respect de la vie et respect de la propriŽtŽ dÕautrui? Sur quel critre affirmer que la propriŽtŽ est un droit naturel et pourquoi y inclure la vie? Ce droit naturel de la propriŽtŽ est-il bien la base de la libertŽ humaine?

Les assertions pŽremptoires de la deuxime rgle du code Tremblay, et dans plusieurs passages de son chapitre nous rendent perplexes. Nous nÕavons aucun principe UU qui fait mention de la propriŽtŽ, et encore moins qui associe la libertŽ de la personne ˆ la propriŽtŽ privŽe. Nous pouvons dÕailleurs douter de lÕuniversalitŽ de la deuxime rgle du professeur Tremblay. Son chapitre a besoin dՐtre dissŽquŽ.

Mler la propriŽtŽ et la vie est problŽmatique. Dans la vision du professeur Tremblay, le possesseur Žchange des choses pour accumuler des richesses. Il ne peroit pas lÕidentitŽ de la personne dans le regard des autres, mais dans le regard portŽ par eux sur les objets quÕelle possde. Selon nous, la possession est un moyen qui crŽe un lien entre un objet et soi. De par sa nature, la vie est une fin en soi. CÕest une force vitale qui permet la durŽe ŽphŽmre de chaque individu. Voir la vie comme quelque chose pouvant tre possŽdŽe et ŽchangŽe comme un objet, cÕest dŽnaturer la vie.

Les ethnologues et les historiens ont documentŽ diverses formes de propriŽtŽs dans le temps et lÕespace, telle lÕinstitution de lÕobligation de donner et de recevoir comme phŽnomne social total, dans les sociŽtŽs de chasseurs-cueilleurs. Le don et lՎchange sont au cÏur du processus de la crŽation de la personne, mme encore aujourdÕhui, dans notre sociŽtŽ contemporaine. LÕidŽe quÕon peut Žchanger des objets comme un prŽtexte pour crŽer des liens sociaux, sÕinsŽrer dans le filet des rapports sociaux ne fait aucunement partie de la vision du professeur Tremblay.

Le professeur Tremblay ne donne pas une rŽponse claire ˆ la question, quÕest-ce que la propriŽtŽ? LÕappartenance et la possession sont des rapports naturels. La propriŽtŽ est un rapport juridique. Le professeur Tremblay ne fait ni cette distinction, ni la distinction entre le bien dÕusage et le bien dՎchange. En fait, sa vision sÕinscrit dans la logique du capitalisme, qui tend ˆ tout rŽduire ˆ la marchandise, jusquՈ la personne humaine elle-mme. Dans ce contexte, la personne, pour vivre, doit vendre son temps en tant que force de travail ˆ ceux qui possdent les moyens de production. La personne nÕest plus une fin en soi, mais un moyen pour la rŽalisation de lÕaccumulation du capital. Elle vit pour travailler, elle ne travaille plus pour vivre.

Dans les sociŽtŽs premires, la propriŽtŽ collective est prŽpondŽrante, surtout concernant le sol. En revanche, il y a bien quelques richesses appropriŽes par les individus, tels, par exemple, les objets quÕils ont, produits et fabriquŽs. Certains de ces biens, appartenances personnelles, circulent dans le rŽseau des Žchanges de dons qui servent de prŽtexte pour crŽer des liens sociaux. Comme le remarque le Dr Richard Thurnwald, ethnographe des sociŽtŽs de la Nouvelle-GuinŽe (15), cette propriŽtŽ Ç devrait tre appelŽe personnelle plut™t quÕindividuelle È.

Dans lÕAntiquitŽ, chez les Grecs et les Romains, la propriŽtŽ familiale Žtait dominante, basŽe sur la valeur dÕusage. Il y a eu des instances, bien sžr, de commercialisation du sol, et aussi des biens meubles, mais la valeur dՎchange nՎtait que marginale. Chez les HŽbreux prŽ-mosa•ques, la propriŽtŽ foncire Žtait collective ; et les mÏurs Žtaient Žgalitaires. Aprs leur installation au pays de Canaan, les israŽlites ont instituŽ la tradition du JubilŽe pour redistribuer plus Žquitablement la propriŽtŽ. Il y a beaucoup dÕautres instances dans lÕhistoire qui indiquent que la propriŽtŽ privŽe nÕest pas naturelle. CÕest plut™t le  contraire.

Ce nÕest pas un hasard sÕil y eut, partout, des mouvements Žgalitaristes. Citons, entre autres, le communisme des essŽniens, la condamnation de la richesse par JŽsus, le communisme des premiers chrŽtiens. Le Moyen ‰ge ne reconna”t pas la propriŽtŽ privŽe, mais une forme particulire de propriŽtŽ : la propriŽtŽ fŽodale. MalgrŽ le triomphe du mercantilisme et du capitalisme depuis la Renaissance jusquՈ aujourdÕhui, les mouvements ˆ lÕencontre de la propriŽtŽ privŽe, y compris des moyens de production, ont ŽtŽ nombreux. Nous avons eu les utopies de Thomas More (1480-1535) et de Thomas Campanella (1568-1639). Et, plus prs de nous, nous avons le Walden de Henri David Thoreau (1845). Il y a aussi les philosophes, et non des moindres, Jean-Jacques Rousseau, Pierre-Joseph Proudhon, Friedrich Engels, Karl Marx, qui croient que la propriŽtŽ est une institution juridique qui profite aux riches. Et pour terminer,  il ne faut surtout pas oublier les mouvements ouvriers et les luttes de classes dans lÕhistoire des temps modernes.

Il est vrai que le professeur Tremblay reconna”t Ç que lÕinstitution de la propriŽtŽ a pris diverses formes au cours de lÕhistoire, certaines Žtant meilleures que dÕautres È (16). Sans spŽcifier ces diverses formes, il conclut, en un Žclair, que la propriŽtŽ privŽe est la meilleure forme de propriŽtŽ. Il est en accord avec lՎconomiste libŽral Ludwig von Mises, pour qui Ç la libertŽ rŽside dans la propriŽtŽ privŽe, y compris la propriŽtŽ des moyens de production È (17).

Cet Žconomiste autrichien considre que tout calcul rationnel est impossible en lÕabsence du marchŽ et de la propriŽtŽ privŽe. Dans son monumental ouvrage LÕAction humaine, il Žcrit : Ç LՎconomie de marchŽ est le seul systme dÕorganisation Žconomique de la sociŽtŽ qui puisse fonctionner et qui ait ŽtŽ effectivement en Žtat de fonctionnement. Le socialisme est irrŽalisable ˆ cause de son impuissance ˆ dŽgager une mŽthode de calcul Žconomique (18) È. Mises prŽsente ses thses comme Ç Žvidentes È, Ç irrŽfutables È, Ç universellement valables È. Pour lui, les vrais Žconomistes sont les partisans de lՎconomie de marchŽ. Les interventionnistes sont des Ç fabulistes È.

Nous nÕirions pas jusquՈ dire comme Proudhon que Ç La propriŽtŽ, cÕest le vol È, mais il ne faut quand mme pas devenir dupe de la rŽalitŽ Žconomique sous le voile de la moralitŽ, tre victime de la Ç confusion des ordres È. Le capitalisme est-il moral? Non, rŽpond AndrŽ Comte-Sponville. Le capitalisme nÕest ni moral ni immoral. Il est amoral. Ç LՎconomie ne peut tre morale, parce quÕelle est sans volontŽ et conscience È. Il nÕy a pas Ç de main cachŽe È, encore moins de Ç volontŽ cachŽe È. LՎconomie est Ç un procs sans Sujet ni Fin(s) È qui sÕoccupe de Ç la richesse des nations È (19).

Affirmer que la propriŽtŽ privŽe est un droit naturel et la condition de la libertŽ de la personne, vŽhicule, nous semble-t-il, une forme Ç dÕuniversalisme europŽen È (20). La propriŽtŽ collective nÕest pas plus immorale ou moins louable que la propriŽtŽ privŽe. Toutes les formes de propriŽtŽs ont leur raison dՐtre. Il faut les comprendre dans leur contexte ethnographique et historique. Cela peut nous Žclairer pour mieux imaginer notre avenir, organiser, ˆ la fois, nos rapports sociaux dans nos citŽs et entre elles pour atteindre la paix et la justice pour tous.

3. TolŽrance

La troisime rgle du code Tremblay : Pratiquer la tolŽrance et lÕouverture dÕesprit face aux choix et aux modes de vie des autres. 

La troisime rgle humaniste du code Tremblay nŽcessite quelques Žclaircissements sur la diversitŽ humaine.

LÕanthropologie nous apprend que nous appartenons tous ˆ la mme espce biologique, donc, que nous avons une humanitŽ commune. Par ailleurs, lÕhomme culturel existe sur terre depuis environ 2 000 000 annŽes; pendant 99 % de ce temps, il a vŽcu en petites sociŽtŽs de chasseurs-cueilleurs. Au fil du temps, par un processus de fission, nous nous sommes vus sŽparŽs et dispersŽs aux quatre coins du monde. Cette condition primitive explique pourquoi lÕethnocentrisme est si profondŽment enracinŽ en nous. Elle nous a habituŽs ˆ dire Ç Nous et les autres È, ˆ nous identifier ˆ notre propre groupe, voire ˆ considŽrer celui-ci au-dessus de tous les autres.

Durant le nŽolithique, lÕHumanitŽ conna”t une rŽvolution qui change le cours de son histoire. Il y a un accroissement de la densitŽ de la population sur des territoires plus restreints. Cette sŽdentarisation freine le processus de fission, la fragmentation de lÕHumanitŽ. Un processus inverse de fusion sÕenclenche par aires de civilisation. La Ç pŽriode axiale È, repŽrŽe par le philosophe Karl Jasper, qui se situe entre VIIIe et IIIe sicles avant notre re, est une des rŽponses ˆ cette nouvelle condition. Durant cette pŽriode, apparaissent de grands ma”tres ˆ penser : Zarathoustra en Perse, Lao Tseu et Confucius en Chine, Bouddha en Inde, Pythagore, Platon et Aristote en Grce (21). Tous annoncent une nouvelle spiritualitŽ et tentent de semer le dŽsir de la fraternitŽ dans le coeur des humains.

Durant les Grandes DŽcouvertes au XVIe sicle, et la rencontre des deux mondes, lÕAncien et le Nouveau monde, on assiste au dŽbut de la fin de la sŽparation gŽographique de lÕespce humaine. La rencontre des peuples rŽclame de dŽpasser lÕethnocentrisme, de renouer avec ce qui est commun en nous pour construire lÕhumanitŽ de lÕhomme. Cette nouvelle dimension de lÕexistence de lÕespce humaine est  propice pour Žlever sa conscience ˆ un nouveau degrŽ dÕassouplissement dans lÕart de vivre-ensemble.

La tolŽrance, dont nous parle le professeur Tremblay, prend tout son sens dans ce contexte mondial actuel. Il nous met en garde contre Ç la doctrine fallacieuse du multicuturalisme  et de son principe relativiste sous-jacent selon lequel toutes les cultures sont Žgales È (22). Sa tolŽrance signifie lÕinclusion de lÕautre dans le nous, et le dŽpassement de lÕethnocentrisme historique de lÕHumanitŽ.

La notion de tolŽrance est la pierre angulaire de la religion UU depuis ses dŽbuts. La tolŽrance est un des trois thmes — libertŽ, raison, tolŽrance — que certains, par boutade, ont appelŽ la Ç trinitŽ È unitarienne – traitŽs par le grand historien Earl Morse Wilbur (23), il y a plus dÕun sicle. Le libre exercice des convictions Žtait le leitmotiv de plusieurs intellectuels durant la RŽforme du XVIe sicle. Pour Žviter la persŽcution par les catholiques et les calvinistes, certains ont fui, avec les antitrinitaires, vers lÕEurope de lÕEst.

Ë cette Žpoque, sous le rgne de Jean Sigismund, la Transylvanie abritait des catholiques, des luthŽriens, des calvinistes, y compris des rŽfugiŽs albigeois, vaudois, anabaptistes et juifs. En proclamant lՎdit de TolŽrance en 1555,  ce prince hongrois a reconnu les droits Žgaux de chaque dŽnomination religieuse. De plus, sous lÕinsistance de sa femme et de Francis David en 1568, Jean Sigismund proclama lՃdit de Torda, lequel accordait ˆ ses sujets le droit dÕadhŽrer ˆ la confession de leur choix. Finalement, en 1571, la Dite reconna”t officiellement lՎglise unitarienne, ˆ la tte de laquelle se trouve Francis David.

MalgrŽ la maxime Ç une foi, une loi, un roi È, le principe la•c de la tolŽrance se diffuse partout. Par exemple, deux PŽtitions de TolŽrance, celle de la France en 1771 et celle de lÕAngleterre en 1772, rŽclament des droits du libre exercice de la religion sans entrave ˆ la vie publique. En raison de lÕintolŽrance, plusieurs, tel Joseph Priestley, scientifique et pasteur unitarien, choisissent lÕexil en AmŽrique.

Plusieurs signataires de la Constitution amŽricaine de 1789 Žtaient des unitariens et des universalistes, entre autres John Adams, Thomas Jefferson, Robert Paine, Benjamin Rush. Mme si le terme tolŽrance ne figure pas dans lՎnoncŽ, le premier amendement de la Constitution amŽricaine, Žcrit et proposŽ par Thomas Jefferson, en sous-entend le principe : Ç Le Congrs ne fera aucune loi qui touche l'Žtablissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la libertŽ de parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pŽtitions au gouvernement pour le redressement de ses griefs. È.

Le mot tolŽrance ne figure pas non plus dans la DŽclaration Universelle des Droits de lÕHomme, de 1948, mais, par contre, la tolŽrance est sous-entendue dans lÕarticle 18 qui stipule : Ç Toute personne a droit ˆ la libertŽ de pensŽe, de conscience et de religion; ce droit implique la libertŽ de changer de religion ou de conviction ainsi que la libertŽ de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privŽ, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites È (24).

Nos deuxime, troisime et quatrime principes UUs actuels ne font pas mention du mot tolŽrance non plus, bien que celle-ci en soit lÕidŽe directrice : La justice, l'ŽquitŽ et la compassion comme fondements des relations humaines; LÕacceptation mutuelle et lÕencouragement ˆ la croissance spirituelle au sein des nos assemblŽs; La libertŽ et la responsabilitŽ de chaque personne dans sa recherche de la vŽritŽ, du sens de la vie et de la signification des choses. Par surcro”t, ces principes dŽmontrent la volontŽ dÕaller au-delˆ de la tolŽrance vers une comprŽhension mutuelle.

La troisime rgle humaniste du code Tremblay, qui conserve dans son ŽnoncŽ le mot tolŽrance, est la plus articulŽe que nous ayons encore vue. Elle sՎrige sur le socle de la premire rgle humaniste du respect de la dignitŽ de chaque personne. Elle est aussi affermie par le principe de lÕempathie et de la rŽciprocitŽ. Au fond, cette rgle de la tolŽrance recle un appel ˆ la fraternitŽ. Elle prŽsuppose aussi la la•citŽ, Ç une sŽparation nette entre lՃtat et les religions È (25).

Il ne faut pas confondre lÕordre du vrai et lÕordre du bien.   La vŽritŽ et le savoir ne dŽpendent pas dÕun jugement de valeur. La vŽritŽ est ce quÕelle est, que cela vous plaise ou non. Selon Albert Einstein, Ç quiconque sՎrige en juge de la vŽritŽ et de la connaissance se voit rapidement naufrager sous le rire des dieux È (26). La vŽritŽ nÕa pas besoin de tolŽrance, mais de libertŽ. CÕest la condition nŽcessaire pour lÕavancement de la science. Ç Notre pulsion ˆ comprendre le caractre factuel de la Nature, Žcrit Stephen Jay Gould, cÕest le magistre de la science, et notre besoin de trouver du sens ˆ notre existence et une base morale pour notre action, cÕest le magistre de la religion È (27).

Selon nous, la vŽritable tolŽrance dŽbouche sur une Žthique de la comprŽhension qui demande un grand dŽsintŽressement, sans  attendre une rŽciprocitŽ quelconque. Elle cherche ˆ comprendre jusquՈ lÕincomprŽhension, le fanatisme humain par exemple. Cette comprŽhension nÕexcuse ni nÕaccuse, mais cherche ˆ argumenter et ˆ rŽfuter. Ç Si nous savons comprendre avant de condamner, Žcrit Edgar Morin, nous serons sur la voie de lÕhumanisation des relations humaines È (28).

4. Partage

La quatrime rgle humaniste du code Tremblay : Partager avec ceux qui sont moins fortunŽs et moins chanceux et assister ceux qui sont dans le besoin.

Parlons dÕabord du don et du partage, notions clŽs qui dŽlimitent cette quatrime rgle.

Selon Mauss, le don constitue Ç un des rocs humains sur lesquels sont b‰ties nos sociŽtŽs È (29). Pour Claude LŽvi-Strauss, qui sÕinspire de Mauss, lÕhomme est un homo reciprocus dont le cerveau serait programmŽ pour lՎchange. Et Godbout dÕajouter quÕÇ aujourdÕhui encore, rien ne peut sÕamorcer ou sÕentreprendre, cro”tre et fonctionner qui ne soit nourri par le don. Ë commencer par le commencement, autrement dit la vie elle-mme È (30). Bref, ce qui veut dire que sans Ç lÕesprit du don È, toutes les sociŽtŽs cesseraient de se reproduire. Loin dՐtre un aspect folklorique de nos sociŽtŽs contemporaines, le don est lÕessence mme de sa vie sociale. Contrairement au marchŽ et ˆ lՃtat qui fonctionnent hors des liens personnels, le don se situe ˆ lÕintŽrieur dÕeux. Il sert de prŽtexte pour crŽer et entretenir des liens sociaux. Il constitue, comme le souligne Claude Lefort (31), nos relations les plus significatives, lesquelles nous confirment que nous ne sommes pas des choses les uns pour les autres.

Ç La question centrale È, Žcrit le professeur Tremblay, Ç consiste ˆ savoir comment parvenir ˆ une situation de justice sociale maximale, sans mettre en danger le systme des motivations fondŽes sur lÕintŽrt personnel et qui est nŽcessaire pour que lՎconomie fonctionne efficacement. Comment pouvons-nous tre justes et efficaces sans en mme temps appauvrir tout le monde È (32)? ƒvidemment, la solution nÕest pas de tout repos, surtout si on veut demeurer dans lÕimaginaire dominant de la raison utilitaire (33).

Reprenant la mŽtaphore du cŽlbre titre de Simone Weil La Pesanteur et la Gr‰ce (34), on pourrait poser la mme question du professeur Tremblay de cette manire-ci. Comment contrecarrer la pesanteur du systme-monde actuel, qui tend ˆ nous maintenir dans les ordres du bas, Žconomico-techno-scientifique et juridico-politique. Comment, sous ce rŽgime o lÕargent est une fin en soi et le marchŽ est roi, ouvrir le chemin ˆ la gr‰ce, ˆ Ç lÕesprit du don È, qui tend ˆ monter et nous faire monter dans les ordres supŽrieurs, moral, Žthique, voire spirituel (35)?

Le professeur Tremblay fait appel ˆ Ç lÕamour, lÕesprit de bontŽ, de justice, de consolation, de la compassion, de la solidaritŽ ou la sympathie È (36), pour amener les personnes ˆ Ç partager avec ceux qui sont moins fortunŽs et moins chanceux et assister ceux qui sont dans le besoin È (37). Au bout du compte, il pr™ne la redistribution de la richesse commune, non seulement ˆ chacun selon ses mŽrites, mais aussi ˆ chacun selon ses besoins. Il pose ici, avec sa quatrime rgle humaniste, peut-tre ˆ son insu, les bases dÕun capitalisme ˆ visage humain, la troisime voie possible entre le communisme et le capitalisme, dont nous parle lՎconomiste hongrois, Karl Polanyi (38).

Cette rgle de partage du code Tremblay a beaucoup en commun avec nos deuxime et sixime principes unitariens universalistes : La justice, lՎquitŽ et la compassion comme fondement des relations humaines; L'aspiration ˆ une humanitŽ o rgneront la paix, la libertŽ et la justice pour tous.

5. Antiexploitation, antidomination

La cinquime rgle humaniste du code Tremblay est complŽmentaire de la prŽcŽdente : NÕutiliser ni le mensonge, ni les doctrines spirituelles, ni le pouvoir temporel pour dominer et exploiter les autres, et proclamer le principe de lՎgalitŽ des chances pour tous.

Le professeur Tremblay nous met en garde contre les monopoles, lÕexploitation des travailleurs, lÕexploitation sexuelle, le mensonge, la rhŽtorique du pouvoir et Ç lÕexploitation financire de la crŽdulitŽ humaine dans le monde religieux È (39). Cette exploitation, cette corruption et cette dŽcadence, souvent causŽes par Ç une soif insatiable de lÕargent, du pouvoir et de privilges È affaiblissent la confiance gŽnŽrale et minent Ç la fibre morale de la nation È (40). Selon le professeur Tremblay, la fracture entre les riches et les pauvres est la consŽquence de la mŽchancetŽ des possŽdants et de la passivitŽ des dŽmunis. Contrairement ˆ Albert Jacquard (41), le professeur Tremblay nÕaccuse pas Ç lՎconomie triomphante È pour la corruption quÕil dŽplore. Il ne met nullement en cause le Ç lasser-faire acceptŽ comme une fatalitŽ È (42). Il ne touche quÕaux sympt™mes. Il ne sÕattaque pas ˆ la cause systŽmique de la corruption.

Pour lui, lÕOccident est en crise, et pour y mettre fin, il faut inculquer aux humains un nouveau code moral. Mais, cÕest plus quÕune crise que nous vivons actuellement. Les turbulences de fin du sicle, les agissements de lÕhomo corruptus (43), sont le signe de lՎclatement de lÕOccident, emportŽ par La Grande Implosion, selon pierre Thuillier  (44). Les fluctuations du systme-monde actuel indiquent, en effet, que nous sommes arrivŽs ˆ un point de bifurcation, ouvrant de nouvelles possibilitŽs ˆ lÕhumanitŽ. Nous faisons face ˆ un embranchement de routes; le moment est venu pour nous de choisir parmi elles celle que nous voulons suivre (45). Un nouvel avenir sÕouvre devant nous. Ce quÕil sera dŽpend des choix de chacun de nous. LÕoccasion nous est offerte de b‰tir lÕavenir auquel nous aspirons, en commenant hic et nunc.

Notre sixime principe unitarien universaliste, lÕaspiration ˆ une humanitŽ o rgneront la paix, la libertŽ et la justice pour tous, cÕest le cas de le dire, a le vent dans les voiles.

6. Raison

La sixime rgle humaniste du code Tremblay : Recourir ˆ la raison et ˆ la science pour comprendre lÕunivers et pour rŽsoudre les problmes de lÕexistence, en Žvitant les superstitions qui engourdissent lÕesprit et empchent de penser par soi-mme.

Ce chapitre commence par balayer du paysage la foi aveugle et les abus qui en dŽcoulent pour ouvrir la porte ˆ la discussion sur la raison et la science. La triade foi, raison et science en sont les trois thmes. Pour le professeur Tremblay, le rapport de la raison avec la science est clair et net. La raison est le pilier essentiel de la science. Le rapport de la raison et de la science avec la foi est moins clair, plut™t ambigu, voire nŽfaste.

Pour le professeur Tremblay, la science est Ç le produit de la raison et de la logique È (46), une mŽthode qui fit Ç reculer les frontires de lÕignorance humaine È (47) au cours de lÕhistoire. Ses connaissances peuvent toujours tre mises en question ˆ la lumire de faits nouveaux. La science, comme hŽritage humain, nÕa ni pays ni nation. Sa vŽritŽ est la mme pour tous. Mais pour la religion comme le dit Voltaire Ç il nÕy a point de secte de gŽomtres, dÕalgŽbristes, dÕarithmŽticiens È (48). Les religions Ç font reposer leurs croyances sur les mystres, la rŽvŽlation, lÕintuition et la tradition, et non pas principalement sur la raison, la logique, lÕinduction et lÕobservation È (49). Leurs vŽritŽs sont immuables.

Le mot raison ne figure aucunement dans nos sept principes unitariens. Pas Žtonnant, vous dites-vous, peut-tre? CÕest une religion aprs tout! CÕest normal. Eh bien, dŽtrompez-vous. DÕabord, la raison fait partie de la Ç trinitŽ È unitarienne — libertŽ, raison, tolŽrance — un des trois thmes rŽcurrents de lÕhistoire unitarienne, dont nous avons parlŽ tout ˆ lÕheure. Mais en plus, on retrouve sa mention dans une des sources dans lesquelles les unitariens universalistes ont puisŽ pour dŽterminer leurs sept principes actuels : Le message humaniste qui nous invite ˆ utiliser notre raisonnement et ˆ prendre en considŽration les rŽsultats de la science et qui met en garde notre ‰me et notre esprit contre toute forme dÕendoctrinement et de fanatisme religieux. Donc, voilˆ! Les UUs sont en accord avec la sixime rgle humaniste du code Tremblay, mais ils vont plus loin dans la rŽdaction de leur propre principe, faisant ainsi preuve dÕesprit de luciditŽ.

Nos sept principes UU sont le produit collectif dÕune discussion rationnelle entre unitariens universalistes. Avec le temps, les unitariens ont accentuŽ dans notre quatrime principe le concept de vŽritŽ sans mentionner le concept de la raison : La libertŽ et la responsabilitŽ de chaque personne dans sa recherche de la vŽritŽ, du sens de la vie, et de la signification des choses. Ce principe est destinŽ ˆ un type dÕaction qui aspire ˆ Žtablir le vrai par lÕhŽtŽrogŽnŽitŽ des voies de la connaissance. La connaissance par le mythe et la poŽsie est parfois plus appropriŽe que celle basŽe sur la raison abstraite pour mieux comprendre certaines matires. La lecture dÕun grand roman, par exemple, nous fera souvent mieux comprendre les arcanes de la vie quÕune Žtude sociologique. Jacob Bronowski (50), un grand savant, rappelle que lÕhomme est une partie de la nature et participe sans cesse ˆ sa rŽcrŽation par lÕart et la science.

Les UUs ont raison de reconna”tre que la connaissance du vrai est une activitŽ complexe. La connaissance peut sÕobtenir par plusieurs voies. Les UUs croient que lՐtre humain est pluridimensionnel, que chacun est libre et responsable, toujours capable Ç dÕacquiescer ou de rŽsister È, selon lÕexpression de Rousseau lequel rŽpte aussi sans cesse quÕil ne suffit pas de Ç rŽpandre les lumires È pour rendre notre humanitŽ meilleure. Ç Nous pouvons, Žcrit-il, tre homme sans tre savant È (51).

Le professeur Tremblay Žcrit que la science Ç est une invention humaine È. Par dŽfinition, Ç elle estÉ amorale, en ce sens quÕelle ne porte pas sur des questions normatives, mais seulement sur des questions objectives È (52). Donc, il situe correctement le domaine de la connaissance dans lÕordre du bas techno-scientifique, orientŽ vers le vrai.

Tzvetan Todorov (53) repre deux obstacles qui empchent la recherche du vrai de porter tous ses fruits : le moralisme et le scientisme. Le moralisme veut soumettre la recherche du vrai au besoin du bien. Le scientisme veut dicter le bien comme sa vŽritŽ. Mais ce faisant, le savant tronque la vŽritŽ de la science. La vŽritŽ se rapporte seulement ˆ ce qui est. Le bien, lui, se rapporte ˆ ce qui doit tre. La terre tourne autour du soleil, mme si toute une sociŽtŽ nÕest pas dÕaccord en raison de leur religion et de leur morale. La vŽritŽ nÕest pas le fait de la volontŽ populaire ou individuelle. La vŽritŽ ne dŽpend pas dÕun vote.

DÕabord considŽrons le premier obstacle en rapport avec le professeur Tremblay : le moralisme.  Le professeur Tremblay sÕinsurge contre lÕintŽgrisme religieux. Il prend comme cible deux Žminents tŽlŽvangŽlistes fondamentalistes, feu Jerry Falwell et Pat Robertson.  Ces Ç entrepreneurs religieux È veulent soumettre la vŽritŽ au besoin du bien, ils font du  moralisme. Celui-ci provient de la confusion entre lÕordre techno-scientifique dÕune part, et les ordres supŽrieurs, moral, Žthique et spirituel dÕautre part. En fait, la diatribe du professeur Tremblay sur lÕintŽgrisme religieux ne fait que renchŽrir sur celle du pasteur unitarien, Peter Morales,  dans son allocution dominicale : lՃclipse de la foi. Ç Si la foi est ˆ lÕimage de ce quÕon voit en AmŽrique, le plus t™t elle dispara”tra le mieux nous serons È, affirme-t-il dans celle-ci. Plus loin, il se demande si nous serions mieux sans la foi. Ç HŽlas, ce nÕest pas la bonne question ˆ se poser È, rŽpond-il. Ç Cependant, la rŽponse est oui pour la foi qui promeut la haine, et qui demande aux gens de se contrefoutre du monde de la science et de son savoir È (54).

ConsidŽrons maintenant le deuxime obstacle, le scientisme en rapport avec le professeur Tremblay. DÕaccord, le r™le du scientifique est de chercher la vŽritŽ empiriquement vŽrifiable par la mŽthode scientifique. Son r™le est de dŽcouvrir comment lÕunivers, dont nous faisons partie, fonctionne. Mais le professeur Tremblay nÕoutrepasse-t-il pas son r™le en voulant Žlaborer une Žthique basŽe sur une conception purement rationnelle? Le scientifique qui croit rŽpondre ˆ notre qute du sens ˆ la vie, aux questions sur les valeurs, et sÕautorise ˆ nous dire ce quÕon doit faire confond, nous semble-t-il, tout simplement les ordres. Il ne fait plus de la science, mais du scientisme pur et simple. Selon Morales (55), Ç la science ne nous fera jamais dŽcouvrir un art de vivre intellectuellement et Žmotionnellement satisfaisant È. Ce nÕest pas son r™le. Il a raison.

Aprs avoir discutŽ  le moralisme et le scientisme comme deux obstacles ˆ la qute du vrai, passons ˆ lÕargumentation du professeur Tremblay sur lÕopposition entre la foi et la raison. Pour lui, la raison abstraite de la science est la seule vraie raison. Ceci nous amne ˆ poser la question. O tracer la ligne entre Ç entre la mauvaise foi È et la Ç vraie raison È? Les communistes croyaient tre les dŽtenteurs de la vraie raison, jusquՈ souscrire ˆ lÕathŽisme. Engels a publiŽ un livre en 1880, intitulŽ Socialisme utopique et Socialisme scientifique. Les nazis croyaient aussi ˆ la vraie raison, et ˆ un ƒtat sŽculaire, ˆ lÕinstar des communistes. Pourtant, leurs vraies raisons ne les ont point empchŽs, tous deux, de commettre des atrocitŽs inqualifiables, gŽnocides, pogromes, extermination de millions de personnes. CÕest lˆ o le scientisme peut aboutir. Face ˆ cette Ç idŽocratie È, ˆ lÕidol‰trie de la DŽesse Raison, dont lÕhistoire est tŽmoin, comment encore affirmer que le tribalisme des religions traditionnelles soit seul responsable de tous les crimes contre lÕhumanitŽ?

Le professeur Tremblay ignore cette forme de moralisme, encore plus insidieuse que le moralisme religieux. Ce moralisme confond lÕordre juridico-politique et lÕordre techno-scientifique. Il porte atteinte ˆ la libertŽ de la recherche de la vŽritŽ. Il soumet celle-ci ˆ la volontŽ de lÕordre juridico-politique. Le professeur Tremblay effleure, ˆ peine ou pas, ce vouloir politique de faire dŽcouler le bien du vrai, quÕon appelle, du moins ici au QuŽbec, la technocratie.

MalgrŽ nos rŽserves sur la vision du professeur Tremblay quant au rapport de la raison avec la foi, nous devons signaler quÕil reconna”t, quand mme, lÕimportance des religions en ce qui concerne les cŽlŽbrations des rites de passage. Il souligne notamment Ç le mouvement unitarien universaliste, ou encore lՃglise unitarienne universaliste, lesquels ne sont pas dogmatiques sur le plan religieux, et qui se font les propagandistes des principes humanistes et offrent Žgalement leurs services pour organiser de telles cŽrŽmonies È (56).

Dans une section de ce chapitre, le professeur Tremblay passe en revue la question du monisme et du dualisme. Pour RenŽ Descartes, il y a deux substances sŽparŽes, la chose Žtendue (res extensia) et la chose pensante (res cogitans) dont les interactions auraient lieu dans la fameuse Ç glande pŽniale È, le sige de lՉme. Sa cŽlbre formule Ç Je pense, donc je suis È doit aujourdÕhui tre inversŽe, Ç Je suis, donc je pense È, affirme le professeur Tremblay (57). Il a raison de dire que cette inversion est susceptible dÕavoir des effets sismiques par la ruine de lՉme. Mais Ç LÕerreur de Descartes È (58) nÕest pas seulement susceptible de Ç voir sÕeffondrer tout le ch‰teau de cartes religieux È (59). Il fait aussi effondrer, dans un sens, le ch‰teau de cartes de lՎdifice de la science, elle-mme marquŽe, surtout en France encore aujourdÕhui, par la pensŽe de Descartes.

Le Ç Je suis, donc je pense È nous ramne les deux pieds sur terre. Et cÕest tant mieux. Ë bien y penser, la raison nous est venue par nos pieds. La station verticale a dÕabord libŽrŽ les mains des premiers humains, permettant la fabrication dÕoutils, suivie dÕune cŽrŽbralisation croissante (60), puis de lÕapparition du langage et de la pensŽe symbolique, aboutissant ˆ lÕhomo sapiens, notre anctre direct, au palŽolithique supŽrieur.

Les liens que nous tissons avec les autres dans le monde au cours dÕune vie sont complexes. La somme de nos rencontres, imprŽgnŽes de compassion, dÕempathie et bien dÕautres choses encore, construit notre personne. Nos intelligences multiples — rationnelle, Žmotionnelle, relationnelle — entre autres, comme le montre Daniel Coleman (61), se dŽveloppent dans notre cerveau en interaction avec le monde et les expŽriences que nous Žprouvons de ce monde ˆ travers nos sens et notre corps. La nature, Ç chose Žtendue È, participe au processus de lÕorganisation de notre cerveau, Ç chose pensante È. LÕhypothse de la Ç glande pŽniale È de Descartes nÕest plus nŽcessaire avec cette conception de la connaissance, car il nÕy a plus de dualisme.

La rŽalitŽ est plus complexe quÕune certaine science rationaliste, soi-disant positiviste, voudrait nous le faire croire. La raison sans le cÏur est une vision trop unidimensionnelle.  Pour mieux comprendre la rŽalitŽ, il faut une science de la complexitŽ, une science qui Ç se fonde sur la dialogique entre imagination et vŽrification, empirisme et rationalisme È comme le propose Edgar Morin (62). LÕimagination est une des quatre pattes de cette science. La science est un peu comme lÕart, une activitŽ crŽatrice, Ç un dialogue avec la nature È dont Ç les rŽponses sont souvent inattendues È (63).

En conclusion, nous sommes dÕaccord avec Peter Morales quÕil faut Ç lՎclipse de la foi È. Mais de ses cendres, la nouvelle foi quÕil voudrait voir rena”tre devrait sÕinscrire dans le mouvement actuel dÕÇ une nouvelle alliance : mŽtamorphose de la science È (64).

7. Environnement

La septime rgle humaniste du code Tremblay : Conserver et amŽliorer lÕenvironnement naturel de la terre – terre, sol, eau, air et espace – en tant quÕhŽritage commun de lÕhumanitŽ.

Le professeur Tremblay fait tomber le ch‰teau de cartes religieux, qui place lÕhumain au centre dÕun univers crŽŽ par Dieu, et dans la grande cha”ne des tres, entre les btes et les anges (65). Il rejette cette ancienne vision anthropocentrique pour y substituer une vision plus cosmocentrique. Il porte notre attention sur la science dÕaujourdÕhui, laquelle nous dŽmontre que notre univers nÕa pas de centre, et est en constante expansion, emportŽ par des forces crŽatrices et destructrices; il porte notre attention Žgalement sur la thŽorie de lՎvolution de Darwin basŽe sur la sŽlection naturelle; et aussi sur la thŽorie synthŽtique de lՎvolution, surtout celle des Žquilibres ponctuŽs de Stephen Gould. La thŽorie de lՎvolution montre que toutes les espces sont mutables, et que la vie a une origine commune. LÕhumain partage son ADN ˆ des degrŽs divers avec toutes les espces vivantes. Le plus Žtonnant, Ç il y a seulement 10 % de diffŽrence entre lÕADN humain et lÕADN du virus de la grippe È (66).

En regard de lÕinfiniment grand, notre monde actuel est vouŽ inŽluctablement ˆ la disparition, t™t ou tard, dans la trs longue durŽe. LÕhumain est plut™t insignifiant, Ç il nÕa pas plus dÕimportance quÕune colonie de fourmis ou un trou noir È, Žcrit le professeur Tremblay (67). DÕaccord, lÕexistence de lÕHomme nÕest quÕune brve parenthse sur cette plante terre. Mais dÕici sa nŽantisation inŽluctable, prŽvisible dans des temps qui dŽpassent lÕimagination, quÕallons-nous faire? Ce qui nous importe aujourdÕhui, ˆ lÕaube du troisime millŽnaire, cÕest la rencontre de lÕespce humaine avec les limites de la biosphre, cÕest sžr. Comment le professeur Tremblay voit-il cette question?

En tant quÕhumains, qui Ç sommes la somme de nos dŽcisions È (68), le professeur Tremblay nous interpelle ˆ faire des choix en accord avec notre raison utilitaire pour Ç respecter la rgle fondamentale de lÕutilisation Žconomique des ressources È (69) et Ç maximiser le bien-tre social total durable È. Ceci veut expressŽment dire Ç prendre en considŽration la pollution de lÕenvironnement et la surutilisation de ressources dans le calcul des cožts sociaux totaux dÕune activitŽ Žconomique È, en dÕautres mots, faire payer les cožts des externalitŽs aux producteurs et aux consommateurs. Pour Ç conserver et amŽliorer lÕenvironnement naturel de la terreÉ en tant quÕhŽritage commun de lÕhumanitŽ È, pour le professeur Tremblay,  la retenue, la modŽration, lÕesprit de sacrifice sont autant de vertus quotidiennes ˆ adopter (70).

Dans Comment les riches dŽtruisent la plante (71), HervŽ Kempf montre que Ç la rivalitŽ ostentatoire est au cÏur du fonctionnement de la sociŽtŽ planŽtaire È, et conclut Ç quÕil nÕy aura pas de solution ˆ la crise Žcologique actuelle sans remise en cause de lÕordre social È. En plus, dans Pour sauver la plante, sortez du capitalisme, il soutient quÕune relance fondŽe sur la technologie est vaine. La solution ˆ la crise Žcologique exige Ç de sortir de la logique du profit maximal et individuel pour crŽer des Žconomies coopŽratives visant au respect des tres et de lÕenvironnement naturel È (72). Contrairement ˆ Kempt, pour rŽsoudre le problme environnemental, le professeur Tremblay ne met nullement en cause le modle de la croissance Žconomique. Il cherche les solutions ˆ lÕintŽrieur de lÕordre social actuel.

Selon David Korten, Ç nous avons franchi un seuil historiqueÉ nous vivons ˆ prŽsent dans un monde fini È (73). Ravageant les ressources dans tous les coins de notre plante, la croissance Žconomique a crž sans cesse pour satisfaire ˆ la demande. La loi de lÕaccroissement exponentielle rend la croissance Žconomique illimitŽe mathŽmatiquement impossible sur la plante terre, cÕest sžr. En guise dÕillustration, Barbara Taylor (74) dŽcrit son expŽrience de laboratoire avec une tomate, deux mouches du vinaigre, une femelle et un m‰le, dans un bocal fermŽ. Elle voit la tomate dŽcro”tre selon une vitesse proportionnelle ˆ lÕaccroissement exponentiel du nombre de mouches. Elle retrouve, un matin, toutes les mouches mortes, et la tomate a disparu.

Sommes-nous ˆ la veille de mourir, un de ces beaux matins, comme les mouches du vinaigre? Avons-nous franchi le seuil de non-retour ˆ lՎquilibre de notre Žco-systme? Sinon, comment pouvons-nous Žviter dÕatteindre ce seuil? Si oui, comment inflŽchir et inverser les tendances du dŽpŽrissement de la biosphre?

Le professeur Tremblay nÕa pas su nous dŽmontrer comment son modle Žconomico-technologique peut rŽpondre aux contradictions qui accentuent la dŽtŽrioration de lÕenvironnement.  En outre, sa septime rgle humaniste nÕa pas su Žviter lÕerreur de la Ç rŽduction naturalisante È dont parle Augustin Berque (75).  En voulant nous dŽtacher du monde pour le comprendre comme un arrangement de signes, le professeur Tremblay, nous maintient dans lÕabysse creusŽ par la philosophie cartŽsienne entre la culture, la Ç chose pensante È et la nature, la Ç chose Žtendue È. Mais la connaissance, et nous sommes dÕaccord, est avant tout, selon lÕexpression de Berque, un moyen de traduire le Ç pome du monde È qui nous porte dŽjˆ Ç comme une houle plus longue et plus profonde porte une vague de dŽferlement qui la dŽpasse elle-mme È (76). Notre t‰che prŽsente est dÕapprendre ˆ Ç renaturer la culture, reculturer la nature È (77).

LՎconomique et lÕenvironnement, pour le professeur Tremblay, sont deux entitŽs sŽparŽes. Nous nÕavons pas, en effet, trouvŽ le mot Žcosystme ou Ç Žcoumne È, une seule fois dans tout son chapitre. La science positiviste ˆ laquelle il souscrit voit lÕhumain au dessus de la nature. Par la technologie, lÕhumain sÕarroge le droit de mettre la nature ˆ son  service. Mais nous ne sommes pas en dehors du tableau; nous faisons partie du problme Žcologique actuel. Contrairement ˆ la septime rgle humaniste du code Tremblay, notre septime principe unitarien : Ç Le respect du caractre interdŽpendant de toutes les formes dÕexistence qui constituent une trame dont nous faisons partie È, nous fait partie intŽgrante de la complexitŽ de lÕordre naturel, sans Žgard au rapport entre lÕordre technologique et lÕenvironnement. Comme le dit si Žloquemment Katherine Jesch, pasteure unitarienne, Ç É le caractre interdŽpendant de toutes les formes d'existence Žvoque la vue d'une toile d'araignŽe, les fils se reliant ˆ divers points les uns aux autres, chacun individuellement ne servant ˆ peu prs ˆ rien, mais ensemble faisant la fonction qui leur appartient de ramasser de la nourriture et d'offrir la dŽfense ˆ son propriŽtaireÉOn banalise le fait quÕon domine la toile, tirant de notre c™tŽ les autres trames, prŽsupposant qu'elles sont lˆ uniquement pour notre bŽnŽfice et ignorant le danger du bris de l'une d'entre elles, sans jamais chercher ˆ savoir si une autre trame fera son apparition pour la remplacer. Le concept de la toile interdŽpendante est un dŽfi direct ˆ la manire dont nous vivons nos vies, concevons nos relations, comprenons la moralitŽ, entrevoyons le sens de notre existence È (78).

Ce concept de la toile interdŽpendante unitarienne nous encourage ˆ adopter un point de vue plus respectueux de Ç lՎquilibre sacrŽ È (79), plus inclusif; ˆ dŽlaisser la vision anthropocentrique occidentale qui met lÕhomme au-dessus de la nature dont ce passage de la Gense en est la mŽtaphore o Dieu aurait dit Ç Faisons l'homme ˆ notre image, comme notre ressemblance, et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les btes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre È (80). Il nous interpelle ˆ solidairement Ç rŽvŽrer la vie È, de sorte que dans Ç cette oasis si humaine È, nos enfants pourront continuer ˆ rŽcolter les fruits de Ç la terre jardin È (81).

Notre septime principe unitarien universaliste fait appel ˆ notre devoir de rŽinventer des solidaritŽs pour rŽpondre au dŽfi Žcologique actuel. Contrairement ˆ la septime rgle humaniste du code Tremblay qui incite ˆ une rŽforme pour conserver et amŽliorer le prŽsent systme-monde capitaliste existant, vue comme indŽpassable,  il prŽpare le terrain pour cette autre manire de voir nŽcessaire ˆ lՎmergence dÕun futur systme-monde alternatif et viable.

8. Violence, guerre et la paix

La huitime rgle humaniste du code Tremblay : RŽsoudre les diffŽrends et les conflits par la coopŽration sans recourir ˆ la violence ni aux guerres. Cette rgle concorde avec le sixime principe unitarien universaliste, lÕaspiration ˆ une humanitŽ o rgneront la paix, la libertŽ, et la justice pour tous.

La huitime rgle du code Tremblay propose le moyen de la coopŽration au lieu de la guerre pour rŽsoudre les diffŽrends et les conflits. Le sixime principe unitarien universaliste propose la paix, la libertŽ et la justice pour tous, comme fin ultime ˆ atteindre. Bref, les deux proposent de rompre avec la logique de la guerre. Cela est tout un dŽfi. Depuis les bombardements atomiques dÕHiroshima et de Nagasaki en 1945, la guerre ne peut plus tre vue comme avant. La guerre a fait Ç un saut qualitatif È. Cela a portŽ les politiciens et les Žtats-majors ˆ rŽflŽchir. Et cÕest tant mieux. On ne peut plus voir la guerre comme naturelle. Il faut trouver un autre moyen pour Žviter lÕapocalypse. La survie de notre espce en dŽpend.

Selon le professeur Tremblay, les guerres perdurent dans les quatre coins du monde en raison du  retard de nos Ç systmes-moraux È par rapport au progrs technique phŽnomŽnal. Ç Historiquement, les deux plus grandes malŽdictions de lÕhumanitŽ ont ŽtŽ le prosŽlytisme religieux politisŽ et les guerres chauvines qui se sont dÕailleurs souvent trouvŽs confondus È (82) Žcrit le professeur Tremblay. GŽrard Chaliand a une opinion diffŽrente. Ç Le but de la guerre, Žcrit-il, ce nÕest pas la batailleÉ cÕest dÕarriver ˆ une situation politique plus favorable que lorsquÕon quÕon lÕa commencŽ È (83). Pour lui, lÕintelligence militaire sÕallie toujours ˆ une fin politique.

La guerre est un phŽnomne complexe (84), mais ce nÕest pas ici le lieu de nous Žtendre lˆ-dessus. Mentionnons toutefois quelques exemples notoires de guerres meurtrires non motivŽes par la religion. La nouveautŽ du chemin de fer aidant, la guerre de la SŽcession dans les annŽes 1860 chez les AmŽricains a fait un carnage Žpouvantable de 600 000 morts. Les guerres civiles sont reconnues pour tre les plus irrationnelles des guerres. La religion nÕy est pour rien. Ni la Premire ni la Seconde Guerre mondiale ni la guerre froide nÕont une cause religieuse. Pourtant, le taux de morts civils est plusieurs fois supŽrieur ˆ celui des militaires.

La guerre a connu une Žvolution depuis lÕAntiquitŽ. Nous avons eu toutes sortes de guerres nÕayant rien ˆ voir avec la religion : les guerres rituelles, les guerres comme chez Sun Tzu, et enfin les guerres classiques de conqute (85). Ces dernires sont liŽes ˆ lÕexpansion des empires-mondes.  Leur but est de soumettre les peuples lointains ˆ lÕautoritŽ de lÕempereur. Par exemple pour fonder son autoritŽ, lÕempereur se disait fils du Soleil, ou un reprŽsentant dÕun tre surnaturel quelconque.

Ë lՎpoque des empires-mondes, les va-tÕen-guerre Žtaient issus de la classe des guerriers, ils Žtaient parfois des mercenaires. La guerre ne changeait pas grand-chose ˆ la vie du paysan, de lÕartisan, des gens de peine, de tous ceux qui appartenaient aux classes infŽrieures, y compris les esclaves. Mais, au grŽ des guerres, ils devaient cŽder ˆ un empereur ou ˆ un autre le surplus de leur production.

La lutte entre les chrŽtiens et les musulmans doit se comprendre ˆ lÕintŽrieur du contexte de lÕexpansion des empires-mondes antagoniques. Si lÕexpansion de lÕempire musulman a pu se faire, si rapidement et si facilement, depuis la pŽninsule arabe, cÕest un peu dž, selon Chaliand, ˆ sa plus grande tolŽrance des diffŽrences. Le commun des gens percevait souvent le changement dÕempereur comme une occasion dՎchapper ˆ lÕoppression. CՎtait souvent le cas des chrŽtiens et des juifs, qui prŽfŽraient vivre sous le joug musulman pour Žviter les persŽcutions des autoritŽs chrŽtiennes. Il suffisait de consentir ˆ cŽder ses taxes et imp™ts aux Sultans pour quÕon vous laiss‰t vivre en paix (86).

Avec la crŽation des ƒtats-nations, lÕautoritŽ se fonde sur la volontŽ du peuple. La guerre devient dŽmocratique. Chaque ƒtat fait dorŽnavant partie des rapports interŽtatiques dans le systme-monde moderne. On va en guerre maintenant croyant amŽliorer le sort de son propre pays. On est prt ˆ se faire tuer au nom de sa patrie. Cela est mme un devoir civique, comme lÕindiquent les mots suivants dÕhymnes nationaux. En France : Ç Allons enfants de la patrieÉ aux armes citoyensÉ quÕun sang impur abreuve nos sillons; Au Canada : Ç ï Canada terre de nous a•euxÉ ton bras sait porter lՎpŽeÉ et ta valeur, de foi trempŽe, protŽgera nos foyers et nos droits; Aux ƒtats-Unis : Ç Et lՎclat rouge des fusŽes, et les bombes explosant dans les airs nous prouvaient ˆ chaque instant de la nuit que notre drapeau Žtait toujours lˆÉ sur la terre de la libertŽ et la patrie des bravesÉÈ

LÕhistoire dŽmontre que les ƒtats-nations sont souvent responsables de la violence et du gŽnocide ˆ lÕintŽrieur de leur propre frontire. NÕavons-nous pas eu le cas des AmŽrindiens, trop souvent oubliŽ (87)? Et il nÕy a pas si longtemps, entre 1975 et 1979, mentionnons le cas du gouvernement cambodgien o les Khmers rouges ont exterminŽ deux millions de leurs sept millions de citoyens, le but Žtant dՎliminer les inŽgalitŽs sociales (88). Et que dire du gŽnocide au Rwanda sanctionnŽ par lՃtat?

Il est vrai que dans les livres sacrŽs des grandes religions, on trouve des passages pouvant justifier le rejet de lÕautre, voire la guerre contre les mŽcrŽants. Ceux qui prennent aujourdÕhui ces Žcrits ˆ la lettre sont les fondamentalistes, et ils ne sont probablement pas aussi nombreux quÕon le dit. Ceci demanderait dՐtre qualifiŽ par des Žtudes sur le terrain (89). NŽanmoins, signalons ici lÕarticle de Fabrice Descamps (90). Sans faire carrŽment un retour ˆ Max Weber, il soutient que la montŽe, en lÕoccurrence du fondamentalisme protestant aux ƒtats-Unis, aurait un fondement rationnel, si on veut bien apprŽhender la pratique de cette religion dans le contexte de la puissance hŽgŽmonique amŽricaine. Il Žcarte, ˆ bon escient, la thse essentialiste de Samuel Huntington dans Le choc des civilisations (91). Il est illusoire, bien sžr, de penser quÕen ayant dŽcoupŽ la rŽalitŽ humaine en catŽgories historiques comme le fait Huntington, les comportements dŽcrits correspondent ipso facto au vŽcu des acteurs sociaux.

Cela Žtant dit, la suggestion du professeur Tremblay, que toutes les religions devraient refaire une lecture de leurs livres saints, est certes une bonne idŽe. CÕest reconna”tre que ces livres peuvent, quand mme, tre une source de sagesse. CÕest dÕailleurs ce que pensent les unitariens. Thomas Jefferson, qui se considŽrait unitarien, a eu cette idŽe. Il a Žcrit sa  Bible (92), en extrayant de lÕancienne Bible chrŽtienne les passages qui lui convenaient.

Selon le professeur Tremblay, il faudrait mettre fin ˆ la double morale, une pour les chefs de guerres, et une autre pour le commun des mortels. Tuer, cÕest tuer. Si cÕest un crime pour le commun des mortels, cela devrait aussi tre un crime pour les chefs de guerre, les Žtats-majors, les rois, les prŽsidents (93). Il prŽconise un ƒtat de droit o personne nÕest au-dessus de la loi (94).

Lorsque les politiciens, les chefs religieux confondus, auront appris ˆ dialoguer, sans confondre les ordres techno-scientifique, juridico-politique, moral et Žthique, ils seront dans une meilleure disposition pour adopter le moyen de la coopŽration et de la diplomatie au lieu de la guerre pour rŽsoudre leurs diffŽrends et conflits, et pour vouloir substituer la paix, la libertŽ et la justice pour tous, ˆ la raison politique. Justement, cela sÕinscrit dans le dessein des Nations Unies; cependant, certaines nations de la plante refusent toujours dÕy coopŽrer. La DŽclaration universelle des droits de lÕhomme des Nations Unies nÕest pas encore acceptŽe universellement, et tristement, certains pays signataires nÕy manifestent un intŽrt que lorsque cela les arrange.

LՎquitŽ entre les nations et entre les personnes est une condition sine qua non, cÕest sžr, pour mettre fin ˆ la violence, et cheminer vers la paix, la libertŽ et la justice pour tous. Elle dŽcoule nŽcessairement de la plus prŽpondŽrante et de la premire rgle humaniste et du premier principe unitarien universaliste, la reconnaissance de la valeur et de la dignitŽ intrinsques de chaque personne.

9. DŽmocratie

La neuvime rgle humaniste du code Tremblay : Organiser lÕespace public selon des principes de libertŽ et de responsabilitŽ, en adoptant la dŽmocratie politique et Žconomique. Le cinquime principe unitarien et universaliste : La libertŽ de conscience et le recours au processus dŽmocratique aussi bien dans lÕensemble de la sociŽtŽ quÕau sein de nos assemblŽes.

Il y a des ressemblances entre les deux,  surtout en ce qui concerne la responsabilitŽ et la libertŽ; mais il y a aussi des diffŽrences. Ce que le professeur Tremblay entend par  dŽmocratie politique et  dŽmocratie Žconomique met ˆ lՎpreuve la sagacitŽ du lecteur.

DÕabord, attaquons-nous ˆ la question de la dŽmocratie politique.

Le professeur Tremblay Žcrit : Ç la dŽmocratie, sous ses diffŽrentes formes, tout particulirement de type reprŽsentatif, reste le meilleur et le plus lŽgitime des rŽgimes politiques jamais inventŽs È (95). Sa notion de dŽmocratie sÕinspire de lÕidŽe de Montesquieu ayant comme principe la sŽparation des trois pouvoirs, lŽgislatif, exŽcutif et juridique. Dans ce systme politique, la lŽgitimitŽ de Ç lÕautoritŽ, la gouvernance et le pouvoir È se fonde sur le vote populaire. CÕest un gouvernement de droit dont le r™le est le bien commun et la mise en Ïuvre de la justice,

Aristote dans Les politiques (96) classe les constitutions en deux sŽries, les constitutions droites et ses contrefaons. Il distingue trois constitutions droites, royautŽ, aristocratie, gouvernement constitutionnel. La royautŽ est le gouvernement dÕun seul, lÕaristocratie celui de quelques-uns, et le gouvernement constitutionnel, celui du peuple. Les trois dŽviations des constitutions droites sont la tyrannie pour la royautŽ, lÕoligarchie pour lÕaristocratie, et la dŽmocratie pour le gouvernement constitutionnel. En fait, la dŽmocratie reprŽsentative du professeur Tremblay correspond, dans ses grandes lignes, au gouvernement constitutionnel dÕAristote, non ˆ la dŽmocratie ˆ proprement parler.  Il y a, en effet ici, un quiproquo.   Regardons plus avant.

Alexis de Tocqueville Žcrit dans De la DŽmocratie en AmŽrique, Ç Presque toutes les colonies dÕAmŽrique ont ŽtŽ fondŽes par des hommes Žgaux entre eux, ou qui le sont devenu en les habitants È (97). Elle a Ç É peu ˆ peu pŽnŽtrŽ dans les usages, dans les opinions, dans les formesÉ on la retrouve dans tout le dŽtail de la vie sociale comme dans les loisÉ lÕinstruction littŽraire et lՎducation pratique du peuple ont ŽtŽ les plus perfectionnŽes etÉ la religion sÕest le mieux entremlŽe ˆ la libertŽ È (98).   Si la dŽmocratie a pu  facilement sÕinscrire dans le mode de vie ˆ lÕamŽricaine, cÕest parce quÕil y avait une ŽgalitŽ des conditions ds le dŽpart.

LorsquÕil rŽdigea De la DŽmocratie en AmŽrique, en 1835-1837, de Tocqueville pensait que la dŽmocratie Žtait un mouvement irrŽversible et universel. Par ailleurs, il croyait que la dŽmocratie anglo-amŽricaine nՎtait pas exportable en tant que telle. Mais Žcrit-il, Ç on peut supposer un peuple dŽmocratique organisŽ dÕune autre manire que le peuple amŽricain È (99). Donc, selon lui, la dŽmocratie est lÕidŽe dÕune possibilitŽ; elle peut sÕenraciner partout, mais on doit lui permettre de sÕadapter aux contextes culturels et sociaux de chaque pays. Elle est, comme lÕarc-en-ciel, composŽe de plusieurs couleurs.

Les Žlites au pouvoir ont bien vu quÕil fallait brider la dŽmocratie par des lois Ç pour le rgne tranquille de la majoritŽ È (100), car le principe de la souverainetŽ du peuple en lui-mme peut dŽboucher sur la tyrannie de la majoritŽ. La dŽmocratie Ç pour le peuple et par le peuple È est un mot-phare sous lequel se cachent encore beaucoup dÕinŽgalitŽs. Selon la notion jeffersonienne de la dŽmocratie, malgrŽ la rhŽtorique, le droit de vote nՎtait rŽservŽ quÕaux propriŽtaires terriens. Par contre, il faut dire que la propriŽtŽ de la terre fžt facile dÕaccs ˆ son Žpoque. Dans la dŽmocratie amŽricaine, et ailleurs aussi, le suffrage universel, sÕest instituŽ peu ˆ peu. En AmŽrique, lÕinclusion de diverses catŽgories de citoyens, celles du noir et de la femme par exemple, sont chose tardive. En vŽritŽ, la dŽmocratie fait peur aux classes dominantes. Ë toutes fins utiles, elle est considŽrŽe comme une forme dÕanarchie, une contrefaon dans le sens aristotŽlicien du mot.

Pour le professeur Tremblay (101), les Ç lois et les rŽglementations sont nŽcessaires au bon fonctionnement de toute sociŽtŽ È. Selon lui, on a besoin dÕun arbitre pour Žviter lÕanarchie et le Ç problme fondamental du resquilleur È. LÕanarchisme aboutit au Ç collectivisme autoritaire È, nie Ç la souverainetŽ de lÕindividu È et abolit la propriŽtŽ privŽe. Pour le professeur Tremblay, lÕanarchisme Ç repose sur une vision erronŽe de la nature humaine È. Le professeur Tremblay  a  une conception hobbienne de la dŽmocratie.  Selon Hobbes Ç lÕhomme est un loup pour lÕhomme È. Dans lՎtat de nature, cÕest la guerre de Ç tous contre tous È. DÕo le besoin dÕun contrat social o lÕhomme cderait ses droits ˆ une autoritŽ pour se faire gouverner.

Une vŽritable dŽmocratie, selon FrŽdŽrico Major (102), doit se faire uniquement de bas en haut, depuis chaque village, depuis la communautŽ de base. LÕopposition ne devrait pas tre simplement tolŽrŽe, mais encouragŽe par les institutions et les fonds publics. Dans ce rŽgime politique, les gouvernants devraient restreindre leurs ambitions personnelles, rester ouverts ˆ la critique, dŽmissionner avec gr‰ce au moment de leur dŽfaite. La dŽmocratie est une approche politique risquŽe, cÕest sžr. Cela peut ouvrir la porte ˆ lÕintolŽrance, ˆ lÕhystŽrie collective. Mais, cÕest le prix ˆ payer pour une vŽritable dŽmocratie selon Major. Bref, pour lui Ç la dŽmocratie est synonyme de partage; elle est synonyme de participation. Autrement dit, elle permet ˆ chaque citoyen de ÔcompterÕ au lieu dՐtre uniquement pris en compte È (103).

Quand le professeur Tremblay parle dÕune dŽmocratie politique, il entend un gouvernement de droit reprŽsentatif. Aussi il nous met en garde contre  cinq pŽrils (104) qui menacent son type de dŽmocratie, deux dÕordre Žconomique, la fracture sociale entre les riches et les pauvres et la disparition des classes moyennes, et Ç lÕendettement excessif, notamment en ce qui concerne la dette extŽrieure È; et trois dÕordre politique, la prise du pouvoir par des sociopathes ou de psychopathes, la dŽsinformation par la propagande politique, et en dernier lieu Ç la concentration de la propriŽtŽ des organes de presse et le financement des campagnes Žlectorales È.

Contrairement au professeur Tremblay, les UUs  ont  tendance ˆ croire que la nature humaine est foncirement bonne. Ils nÕont pas une conception hobbienne de la dŽmocratie.  Leur conception de la nature humaine est plus conforme ˆ la vision de Locke et de Rousseau. Leur vision de la dŽmocratie est aussi plus pragmatique. Elle ne vise pas seulement la nature dÕun systme politique. Pour les UUs, lÕhumain a un sens innŽ de lÕempathie et du partage. La dŽmocratie est un processus de vivre-ensemble qui sÕamorce dans leurs assemblŽes, et se prolonge dans les autres organisations publiques, autant nationales que mondiales. La prolifŽration des ONG et dÕautres solidaritŽs est clŽ dans ce processus.

Cela Žtant dit, essayons maintenant de mieux comprendre ce que veut dire le professeur Tremblay par Ç dŽmocratie Žconomique È.

Karl Polanyi est un des premiers anthropologues ˆ avoir critiquŽ les thses formalistes, rejetant leur prŽtention ˆ une application universelle. Pour lui, le mot Žconomique aurait deux sens, un sens substantif et un sens formaliste. LՎconomique substantif est une rŽalitŽ empirique. Ç On peut brivement la dŽfinir comme un procs institutionnalisŽ dÕinteraction entre lÕhomme et son environnement, cette interaction lui fournissant de faon continue les moyens matŽriels de satisfaire ses besoins È (105). Les tenants de lÕapproche formaliste partent gŽnŽralement de la dŽfinition classique de Lionel Robbins. LՎconomique, Žcrit celui-ci, est Ç la science qui Žtudie le comportement humain comme une relation entre des fins et des moyens rares qui ont des usages alternatifs È (106).  Pour les formalistes, lՎconomie est prise au sens dÕÇ Žconomie de moyens È, sous-entendant par cela la notion de la raretŽ et la notion de choix. Ils Žrigent en universel lÕhomo oeconomicus et lՎconomie libŽrale.

Les lois de lՎconomique substantif sont celles de la nature; les lois de lՎconomique formaliste sont celles de la raretŽ et de la raison utilitaire. Le concept courant de lՎconomique mle souvent ces deux sens, ce qui empche la clartŽ de la pensŽe. En fait, cette notion peut avoir une double signification, un sens formaliste et un sens substantiviste.  Pour mieux comprendre la notion dՎconomie dŽmocratique du professeur Tremblay, il faut lÕanalyser sous ces deux angles? DÕabord regardons cela du point de vue de lՎconomie formaliste.

Dans son article La mondialisation et le nouvel ordre Žconomique, paru dans un ancien numŽro de Tribune libre unitarienne, Val Bourdon, unitarien et directeur commercial ˆ la retraite, Žcrit que Ç la dŽmocratie est un mot dont on abuse ˆ outrance.... Quiconque a dŽjˆ travaillŽ pour une entreprise sait que celle-ci nÕa rien ˆ voir avec la dŽmocratie; son but se rŽsume ˆ accumuler de plus en plus de profit par le truchement dÕune expansion au-delˆ des frontires nationales. Le simple particulier doit porter son regard ailleurs, sÕil cherche ˆ trouver la dŽmocratie ou une plus grande prospŽritŽ È (107). CÕest clair pour Bourdon. La dŽmocratie ne peut sÕappliquer au systme Žconomique en soi. Vouloir faire de lՎconomie dŽmocratique une rŽalitŽ empirique, surtout au niveau des entreprises, est illusoire. CÕest faire Ç gober la thse selon laquelle le nouvel ordre Žconomique nous livrera prochainement la corne dÕabondanceÉ et nous faire croire que dÕici lˆ les gens ordinaires doivent se saigner aux quatre veines, pendant que les banques et les entreprises retirent de larges bŽnŽfices È (108).

Bourdon raisonne dans un contexte rŽel o les entreprises obŽissent ˆ la loi de lՎconomie formaliste. Aussi, le profit, lÕargent, lÕinvestissement et les moyens de production, tout cela est aujourdÕhui, selon lui, sous le contr™le dÕune ploutocratie bien en selle. De mme pour David Korten (109). Celui-ci estime que le monde dŽpeint par George Orwell dans 1984 est celui dans lequel nous vivons aujourdÕhui, ˆ une diffŽrence prs. Au lieu de lՃtat, cÕest la loi du marchŽ qui nous opprime. Nous vivons sous le joug de grandes sociŽtŽs transnationales dont le pouvoir est presque intouchable. Le Ç libertarianisme È fait de chacune dÕelles une personne morale, investie de droits et de libertŽs, ayant prŽsŽance sur les droits et libertŽs de la personne individuelle.

Cela, bien sžr, est inquiŽtant, dÕautant plus que nous sommes tous embarquŽs dans cette grande galre du systme-monde sous les ordres de ces capitaines de grandes sociŽtŽs. Comme galŽriens condamnŽs bon grŽ, mal grŽ ˆ ramer jour aprs jour, qui ˆ la production, qui ˆ la distribution, qui ˆ la consommation, comment Žchapper ˆ nos bourreaux, de quelle manire changer notre sort? Sauter ˆ lÕeau? La mer est trop vaste, la terre trop loin, nous serons tous noyŽs. Attendre dÕaccoster, et fuir? Nous sommes tous encha”nŽs ˆ nos bancs. SÕunir contre nos bourreaux, leur offrir une rŽsistance? La lutte du peuple, voilˆ une option plausible.

Oui, cÕest sžr, il faut lutter pour amŽliorer la condition sociale de tous, rŽduire lՎcart qui se creuse sans cesse entre les pauvres et les riches, mais de quelle faon? Chose ˆ peu prs certaine, on ne trouvera jamais de rŽponses toutes faites ˆ cette question. La vie est un processus interdŽpendant et en mouvement perpŽtuel. Pour lՎpanouissement de tous, nos sociŽtŽs doivent en Žpouser lՎlan. Cela va de soi. Mais il nÕen est rien. Face ˆ PromŽthŽe dŽcha”nŽ, la raison technocratique, rejeton de la raison utilitaire, nous aveugle ˆ ne pas voir cela, elle nous empche mme de poser les bonnes questions, ˆ savoir la question des Ç fins È, dont parle Bruno Cadez (110) pour remettre ˆ la fois lÕargent Ç ˆ sa place, cÕest-ˆ-dire au rang de moyen È et Ç les besoins humains essentiels au cÏur È du systme-monde, imager Ç un projet utopique de transformation sociale, qui soumette la production ˆ des critres extra-Žconomiques, dŽmocratiquement choisis par la sociŽtŽ È (111). Autrement, cÕest dire oui au huis clos, opter pour un avenir bloquŽ.

Marc Nerfin (112) a proposŽ la mŽtaphore suivante, celle de la triade prince, marchand, peuple. Chacun a son r™le ˆ jouer pour maintenir en Žquilibre le mouvement instable du systme-monde capitaliste. La t‰che du prince est celle de gouverner et de veiller au maintien de lÕordre public; la t‰che du marchand est celle dÕexercer le pouvoir Žconomique et de voir ˆ la production des biens et services. Les ONG et les autres groupes de solidaritŽs Žmergeant reprŽsentent les citoyens, le pouvoir du peuple. La t‰che de ces derniers est avant tout de voir ˆ la transparence du prince et du marchand, ensuite de leur faire concurrence sur leur propre terrain pour le pouvoir et lÕinfluence, et finalement de les pousser ˆ Žcouter les groupes exclus pour que leurs voix deviennent un poids dans la balance.

Cela Žtant dit, voici notre conclusion ˆ cette section. Associer le terme dŽmocratie et Žconomique, comme le fait le professeur Tremblay, nÕapporte que confusion. Cela mle les t‰ches que le prince, le marchand et le peuple ont ˆ jouer. Cela nous rive on ne peut mieux ˆ la pesanteur du systme-monde actuel.

Maintenant, examinons la notion de dŽmocratie Žconomique sous lÕangle substantiviste.

Le mot Žconomie vient du grec oikos, maison, et de nomos, ordre ou loi. Pour les anciens, lՎconomie se rapporte ˆ lÕart dÕadministrer la production des biens et des services de la maison. Elle se distingue de la chrŽmatistique du grec khrŽma, richesse, possession. La chrŽmatistique se rapporte ˆ lÕart de sÕenrichir, dÕacquŽrir de la richesse. Certains philosophes, tel Aristote, pensaient que la chrŽmatistique Žtait une activitŽ contre nature. LՎconomie domestique axŽe sur la valeur dÕusage, en revanche, Žtait naturelle.

Comme Polanyi le fit observer dans son ouvrage La Grande Transformation, dans les sociŽtŽs anciennes Ç les relations sociales de lÕhomme englobentÉ son Žconomie È (113). En effet, la production des biens et services, leur distribution et leur consommation sÕinsrent dans des rapports de rŽciprocitŽ obŽissant ˆ la logique du don, parfois dans des rapports de redistribution obŽissant ˆ la logique du plan. Le marchŽ existe, mais joue un r™le marginal. La polis, comme en Grce par exemple, bride la chrŽmatistique, la logique de lÕintŽrt.

La manire dont le procs Žconomique sÕest institutionnalisŽ dans notre sociŽtŽ contemporaine est diffŽrente. LՎconomie axŽe sur la valeur dՎchange sÕest peu ˆ peu libŽrŽe des rapports humains dans lesquels elle Žtait englobŽe, lui permettant lÕessor quÕon lui conna”t vers le seizime sicle pour finir par sՎtendre ˆ lՎchelle mondiale. CÕest lՎconomie-monde actuel. Ce systme historique (114) comprend une division du travail ˆ lՎchelle mondiale et des rapports interŽtatiques. Sous ce rŽgime, lÕargent est une fin en soi, le marchŽ est roi. La terre, le travail, la technologie et lÕargent sont devenus des marchandises. LÕart de sÕenrichir, dÕacquŽrir de la richesse, la chrŽmatistique, est central.

Dans toutes les sociŽtŽs, on retrouve toujours une Žconomie domestique. Vitale pour la reproduction des gŽnŽrations futures, lՎconomie domestique a changŽ seulement de forme selon les formations sociales. Il en va de mme pour les Žconomies du plan depuis le nŽolithique et lÕapparition de lՃtat. Le systme-monde actuel lui-mme sÕest ŽdifiŽ sur la subordination de chacune de ces Žconomies et il continue de sÕen nourrir pour son expansion. La science Žconomique formaliste est rŽductrice et met cela dans lÕombre.

LÕanalyse des systmes-mondes et lÕapproche substantiviste nous aident ˆ identifier les divers types dՎconomies et ˆ mieux comprendre leur processus dÕenchevtrement au cours de lÕhistoire. Dans cette optique, la notion de dŽmocratie Žconomique de professeur Tremblay prend une tout autre signification. Elle peut se classer parmi les activitŽs Žconomiques de type coopŽratif, ou encore les Žconomies dites informelles, par exemple le travail au noir. Par ailleurs, ces Žconomies, qui sÕenchevtrent avec lՎconomie capitaliste, passent trop souvent inaperues, ne figurant pas dans la comptabilitŽ du produit national brut. CÕest aussi le cas du travail non payŽ de la femme ˆ la maison. Ce travail informel sÕauto-organise souvent selon un principe communautaire et dŽmocratique. Dans certains cas,  nous avons ici affaire ˆ des mouvements anti-systŽmiques.

Ce sont des groupes comme les ONG, les mouvements syndicaux, les mouvements de coopŽratives qui peuvent le mieux offrir une alternative aux ƒtats-nations pour permettre un meilleur Žquilibre social. La victoire en AmŽrique de la lutte des mouvements ouvriers, celle des Afro-AmŽricains, celle des femmes pour lՎgalitŽ, celle des mouvements pacifistes, montrent que renverser la tendance du cours de nos vies et dÕenvisager un futur autre est possible. AujourdÕhui et un peu partout, lՎmergence de divers groupes solidaires, qui luttent pour une sociŽtŽ ouverte et juste, est le signe dÕun vent favorable en cette direction.

Pour conclure, reprenons la mŽtaphore de Simone Weil, dans La Pesanteur et la Gr‰ce, et mettons-la en rapport avec les cinq ordres de Comte-Sponville. DÕune part, reprŽsentons le capitalisme historique par la pesanteur. Dans le systme-monde, le marchŽ est roi. Son but est lÕargent. Il ne se soucie gure des besoins humains. Sa pesanteur attire les gens vers le bas, vers les ordres Žconomico-techno-scientifique et juridico-politique, dans la sphre du monde dŽshumanisŽ. DÕautre part, reprŽsentons Ç lՎconomie dŽmocratique È par la gr‰ce. LՎconomie dŽmocratique, que nous avons associŽe ˆ lՎconomie domestique et du don, y compris les rapports de solidaritŽ, est fondamentale. Elle est essentielle pour la survie et la reproduction de toutes les communautŽs humaines. Sa pŽrennitŽ dans lÕhistoire humaine est tŽmoin de sa grande rŽsilience. Luttant contre des forces dŽshumanisantes du capitalisme historique, elle tend comme la gr‰ce ˆ monter et ˆ faire monter les humains vers les ordres du haut, moral, Žthique et spirituel, autrement dit vers la sphre du monde humanisŽ o rgnent lÕempathie, le partage et la compassion.

10. ƒducation

La dixime rgle humaniste du code Tremblay : DŽvelopper son intelligence et ses talents par lՎducation et par lÕeffort, afin de sՎpanouir et dÕatteindre le bonheur, pour le plus grand bien de lÕhumanitŽ et des gŽnŽrations futures.

LÕauteur prŽconise le libre accs ˆ lՎducation ˆ lÕencontre des religions qui freinent lÕÇ autonomie intellectuelle des personnes È (115). Pour lui, lՎducation est le meilleur investissement quÕune sociŽtŽ puisse se donner pour assurer son futur. Cela exige la gratuitŽ scolaire universelle ˆ lՎcole primaire et secondaire. Mais ne faudrait-il pas aussi penser ˆ Žtendre cette gratuitŽ scolaire au niveau universitaire pour Žviter le gaspillage de talents dont sont trop souvent responsables nos sociŽtŽs dites dŽmocratiques? Mme nÕy aurait-il pas lieu dÕy avoir une formation permanente dans diffŽrents domaines?

Selon nous, les institutions Žducatives sont lÕendroit stratŽgique o peuvent sÕapprendre la libertŽ de conscience, la dŽmocratie, le respect du caractre indŽpendant de toutes les formes de vie, lÕacceptation mutuelle de la libertŽ de conscience de chaque personne. Cela suppose donc la libertŽ dÕexercer lÕesprit critique dans toutes les institutions Žducatives autant chez les Žlves que chez les instructeurs, les enseignants et les professeurs. Le quatrime principe UU prend cela en ligne de compte : la libertŽ et la responsabilitŽ de chaque personne dans sa recherche de la vŽritŽ, du sens de la vie, et de la signification des choses. QuÕen est-il pour la dixime rgle humaniste du code Tremblay?

Pour le professeur Tremblay, lՎducation libre, permet le progrs, aboutit ˆ la prospŽritŽ. Ç Un peuple ignorant est un peuple esclave È (116), Žcrit-il. Pour lui, lՎducation ne se rŽsume pas seulement ˆ lÕacquisition des connaissances, cÕest-ˆ-dire ˆ lÕinstruction, mais doit aussi inculquer Ç un sens moral et une discipline personnelle È (118), r™le quÕil assigne aux parents en particulier. Ceux-ci, Žcrit-il, Ç É doivent inculquer ˆ leurs enfants lÕamour de lÕapprentissage et de la lecture; stimuler leur curiositŽ et leur enseigner les joies de la rŽussite intellectuelle; ils doivent aussi leur transmettre les principes qui aident ˆ vivre une vie remplie de discipline et de qualitŽs morales È (118). Nous sommes dÕaccord que les parents doivent assumer cette responsabilitŽ, mais pas tout seuls. Il faut tout un village pour Žlever un enfant, comme le chante Raffi.

Ds les annŽes 1940, Pitirim Sorokin prŽconisait un systme scolaire qui incorporait ˆ la fois lÕinstruction et lՎducation. Dans Social et Cultural Dynamics, il Žcrivait : Ç Comme organisations scolaires, les Žcoles doivent Žtablir un systme soigneusement ŽlaborŽ pour dŽvelopper lÕaltruisme chez leurs Žlves. Elles doivent inculquer chez eux un ensemble de valeurs universelles et des normes dŽbarrassŽes de toute superstition et de lÕignorance, y compris des thŽories dŽgradantes, cyniques, nihilistes, et pseudo scientifiques. Cette t‰che devrait tre jugŽe tout aussi importante que la formation intellectuelle È (119).

Les UUs enseignent un tel programme dans leur petite Žcole du dimanche matin. CÕest lˆ o les jeunes, sans tre endoctrinŽs, apprennent, outre les sept principes UU, ˆ exercer leur esprit critique par le jeu et le dialogue. Bonne nouvelle. Dans nos Žcoles primaires et secondaires au QuŽbec, un programme semblable — ƒthique et culture religieuse — est en vigueur depuis septembre 2008 (120).

Pour apprendre ˆ dialoguer, pour dŽvelopper leur esprit critique et se familiariser avec le monde qui les entoure, les jeunes ont besoin de vivre dans un milieu concret o le respect de la dignitŽ de chaque personne est pris en compte. Ils ont surtout besoin des outils nŽcessaires pour pouvoir construire de faon responsable leur vision du monde futur ˆ b‰tir. Cela peut se produire en les exposant non pas ˆ une partie seulement, mais ˆ lÕensemble de notre riche hŽritage culturel.

Les lois, la jurisprudence, le code de vie sont des rgles normatives accompagnŽes de sanctions quÕune sociŽtŽ se donne. Faire apprendre de telles rgles par cÏur ˆ lՎlve nÕinculque chez lui ni morale ni Žthique, mais le conditionne ˆ lÕobŽissance sans Žgard ˆ ses sentiments moraux et ˆ ce quÕil Žprouve au niveau de sa conscience morale. Ce mode dÕinstruction, qui Žcarte le dialogue, empche lՎlve dÕexercer son esprit critique et dÕapprendre ˆ repenser par lui-mme son humanitŽ comme tre moral.

Au bout du compte, la vertu sÕenseigne par lÕexemple. Les jeunes prennent avant tout exemple sur les personnes quÕils frŽquentent et admirent quotidiennement. Les instructions, les paroles et les dŽmonstrations rationnelles ont peu de valeur pour eux. LÕÇ amour, lÕesprit de bontŽ, de justice, de consolation, de la compassion, de la solidaritŽ ou la sympathie È (121)  dont parle le professeur Tremblay,  sont des valeurs qui sÕapprennent chez les jeunes par lÕexemple. Les gestes authentiques et les attitudes sincres des parents, de la famille, des enseignants, des personnages mŽdiatiques, et des hŽros ont beaucoup dÕinfluence sur les jeunes. Les enfants ont besoin de personnes moralement ŽvoluŽes sur lesquelles modeler leur comportement pour devenir vertueux. Ç Walk your talk È, comme disent les Anglais.

Les enfants apprennent dÕadultes qui ont appris eux-mmes dÕautres adultes de gŽnŽration en gŽnŽration. Ce processus dure chez les humains depuis aussi longtemps quÕon se souvienne. La grande question aujourdÕhui est celle-ci : quelle vision morale transmettre aux gŽnŽrations futures et comment faire pour y arriver compte tenu de notre longue et houleuse histoire? Nous nÕavons pas de solutions absolues. Mais nous savons ceci. Lorsque les enfants grandiront dans une sociŽtŽ o ils verront quotidiennement que leurs proches et leur entourage aiment la vie comme un don prŽcieux de la nature et respectent la valeur et la dignitŽ intrinsques de chaque personne, nous verrons le rŽ-enfantement dÕun nouveau monde. Dans ce monde, les enfants nÕapprendront plus seulement ˆ se voir chacun comme des personnes uniques faisant partie de lՎquilibre sacrŽ de la nature, mais ils vivront dorŽnavant dans la rŽalitŽ dÕun tel monde.

Conclusion

LÕidŽe-force sous-jacente aux dix rgles humanistes du code Tremblay est le progrs. Celle sous-jacente aux sept principes UU est la perfectibilitŽ de la nature humaine. DÕo lÕorigine des divergences que nous avons soulevŽes entre les deux tout au long de cet essai.

Retournons ˆ notre question initiale. Le discours du professeur Tremblay reste-t-il enfermŽ dans les deux scŽnarios possibles dont parle Paul Kurtz? Nous croyons que oui. Tout au long de son ouvrage, il oppose en effet le premier scŽnario, celui de la tradition et de la rŽgression, au deuxime scŽnario, celui de la modernitŽ et du progrs. Il relgue le premier dans le temps de la grande noirceur et adopte le second comme la promesse dÕun temps radieux.

Le professeur Tremblay a ŽlaborŽ son code pour une Žthique globale, lequel correspond au deuxime scŽnario de Paul Kurtz, en sÕappuyant sur la raison. En fait, son dŽcalogue promeut un nouvel Žvangile, fondŽ sur la dŽesse raison et lÕaccomplissement du dessein de lÕHistoire par lÕactualisation du libŽralisme Žconomique. Au fond, le professeur Tremblay est imbu de lÕidŽe du progrs des philosophes du sicle des Lumires tel Condorcet, idŽe reprise plus tard au XIXe sicle dans la loi des trois Žtats dÕAuguste Comte. Selon ce dernier, toutes les sociŽtŽs humaines passent dÕabord par les stades, thŽologique, puis mŽtaphysique, pour finalement aboutir irrŽversiblement au stade supŽrieur industriel, caractŽrisŽ par la science et la raison.

Le Ç dŽcalogue È du professeur Tremblay nous semble trop maximaliste pour obtenir un assentiment gŽnŽral. Nous doutons de son caractre universel. Sa notion de la science correspond ˆ lÕimage traditionnelle du savant. Celui-ci, comme un Ç dieu È sŽculier, universel et tout-puissant, se donne pour t‰che de dŽchiffrer un univers observable donnŽ au dŽpart de manire intangible tout en lui demeurant extŽrieur.

Les principes UU ne proviennent pas de la pensŽe dÕun seul homme ŽclairŽ, mais sont le rŽsultat dÕun dialogue qui dure depuis nombre dÕannŽes dans la collectivitŽ UU mondiale. Les UUs nÕhŽsitent pas de puiser aux sources de diverses traditions pour Žlaborer leurs principes. Ils reconnaissent quÕil y a une sagesse dans toutes les traditions.

Pour les UUs, le propre de lÕhumain est dՐtre douŽ dÕune libertŽ, ce qui lui permet de sÕamŽliorer et de changer le monde. Les UUs croient que le moindre geste peut faire une diffŽrence pour amŽliorer la condition humaine. Au fond, ils partagent lÕidŽe de Gordon Childe, cŽlbre archŽologue britannique, selon laquelle lÕhumain se crŽe lui-mme (Man Makes Himself) (122). Pour lÕanthropologue Ashley Montagu, lui-mme unitarien, lÕhomo sapiens serait arrivŽ ˆ un moment de bifurcation, lequel lui ouvre de nouvelles possibilitŽs pour sortir de lÕimpasse actuelle de Ç la dŽshumanisation de lÕhomme È. LÕhomo sapiens a maintenant la possibilitŽ de se transformer en homo humanus. Mais cela ne se rŽalisera pas seulement avec la raison; il faut le mariage de la raison et du cÏur (123).

Ç La sagesse, Žcrit Comte-Sponville, ce nÕest pas dÕaimer le bonheur, cÕest dÕaimer la vie È (124). CÕest par lÕamour de la vie et en vertu de sa rŽsilience quÕon peut toujours espŽrer que notre Ç espce fabulatrice È (125) sur notre Ç terre-patrie È (126) saura sÕinventer un monde ˆ sa mesure dans les millŽnaires ˆ venir. Durant notre jeunesse, nous entendions ˆ la radio la chanson Ç Que sera, sera È. Il faudrait plut™t chanter Ç Ce que fera, sera È. Ces mots sont plus conformes ˆ lÕesprit UU et invitent chacun de nous ˆ sÕembarquer pleinement dans la vie.

La dŽmarche rationnelle du professeur Tremblay ignore la dimension authentiquement crŽatrice de la science o le chercheur fait bel et bien partie de la rŽalitŽ quÕil observe et o lÕunivers observable est en perpŽtuelle construction et de manire indŽcidable par avance. Elle empche Ç lÕirruption de lÕincertitude È et de voir quÕun monde alternatif est possible, et ce quÕil sera dŽpend de nous (127).

Notes dÕexplication :

A.Tremblay, Rodrigue. Le Code pour une Žthique morale : Vers une civilisation humaniste.  Liber. MontrŽal. 2009. Toutes les rgles citŽes sont sur les pages titres de chaque chapitre.

B.Conseil Unitarien du Canada. www.cuc.ca RŽfŽrences pour tous les principes et les sources unitariens universalistes.

                                                                                                                                                      

RŽfŽrence bibliographique:

INTRODUCTION

1.Smith, Adam. ThŽorie des sentiments moraux. 1759. Paris. PUF. 2003

2.Ibid. An Inquiry into the Nature and Causes of Wealth and Nations. 1776.  Ed. C.J. Bullock PhD, Harvard Classics, Collier. New York, 1909

3.Becker, Ernest. The Structure of Evil: An Essay on the Unification of the Science of Man. George Braziller. New York. 1968.  p. 34.

4Tremblay, Rodrigue. Ibid.  p. 9.

5.Ibid. Pp. 17 -19.

6.Ibid.  p. 19.

7.Ibid.  p. 20.

1. DIGNITƒ ET ƒGALITƒ

8.Ibid.  p. 34.

9.Tribune libre unitarienne. Vol 4.  No. 1. 2008.  www.uuqc.ca

10.Barreau, Jean-Claude. Quelle morale pour aujourdÕhui.  Plon. Paris.1994. p.78.

11.Buber, Martin. Je et Tu. Aubier. Paris. 1969.

12.Barreau, Jean-Claude. Ibid. p. 106.

13.Lichtblau, Eric. Attacks on Homeless Bring Push on Hate Crime Laws dans le New York Times. 2009-08-07.

2. RESPECT DE LA VIE ET DE LA PROPRIƒTƒ

14.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p.51.

15.Thurnwald, Richard. Dans LÕhistoire de la propriŽtŽ de Challaye, FŽlicien. Collection Que-sais-je ? PUF. 1958. p.12.

16.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p. 52.

17.Ibid. p.53.

18.Mises, Ludwig von. LÕAction humaine. PUF. Paris. 1985. p. 717.

19.Comte-Sponville, AndrŽ. Le Capitalisme est-il moral? Albin Michel. Paris. 2004. pp.74-75.

20.Wallerstein, Immanuel. European Universalism : the Rhetoric of Power. The New Press. New York. 2006.

3. TOLƒRANCE

21.Jaspers, Karl. Bullock, Michael (Tr.) The Origin and Goal of History. Routledge and Keegan Paul. London. 1953. ƒdition originale: Vom Ursprung und Ziel der Geschichte. MŸnchen: Piper Verlag. MŸnchen. 1949.

22.Tremblay, Rodrigue. Ibid.  p. 69.

23.Wilbur, Earl Morse. A History of Unitarianism. Cambridge. Mass. 1945

24.Nations Unies. DŽclaration Universelle des Droits de lÕHomme. 1948.

25.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p. 82.

26.Einstein, Albert. What I Believe  in Forum and Century.  Vol. 84. No. 4. 1930. Pp. 193-194.

27.Gould, Stephen J. Et Dieu dit : Ç Que Darwin Soit ! È. Seuil. Paris. 2000

28.Morin, Edgar. Les sept savoirs ˆ lՎducation du futur.  UNESCO. 1999. Reproduit par Seuil. Paris. 2000. pp.110-111.

4. PARTAGE

29.Mauss, Marcel. Du don, et en particulier de lÕobligation ˆ rendre les prŽsents  dans Sociologie et Anthropologie. Presses Universitaires de France. Paris. 1966. p.148.

30.Godbout, Jacques. T. LÕesprit du don. BorŽal. MontrŽal. 1992. p.21

31.Lefort, Claude. LՎchange et la lutte des hommes dans Les Formes dÕhistoire. Gallimard. Paris. 1978

32.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p.88.

33.CaillŽ, AndrŽ. Critique de la raison utilitaire. Agalama La DŽcouverte. Paris.1988.

34.Weil, Simon. La Pesanteur et la Gr‰ce. Plon. Paris. 1947.

35.Comte-Sponville, AndrŽ. Ibid. p. 140.

36.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p. 87.

37.Ibid. p. 93

38.Polanyi, Karl. La Grande Transformation. (Ždition amŽricaine 1944) Gallimard. Paris. 1983.

5. ANTIEXPLOITATION, ANTIDOMINATION

39.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p. 102.

40.Ibid. p. 99.

41.Jacquard, Albert.  JÕaccuse lՎconomie triomphante. Calman-LŽvy. QuŽbec-Livres. 1995.

42.Ibid. Nouvelle petite philosophie. Livre de Poche. Stock. Paris. 2005. p.207.

43.Thuillier, Pierre. La Grande implosion. Pp. 195-231.

44.Ibid.

45.Prigogine, Ilya. Dans laTribune libre untarienne

5. RAISON

46.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p.136.

47.Ibid. p.134.

48.Voltaire, Franois. TolŽrance dans Dictionnaire philosophique portatif. Volume 7. Section 3. (1764). p.376. Aussi dans lՎdition  Garnier-Flammarion. Vol. II.  Paris. 1964. p. 366.

49.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p.134

50.Bronowski, Jacob. Science and human values. Harper & Row. New-York. 1965

51.Rousseau, Jean-Jacques. ƒmile(1761), Îuvres compltes. T. IV. p. 601

52.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p.142.

53.Todorov, Tzvetan. LÕEsprit des Lumires.  Robert Laffont. Paris. Pp. 61-81.

54.Morales, Peter. LՎclipse de la foi dans La Tribune libre unitarienne. Vol.5.No.1. www.qc.ca

55.Ibid.

56.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p.144.

57.Ibid. p. 133.

58.Damasio, Antonio. LÕErreur de Descartes : la raison des Žmotions. Odile Jacob. Paris. 1995

59.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p.133.

60.Mithen, Steven. The Prehistory of the Mind : the Cognitive Origins of Art and Science. Thomas and Hudson. New York. 1999.

61.Goleman, Daniel.  LÕIntelligence relationnelle. Robert Laffont. Paris 2009.

62.Morin, Edgar, Science avec conscience. Fayard, Collection Sciences. Paris. 1990. p.176.

63.Prigogine, Ilya. La fin des certitudes. ƒditions Odile Jacob. Paris. 1996. p. 65

64.Prigogine, Ilya et Stengers, Isabelle. La Nouvelle alliance : MŽtamorphose de la science. Folio/Essai, Gallimard. Paris. 1986.

6. ENVIRONNEMENT

65.Lovejoy, Arthur O. The Great Chain of Being. Cambridge. Mass. 1936; 1961.

66.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p. 162.

67.Ibid. p. 153.

68.Ibid. p. 152.

69.Ibid. p. 149

70.Ibid. p. 150.

71.Kempf, HervŽ. Comment les riches dŽtruisent la plante. Seuil. Paris. 2007.

72.Ibid. Pour sauver la plante, sortez du capitalisme. Seuil. Paris.2009. pp. 10-12.

73.Korten, David C. Le dossier sur la mondiallisation des grandes entreprises : un systme axŽ sur la croissance Žconomique infinie nÕest pas durable  dans Tribune libre unitarienne. Vol.1, No.2. 2005. www.uuqc.ca

74.Taylor, Barbara. SouhaitŽ : un renouveau spirituel dansTribune libre unitarienne, Vol.3, No. 2, 2007. www.uuqc.ca

75.Berque, Augustin. ƒcoumne : Introduction des milieux humains. Belin. Paris 2000.

76.Ibid. p. 7.

77.Ibid. p. 1.

78.Jesch, Katherine. Une thŽologie de lՎcologie : une conversion de lÕUUisme ˆ lՎcologie dans Tribune libre unitarienne. Vol. 3, No.2. 2007. www.uuqc.ca

79.Suzuki, David. LՃquilibre sacrŽ : RedŽcouvrir sa place dans la nature. Fides. MontrŽal. 2001.

80.Bible de JŽrusalem. Ancienne Testament : GŽnse. 1 :26.

81.Monod, ThŽodore. RŽvŽrence ˆ la vie : Conservation avec Jean-Philippe Tonnac. Grasset & Grasset. Paris . 1999.

8. VIOLENCE, GUERRE ET LA PAIX

82.Tremblay Rodrigue. Ibid. p.177.

83.Champagne, AndrŽ. La guerre de Sun Tzu ˆ Hiroshima : Entretien avec GŽrard Chaliand dans Les Grands conflits du XXe sicle. Septentrion/Radio-Canada.1996. p. 17.

84.Bouthoul, Gaston. Le PhŽnomne-Guerre. Petite bibliothque Payot. Paris. 1962.

85.Champagne, AndrŽ. Ibid. p. 12.

86.Ibid. p.21

87.Deloria, Vine, Jr. Custer Died for Your Sins: An Indian Manifesto. Collier-MacMillan. London. 1969.

88.Robbins, Richard H. Global Problems and the Culture of Capitalism. Allyn and Bacon. New York. 1999. 7p. 128.

89.Ibid. Pp. 380-384.

90.Descamps, Fabrice. Marxisme et christianisme pratique dans Tribune libre unitarienne. Vol.2. No.1. www.uuqc.ca

91.Huntington, Simon. Le choc des civilisations. ƒdition Odile Jacob. Paris. 2007. Traduction de lÕamŽricain The Clash of Civilization and the Remaking of World Order. Paru dans Foreign Affairs en 1993.  

92.Jefferson, Thomas. The Jefferson Bible: The Life and Morals of Jesus of Nazareth. (Introduction by Judd W. Patton) American Book Distributors. (1804) 1997.

93.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p. 186

94.Ibid. p. 256.

9. DƒMOCRATIE

95.Ibid. p. 210.

96.Aristote. Les Politiques, IV, chapitre II, &1. Flammarion. Paris. 1990. Pp 234-35.

97.Tocqueville, Alexis. De la dŽmocratie en AmŽrique, Tome 1, (1835). Garnier-Flammarion. Paris, 1981. Pp. 413-414.

98.Ibid. p. 416.

99.Ibid. p. 418.

100.Ibid. p. 518.

101.Tremblay, Rodrigue, Ibid. p. 214.

102.Mayor, Frederico. La Nouvelle page. ƒd Durocher / Žd. UNESCO. 1995. Pp.96-101

103.Ibid. p.107.

104.Tremblay, Rodrigue. Ibid. Pp. 222-230.

105.Polanyi, Karl. Ibid.  LՎconomie en tant que procs institutionnalisŽ. P.158.

106.Robbins, Lionel. The Subject matter of Economics. Traduit en franais : Essai sur la nature et la signification de la science Žconomique. Chapitre 1. Librairie MŽdicis. Paris. 1947.

107.Bourdon, Valmyre A. La mondialisation et le nouvel ordre Žconomique. Dans La Tribune libre unitarienne. Vol. 1. no. 2. 2005. www.uuqc.ca

108.Ibid.

109.Korten, David. When Cooperations Rule the World. Kumerien Press. Hartford. 1995. p.146.

110.Cadez, Bruno. Christianisme et communisme. Dans La tribune libre unitarienne. Vol.2. no. 1. 2006. www.uuqc.ca

111.Lšwy, Michel. CitŽ dans LÕespŽrance dÕun monde altrenatif de Poncelet, LŽo. dansTribune libre unitarienne. Vol. 2. no. 1. 2006. www.uuqc.ca

112.Nerfin, Marc. Neither Prince nor Merchant : An Introduction to the Third System.  Dans IFDA Dossier. 1986. 56 :3-29.

113.Polanyi, Karl. Ibid. La Grande Transformation. pp. 74-75.

114.Wallerstein, Immanuel. Le capitalisme historique. Repres : La DŽcouverte. Paris. 1990.

10. ƒDUCATION

115.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p.247.

116.Ibid. p. 245

117.Ibid. p. 246.

118.Ibid. p. 245.

119.Sorokin, Pitirim. Social and Cultural Dynamics.1948. American Book Company. New York. 1970. p. 148. Aussi dans Simpson, Richard L. Pitirim Sorokin and his Sociology. Dans Social Forces . University of North Carolina. Dec. 1953. pp.124-125.

120.Daniel-Poncelet, Hannelore. LՎcole la•que et le programme de lՃthique et culture religieuse dansLa Tribune libre unitarienne. Vol. 4. No, 2. www.uuqc.ca

121.Tremblay, Rodrigue. Ibid. p. 87.

NOTRE CONCLUSION

122.Childe, Gordon. Man Makes Himself. A Mentor Book. New York, 1951.

123.Montagu, Ashley & Matson, Floyd. The Dehumanization of Man. McGraw-Hill. New York. 1983.

pp. 219-220.

124.Comte-Sponville, AndrŽ. Entretien AndrŽ Comte-Sponville par Pujas, Sophie dans Le Point, Hors-sŽrie. No. 23. Juillet-aožt 2009. p. 34.

125.Houston, Nancy. LÕespce fabulatrice. Actes du Sud/LemŽac. France/Canada. 2008.

126.Morin, Edgar. Ibid. Terre-Patrie.

127.Guillebaud, Jean-Claude. La force de conviction. Seuil. Paris. 2005. pp. 206-208.

Lien:

http://www.uuqc.ca/Tribune%20Libre/V5N1/9-ce%20que.htm

                                  

 

B)

RŽponse ˆ Hannelore Daniel-Poncelet et LŽo Poncelet

Par Rodrigue Tremblay, auteur du livre

ÒLe Code pour une Žthique globaleÓ

 

Dans son analyse des religions, Emmanuel Kant (1724-1804) en arrivait ˆ la conclusion paradoxale que mme si les fondements philosophiques des religions Žtablies Žtaient faux, il n'en fallait pas moins les accepter (les religions) parce qu'elles Žtaient une source nŽcessaire de moralitŽ pour les humains.

 

Mon approche se situe en parallle ˆ celle de Kant. En effet, les religions sont des entreprises fondŽes sur des croyances fausses et des mythes inventŽs de toutes pices. Mais contrairement ˆ Kant, qui vŽcut au dix-huitime sicle, mon analyse des codes d'Žthique d'origine religieuse m'a conduit ˆ la conclusion que ces derniers sont dŽfaillants et inadŽquats pour une humanitŽ qui doit vivre et survivre dans un nouveau contexte globalisant. Par consŽquent, ma premire conclusion est ˆ l'effet que les religions Žtablies, loin d'tre une valeur morale, reprŽsentent plut™t une menace morale pour le genre humain, parce qu'elles encouragent le sectarisme, le dualisme moral Žtat-individu, l'anthropomorphisme, l'intimidation, et la sŽparation arbitraire et non-scientifique entre les fonctions physiologiques et cŽrŽbrales de l'homme. Delˆ dŽcoulent une foule de consŽquences nŽfastes pour l'organisation des affaires humaines, consŽquences que je documente en abondance dans le livre.

Je reconnais que les religions Žtablies ont servi ˆ civiliser des peuples ignares dans le passŽ et qu'elles jouent encore un r™le social et politique utile dans diverses sociŽtŽs, en regroupant les personnes dans des organisations englobantes qui dispensent des services (le mot ÒreligionÓ dans sa racine latine signifie Òregrouper ensembleÓ). Ceci est indŽniable.

 

Sous certains aspects, celles-ci ressemblent ˆ des clubs. Si on est libre ou pas de les joindre et si de tels clubs sont en concurrence, il n'y a rien ˆ redire. Cependant, nous savons tous que tel n'est pas le cas dans de nombreuses sociŽtŽs. Les religions ŽtatisŽes, en particulier, sont de puissants systmes de pouvoir qui peuvent tout aussi bien opprimer et Žcraser les individus que de les libŽrer. En effet, on observe que les pays o la libertŽ humaine est la plus brimŽe sont des pays fondŽs sur une religion Žtatique. J'ai dŽjˆ dans un autre ouvrage (L'Heure Juste) dŽnoncŽ les religions la•ques totalitaires (communisme, fascisme, par exemple) qui mnent au mme rŽsultat.

 

Ds que les religions cessent d'tre une expŽrience de vie individuelle et une source de spiritualitŽ pour devenir des systmes politisŽs et Žtatiques, elles perdent beaucoup de leur utilitŽ. En effet, il existe un Žnorme fossŽ entre la religion comme systme, la spiritualitŽ des individus et la moralitŽ. Le fondamentalisme rigide et pyramidal des religions Žtablies, ˆ commencer par les grandes religions dites ÒAbrahamiquesÓ, enferme nŽcessairement les individus dans un carcan intellectuel et moral qui dŽshumanise. S'accrocher ˆ des dogmes dŽpassŽs ou ˆ des rgles morales dŽficientes n'aide nullement ˆ dŽvelopper une spiritualitŽ personnelle ou une moralitŽ moderne.

 

Mais la nature ne tolre pas le vide. Si on Žcarte le dogmatisme moral des religions Žtablies, et l'on a de multiples raisons de le faire, il importe de leur trouver un remplacement. Le deuxime message de mon livre ÒLe code pour une Žthique globaleÓ est ˆ l'effet que les grands principes humanistes de vie en sociŽtŽ constituent un code moral universel qui est supŽrieur ˆ tout autre.

 

I- En premier lieu, disposons de la question du paradoxe Žconomiste-philosophe:

 

De tout temps, les Žconomistes ont ŽtŽ prŽoccupŽs par les fondements moraux de la vie en sociŽtŽ. Un systme Žconomique bien organisŽ doit favoriser le bien commun en canalisant les Žnergies crŽatrices des citoyens. Deux des fondateurs de la science Žconomique ont rŽdigŽ des ouvrages sur l'Žthique. Adam Smith (1723-1790) fut l'auteur de la Ç ThŽorie des sentiments moraux È (1759), bien avant d'Žcrire les Ç Causes de la richesse des nations È (1776). De mme, David Hume (1711-1776) rŽdigea son Ç TraitŽ de la nature humaine È (1739) et ses Ç Dialogues concernant la religion naturelle  È (Ïuvre posthume, 1779), en parallle avec sa thŽorie de la balance des paiements. Je n'innove donc point avec mon livre sur l'Žthique globale. On peut tre ˆ la fois Žconomiste et philosophe. En fait, il importe d'tre les deux ˆ la fois si on veut contribuer ˆ l'avancement des idŽes et des sciences de l'homme.

En 2004, le Mouvement la•que quŽbŽcois me dŽcerna le Prix Condorcet de philosophie politique. C'est ˆ l'occasion de la remise de ce prix que je fus invitŽ ˆ prŽciser ma pensŽe humaniste. Les dix grands principes humanistes qui soutiennent la structure du livre en sont le rŽsultat. Chaque chapitre du livre prŽsente un principe humaniste de vie en sociŽtŽ, en le contrastant avec d'autres principes, surtout d'inspiration religieuse, lesquels sont ˆ mes yeux moins valables.

 

Je les prŽsente ici en vrac :

¥ Proclamer la dignitŽ et l'ŽgalitŽ de tous les humains ;

¥ Respecter la vie et la propriŽtŽ ;

¥ Pratiquer la tolŽrance et l'ouverture ;

¥ Partager avec les moins fortunŽs ;

¥ Ni dominer ni exploiter ;

¥ Recourir ˆ la raison et ˆ la science ;

¥ Conserver et amŽliorer l'environnement ;

¥ Rejeter toute violence ;

¥ Pr™ner une dŽmocratie ouverte ;

¥ Favoriser l'Žducation universelle.

 

II- Comparaison des principes humanistes d'Žthique et des sept principes unitariens

(¥ Valeur et dignitŽ intrinsques de toute personne; ¥ Justice, ŽquitŽ et compassion; ¥ Acceptation mutuelle et encouragement ˆ la croissance spirituelle; ¥ LibertŽ et responsabilitŽ de chaque personne; ¥ LibertŽ de conscience et dŽmocratie; ¥ Paix, libertŽ et justice pour tous; ¥ InterdŽpendance de toutes les formes dÕexistence. )

 

Il y a beaucoup de similitudes entre les principes moraux humanistes et les principes unitariens. Je remercie Hannelore Poncelet et LŽo Poncelet de l'avoir soulignŽ. On peut dire que le mouvement unitarien est d'essence humaniste.

 

Ma prŽsentation des principes humanistes est faite dans une perspective pŽdagogique et pratique. C'est la raison pour laquelle les dix grands principes humanistes peuvent appara”tre plus prŽcis comme rgles de conduite. Mme si les recenseurs n'en font pas Žtat, je souponne que les unitariens ne sont pas contre la rgle d'or humaniste suprme qui dit: Ç Non seulement faites aux autres ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, mais faites aussi aux autres ce que vous souhaiteriez qu'on fasse pour vous, si vous Žtiez ˆ leur place. È Cette rgle va plus loin que la rgle d'or traditionnelle des religions car elle postule l'altruisme et l'empathie, en plus de la rŽciprocitŽ.

 

IIa- Les recenseurs s'interrogent sur le bien-fondŽ de considŽrer la vie en tant que propriŽtŽ individuelle suprme. Pour un Žconomiste humaniste, cela va de soi. L'individu qui perd la vie, perd tout, quelques soient ses autres possessions. C'est pourquoi tuer son prochain est le crime ultime. Mais, mme la propriŽtŽ justement acquise appartient ˆ son propriŽtaire. Cela d'ailleurs s'inscrit dans la rgle de la dŽmocratie politique et Žconomique. La libertŽ de vendre et d'acheter en toute libertŽ postule le respect de la propriŽtŽ. Le vol mne ˆ l'anarchie, au dŽcouragement et ˆ la pauvretŽ collective.

 

J'ai beaucoup Žcrit sur le sujet du fonctionnement des marchŽs (voir, entre autres, Ç La main invisible du marchŽÉ doit parfois tre guidŽe È, Revue Options Politiques, juillet-aožt 2008, 7 p.). Il n'est donc pas surprenant que dans Ç Le Code pour une Žthique globale È, je traite d'Žconomie. On trouvera dans le chapitre neuf un rŽsumŽ des conditions pour qu'une Žconomie engendre ˆ la fois prospŽritŽ et libertŽ (ÒUn systme Žconomique efficaceÓ, pp. 232-34).

 

Je dŽplore que l'idŽe du Òdieu-marchŽÓ ait ŽmergŽ au cours du dernier quart de sicle, avec les consŽquences nŽfastes que l'on conna”t. En tant qu'Žconomiste, je me suis ŽrigŽ contre cette fabulation. Dans mon livre, j'explique bien les nombreuses lacunes qui peuvent dŽcouler du fonctionnement des marchŽs et quels en sont les remdes. Cette fois-ci, c'est dans le deuxime chapitre (pp. 58-60) que l'on retrouve une telle analyse.

 

Cependant, je ne peux m'empcher de souligner qu'il appartient ˆ ceux qui proposent, avec une certaine lŽgretŽ, l'abolition des marchŽs de prŽciser par quel systme ils entendent les remplacer. Le vingtime sicle nous a fourni l'expŽrience humaine dŽsastreuse du communiste comme systme alternatif.—Il ne faudrait pas rŽpŽter les erreurs du passŽ.

 

IIb- Je salue en passant le consensus humaniste et unitarien sur la tolŽrance. En effet, comme ils le disent si bien, la tolŽrance signifie lÕinclusion de lÕautre dans le nous, et le dŽpassement de lÕethnocentrisme historique de lÕhumanitŽ. Cependant, je souligne avec force dans le livre que la tolŽrance des choix des individus ne signifie nullement la tolŽrance des idŽes totalitaires et anti-dŽmocratiques.

 

IIc- Sur le partage, je me rŽjouis de la convergence entre les principes humanistes et les principes unitariens. On doit, en effet, dŽvelopper un capitalisme ˆ visage humain, et non pas rŽgresser comme on le fait depuis quelques dŽcennies. Je souligne dans le livre que cette volontŽ de partager ne doit pas seulement tre nationale, mais aussi internationale. Delˆ ma proposition de crŽer une union pour la solidaritŽ internationale sous l'Žgide des Nations unies (l'UNISON) et ˆ laquelle chacun des pays voulant joindre l'ONU devrait obligatoirement appartenir. Ë ma connaissance, aucune proposition du genre n'a ŽtŽ faite auparavant. Comme je dŽplore ˆ plusieurs occasions le fossŽ grandissant entre riches et pauvres et la nŽcessitŽ d'y remŽdier, le jugement des recenseurs ˆ l'effet que je Òne met nullement en cause le Ç lasser-faire acceptŽ comme une fatalitŽ ÈÓ m'appara”t injuste. Cette affirmation dŽforme ma pensŽe.

 

IId- La question des relations entre la foi (Žmotion) et la raison est complexe. Comme je le souligne ci-haut, je reconnais la contribution des religions Žtablies dans la vie des individus et des peuples, tant pour dispenser des services spirituels et matŽriels, ou encore pour encadrer les rites de passage. Je salue le soutien des recenseurs dans ma dŽmarche anti-Descartes et leur affirmation que les principes unitariens Ç sont en accord avec la sixime rgle humaniste du code Tremblay. È

 

IIe- Concernant la question environnementale, les recenseurs sont injustes ˆ mon endroit quand ils disent que Ç le professeur Tremblay ne met nullement en cause le modle de la croissance Žconomique È ou que Ç lՎconomique et lÕenvironnement, pour le professeur Tremblay, sont deux entitŽs sŽparŽes. È  Encore ici, ils me font dire le contraire de que ce j'ai Žcrit. Comment pourrait-il en tre autrement quand j'Žcris (ˆ la page 150) que Ç si nous voulons prŽserver l'environnement, nous devons en somme faire de la retenue, de la modŽration et de l'esprit de sacrifice des vertus quotidiennes. È

 

Il est compltement faux que je puisse croire que l'Žconomie et l'environnement sont des entitŽs sŽparŽes alors que j'ai dŽmontrŽ tout le contraire. Il est faux aussi de dire que Ç nous nÕavons pas, en effet, trouvŽ le mot Žcosystme ou Ç Žcoumne È, une seule fois dans tout son chapitre. È  alors que j'Žcris justement (ˆ la page 149) que Ç l'idŽe que la terre est un Žcosystme qui s'autorŽgularise est parfois appelŽe l'hypothse Ga•a, du nom de la dŽesse grecque de la terre. È

 

IIf- Sur le besoin d'abolir les guerres d'agression et sur la supŽrioritŽ du systme dŽmocratique, il y a convergence humaniste-unitarienne. NŽanmoins, les recenseurs mettent en doute le concept de dŽmocratie Žconomique. Il est vrai que cette question est complexe. Toutefois, comme je l'ai dit au dŽbut de cette longue rŽponse, ceux qui proposent d'abolir le marchŽ et de le remplacer par quelque chose d'autre ont le fardeau de la preuve que leur systme ne produira pas pauvretŽ et esclavage.

 

IIg-Constatons une autre convergence humaniste-unitarienne sur le besoin d'incorporer ˆ la fois lÕinstruction et lՎducation dans la formation des jeunes. Rien n'est plus important.

 

Conclusion

 

En conclusion, je remercie les recenseurs d'avoir ainsi dŽcortiquŽ le contenu de mon ouvrage. Je constate une grande convergence entre les principes humanistes d'Žthique et les principes moraux unitariens. C'est pourquoi que je ne peux accepter leur conclusion gŽnŽrale que Ç lÕidŽe-force sous-jacente aux dix rgles humanistes du code Tremblay est le progrs. Celle sous-jacente aux sept principes UU est la perfectibilitŽ de la nature humaine. È Oui, bien sžr, je crois que l'espce humaine a progressŽ et qu'elle continuera ˆ le faire. Mais, comme j'argumente que certains des principes humanistes doivent tre inculquŽs et appris, je crois aussi ˆ la perfectibilitŽ de la nature humaine.

 

En effet, mettons-nous donc d'accord qu'un autre monde est possible, et qu'il y a plusieurs faons de faire progresser moralement l'homo humanus.

__________________________

Note :

Emmanuel Kant et la critique des religions: Emmanuel Kant, Critique de la raison pure (1781), Critique de la raison pratique (1788), et La religion dans les limites de la raison. (1794).

 

C) COMMENTAIRES

1.

COMPTE-RENDU GƒOGRAPHIE, ƒCONOMIE ET SOCIƒTƒ.doc

 

Resensemenet de AndrŽ Joyal dans la revue GŽographie, ƒconomie et SociŽtŽ, dŽcembre 2009, pp. 277-278.

 

http://ges.revuesonline.com/

 

Rodrigue Tremblay, Le code pour une Žthique globale, MontrŽal, Liber, 2009, 287 pages.

 

Voici un ouvrage qui pourra surprendre les lecteurs de GES, car mme sÕil est lÕÏuvre dÕun Žconomiste, il ne sÕadresse ni au gŽographe ni ˆ lՎconomiste en tant que professionnel. Cet essai, en effet, vise un public plus vaste, celui que recouvre la sociŽtŽ dans son ensemble ˆ savoir les citoyens du monde parmi lesquels, bien sžr, gŽographes comme Žconomistes et autres professionnels des sciences humaines sauront se reconna”tre.

 

En prŽface, Paul Kuritz, prŽsident-fondateur du Council for Secular Humanism considre que face aux problmes contemporains qui menacent lÕhumanitŽ, il existe un scŽnario de nature optimiste. CÕest le scŽnario humaniste qui postule quÕen mettant lÕaccent sur la raison, la science et la technologie en tant que facteurs essentiels pour amŽliorer la condition humaine, les tres humains sont en mesure dÕaffronter les dŽfis Žnormes qui se prŽsentent ˆ eux en ce XXIe sicle. Mais, pour ce faire, le monde aurait besoin dÕun nouveau sicle des Lumires qui rŽaffirmerait la primautŽ de la raison, de la science, de lՎducation et de la dŽmocratie.

 

CÕest ce que cherche ˆ dŽmontrer Rodrigue Tremblay, dŽtenteur dÕun Ph.D de Stanford University, professeur ŽmŽrite dՎconomie de lÕUniversitŽ de MontrŽal.

 

Auteur prolifique, celui qui fut ˆ la fin des annŽes 1970 ministre de lÕIndustrie et du Commerce du gouvernement du QuŽbec et qui a aussi prŽsidŽ la North American Economics and Finance Association, ambitionne ici de montrer quÕentre lÕabsence totale de morale et dՎthique et des normes morales religieuses inadŽquates, la seule voie morale qui sÕouvre aux citoyens du monde est humaniste, rationnelle et universelle. LÕhumanisme se trouve dŽfini ici comme une vision philosophique de lÕhumanitŽ et de lÕexistence humaine qui proclame la dignitŽ inhŽrente de tous les tres humains et leur valeur intrinsque, sans rŽfŽrence aucune aux superstitions et ˆ la notion de surnaturel. LÕhumanisme rationnel, comme le signale lÕauteur, fait appel ˆ la logique et ˆ la science pour comprendre lÕunivers et pour rŽsoudre les problmes de lÕexistence, en invitant chacun ˆ vivre une vie morale de la meilleure des faons possibles.

 

Chacun des dix chapitres du volume se trouve liŽ ˆ une rgle propre ˆ lÕhumanisme. Ainsi le deuxime chapitre Respect se rŽfre ˆ la rgle qui proclame le respect de la vie et de la propriŽtŽ dÕautrui en tout temps. Les extrŽmistes de gauche comme de droite sont invitŽs ˆ sÕabstenir. On y trouve les cinq principales catŽgories de lacune des marchŽs lesquelles se rapportent aux biens publics, aux monopoles, aux externalitŽs nŽgatives, aux informations incompltes et aux disparitŽs excessives dans la rŽpartition de la richesse. On lÕaura compris, ici lՃtat a un r™le ˆ jouer, lÕauteur Žtant toujours ˆ ce quÕil me semble dÕobŽdience keynŽsienne. Mais il ne manque pas de mettre en garde contre des interventions Žtatiques susceptibles de susciter le cholŽra en voulant combattre la peste. CÕest pourquoi Tremblay recommande la mise en branle dÕune rŽforme du r™le rŽgulateur de lՃtat avant dÕentreprendre une rŽglementation en profondeur des marchŽs privŽs.

 

Il mÕappara”t que le chapitre 7 Environnement est celui qui intŽressera le plus les lecteurs de GES. La rgle humaniste ici prise en considŽration sÕapplique ˆ conserver et amŽliorer lÕenvironnement naturel de la terre en tant quÕhŽritage commun de lÕhumanitŽ. LՎrudition de lÕauteur, qui est marquante ˆ lÕintŽrieur de tous les chapitres, impressionnera ceux qui, comme lÕauteur de ces lignes, se passionnent pour lÕastrophysique et la palŽoanthropologie.

 

Tremblay se demande si les humains, ˆ lÕinstar des dinosaures, ne sont pas appelŽs ˆ dispara”tre de la surface de la plante Žtant donnŽ ˆ la fois les torts causŽs ˆ lÕenvironnement et le pouvoir dŽvastateur des armes de destruction massive. LÕhomme nÕa pas le choix : il sÕadapte ou il dispara”t. LÕadaptation, on le sait, se veut la premire loi de survie des organismes vivants. Le chapitre 9 DŽmocratie sÕavre tout aussi intŽressant. La rgle humaniste correspondante vise lÕorganisation de lÕespace public selon les principes de libertŽ et de responsabilitŽ en sÕappuyant sur la dŽmocratie politique et Žconomique. Cinq dangers guettant la dŽmocratie sont ici mis en Žvidence : un trop grand Žcart entre les riches et les pauvres; lÕendettement, le sous-financement public et lÕinflation; la prise du pouvoir par des sociopathes ou autres psychopathes; la malŽdiction de la propagande Žtatique (on passe du nazisme ˆ la Maison Blanche occupŽe par G.W.Bush); la concentration de la propriŽtŽ des organes de presses et le financement des campagnes Žlectorales. Ce dernier danger nÕest pas Žtranger aux Franais ni aux QuŽbŽcois, hŽlas.

 

Ces mises en garde Žtant faites, on ne peut quՐtre dÕaccord avec Tremblay quand il soutient que le dŽveloppement de toute Žconomie repose sur la capacitŽ dÕinnover. LÕinnovation en tant que levain de la croissance Žconomique est tributaire de la libertŽ de penser et dÕagir au sein de la sociŽtŽ.

 

Le lecteur ne pourra quÕapprŽcier lÕabondante documentation en langue franaise et anglaise sur laquelle lÕargumentation de lÕauteur prend son appui. Le style alerte et efficace, ˆ dŽfaut de convaincre tous les lecteurs sans exception, aura ˆ tout le moins pour consŽquence dÕinviter tout un chacun ˆ rŽflŽchir sur les rŽalitŽs qui entourent lÕavenir de lÕhumanitŽ.

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AndrŽ Joyal

UniversitŽ du QuŽbec ˆ Trois-Rivires

© 2009 Lavoisier, Paris. Tous droits rŽservŽs.

 

2.

Science et Scientisme

Par Michel Virard, PrŽsident

Associaltion humaniste du QuŽbec

7 septembre 2009

 

J'ai pris connaissance de l'article Žcrit par LŽo et Hannelore Poncelet sur le dernier livre de Rodrigue Tremblay (et aussi de la rŽponse du professeur  Tremblay). Je tiens ˆ les fŽliciter pour avoir pris le temps de faire une vŽritable analyse dŽtaillŽe: une texte de pas moins de 18 pages. Le professeur Tremblay a rŽpondu ˆ plusieurs erreurs d'interprŽtation de son texte mais pas toutes, il en reste que j'adresse ici. Bien que les principes des UU rejoignent la plupart des idŽes proposŽes par le professeur  Tremblay, les recenseurs remarquent des divergences importantes dont les deux suivantes.

 

J'ai remarquŽ que la notion de "droit naturel de propriŽtŽ" utilisŽe par Rodrigue les laissent perplexes. Nous avons vu que, parmi les humanistes, il existent dŽjˆ de grandes variations de position sur ce sujet alors je ne suis pas surpris que les UU y trouve ˆ redire. Mon opinion personnelle est que le terme "propriŽtŽ" est insuffisamment prŽcis pour rendre compte des diverses rŽalitŽs qu'il entend recouvrir ce qui conduit inŽvitablement ˆ des quiproquos. Le droit ˆ l'intŽgritŽ physique (possession de son corps), tout a fait dŽfendable, n'est pas de mme nature que la possession exclusive et totale d'un territoire, d'un objet o d'une chanson, et il y aurait beaucoup ˆ dire sur ce sujet.

 

Le deuxime point qui les fait s'interroger longuement (3 pages) est le recours ˆ la seule "raison" comme voie de connaissance. Il est bien possible que l'essentiel de la diffŽrence entre les humanistes et les UU se trouve concentrŽ sur ce point. Les UU dŽfendent une position trs "libertaire" en ce sens que la recherche de la vŽritŽ est laissŽe ˆ chacun: "La libertŽ et la responsabilitŽ de chaque personne dans sa recherche de la vŽritŽ, du sens de la vie, et de la signification des choses." et LŽo et Hannelore prŽcisent: "Ce principe est destinŽ ˆ un type d'action qui aspire ˆ Žtablir le vrai par l'hŽtŽrogŽnŽitŽ des voies de connaissance. La connaissance par le mythe et la poŽsie est parfois plus appropriŽe que celle basŽe sur la raison abstraite pour mieux comprendre certaines matires. La lecteur d'un grand roman, par exemple, nous fera souvent mieux comprendre les arcanes de la vie qu'une Žtude sociologique.". L'approche des UU les honore car elle ne prŽjuge pas, pour un individu, de la meilleure manire de s'approprier de nouvelles connaissances.

 

Toutefois je ne crois pas qu'il y a autant de diffŽrences avec la position humaniste de Rodrigue Tremblay que ce qu'ils laissent entendre. En fait il faut distinguer l'acquisition de nouvelles connaissances par l'espce homo sapiens sapiens et la faon dont chaque individu accde ˆ ces connaissances. Dans le premier cas il ne fait aucun doute que la construction de notre extraordinaire cathŽdrale sŽmantique repose avant tout sur l'usage de la raison tandis que, pour la plupart des individus, la diffusion de ces avancements peut et doit prendre d'autres chemins si l'on aspire ˆ une transmission du savoir qui tienne compte de nos profils psychologiques, variŽs ˆ souhait. Lorsque j'utilise ce que les "humanitŽs" m'ont enseignŽ dans ma jeunesse pour diffuser la pensŽe critique ou faire de la vulgarisation scientifique, je ne fais rien d'autre que suivre le conseil des UU.

 

O le dŽbat s'approfondit c'est, toujours dans la mme section, lorsque Rodrigue Tremblay est accusŽ d'une forme de scientisme. Les critiques de nos amis sont toujours les plus douloureuses et celle-lˆ ne fait pas exception. Il est en effet probable (mais non certain) que, selon le trs citŽ pasteur UU Peter Morales Ç La science ne nous fera jamais dŽcouvrir un art de vivre intellectuellement et Žmotionnellement satisfaisant È, mais cela n'est pas non plus le propos de du professeur  Tremblay qui parle de morale plut™t au premier chapitre. Je crois que sa position en matire de morale ne dŽcoule nullement de la science mais avant tout de deux principes: le premier et le dixime. La combinaison du respect de la dignitŽ de chaque individu ET des processus vŽritablement dŽmocratiques est la clef de la dŽfinition implicite de normes morales.

 

Toutefois, et cela ne doit jamais tre oubliŽ, ce sont les connaissances objectives proposŽes par la science qui Žclairent toujours les dŽbats moraux et s'imaginer que l'on puisse faire de la morale sans jamais devoir rŽfŽrer ˆ des connaissances objectives est le propre des religions soumises ˆ une foi impŽrative. Sans doute, une morale, produit explicite ou implicite de processus dŽmocratiques imparfaits est elle-mme toujours imparfaite, toujours en devenir, toujours contestable mais nous savons d'expŽrience qu'elle a tendance ˆ Žviter les erreurs vŽritablement tragiques.

 

La dŽmocratie ne mne pas automatiquement ˆ l'inquisition, aux autodafŽs, aux emprisonnements sans justification, au bellicisme, ˆ l'endoctrinement des jeunes. Mais la dŽmocratie seule, sans l'aide du premier principe, le respect et la dignitŽ de chaque personne, y compris votre pire ennemi, est insuffisante ˆ assurer une sociŽtŽ o il fait bon vivre. Sans ce premier principe, la dŽmocratie dŽpŽri et se trouve rapidement pervertie au profit soit d'une oligarchie, soit d'une majoritŽ tyrannique. De fait, sans ce premier principe, rien n'est possible et Rodrigue Tremblay insiste suffisamment sur cet aspect pour que le soupon de scientisme soit dŽclarŽ nul et non avenu.

 

3.

Haut Niveau

Par mpion

Lundi 7 septembre 07, 2009 9:37 pm

J'ai pris connaissance des deux textes avec beaucoup d'intŽrt. Que voila un dŽbat de haut niveau! J'ai apprŽciŽ par le fait mme l'occasion de connaitre un peu mieux les principes de nos amis unitariens que je connaissais trs peu je m'en confesse.

 

Pour avoir lu le livre de M. Tremblay, je suis plut™t en accord avec les commentaires de Michel Virard. Je ne crois pas non plus que l'on puisse lire une apologie du scientisme dans le chapitre 6. Quoi qu'il en soit il est bon que ces principes soient dŽbattus si cela contribue ˆ les rŽpandre.

 

4.

Science et Religion

par dustin deway

Le mercredi 9 septembre, 2009 8:28 am

Sans avoir lu le livre de monsieur Tremblay (ce que je compte faire), jÕai pris connaissance du lien suggŽrŽ. CÕest en effet rŽjouissant de voir un Žconomiste tel que Rodrigue Tremblay prendre le parti dÕun humanisme au sein de la Ç science Žconomique È. La science sÕoccupe des faits et la religion du sens et de la conscience dit-on. Je pense que ce temps est rŽvolu. Je crois que, dŽsormais, science et conscience ne pourront plus sÕignorer lÕun et lÕautre. Rodrigue Tremblay au travers sa critique de la religion articule trs bien cette nouvelle perspective.

 

Ç Par consŽquent, ma premire conclusion est ˆ l'effet que les religions Žtablies, loin d'tre une valeur morale, reprŽsentent plut™t une menace morale pour le genre humain, parce qu'elles encouragent le sectarisme, le dualisme moral Žtat-individu, l'anthropomorphisme, l'intimidation, et la sŽparation arbitraire et non-scientifique entre les fonctions physiologiques et cŽrŽbrales de l'homme. De lˆ dŽcoulent une foule de consŽquences nŽfastes pour l'organisation des affaires humaines. È

 

Sans tre un spŽcialiste de lÕhistoire antique, je pense que Platon est le pre de la mŽtaphysique puisquÕil fit de la connaissance une Ç rŽalitŽ intelligible È non sensible ; Dieu (ou son concept) nÕest-il pas lui-mme un principe rationnel et immatŽriel non sensible ? Le but de la mŽtaphysique nÕest-il pas de situer lÕhomme au –dessus de ses Žmotions, de sa sensibilitŽ et de son monde sensible ? La science avec sa mŽthode cartŽsienne Ç je pense donc je suis È porte-t-elle malgrŽ elle le mme voile mŽtaphysique ?

 

JÕaimerais poser cette question aux intervenants intŽressŽs ˆ y rŽpondre. Est-il pertinent ou non dՎtablir une distinction entre la conscience morale et la conscience humaine?

 

En attendant, jÕaimerais suggŽrer aussi une lecture. Ç Le dŽrglement du Monde È par Amin Maalouf aux Žditions Grasset. Sa culture gŽnŽrale, son analyse et sa comprŽhension de la situation mondiale impressionnent.

 

 

D) Critiques sur Amazon Canada

 

1.

*****Un autre monde est possible, April 30 2009

Par Daniel Baril "journaliste et anthropologue" (MontrŽal)

 

En entrevue pour le journal Forum de l'UniversitŽ de MontrŽal, le professeur, Žconomiste et ex-ministre Rodrigue Tremblay me confiait que l'ouvrage qu'il vient de publier, Le code pour une Žthique globale, vers une civilisation humaniste (Liber, 2009), avait pour origine la confŽrence qu'il a prononcŽe lorsque le Mouvement la•que quŽbŽcois lui a dŽcernŽ le prix Condorcet 2004. ÇJ'avais alors formulŽ dix commandements pour un humanisme rationnel et j'ai continuŽ de dŽvelopper le sujetÈ, a-t-il indiquŽ.

Si le chiffre dix n'est pas sans rappeler le dŽcalogue, lˆ s'arrte toute comparaison avec la religion. Le code Tremblay est essentiellement humaniste et se dŽfinit par opposition aux morales religieuses. La nouveautŽ de l'approche est de faire reposer, du moins en partie, les problmes politiques et Žconomiques tels les guerres, les gŽnocides, la surpopulation et les pandŽmies, sur des causes morales. ÇCe sont des problmes globaux qui exigent une solution globale reposant sur une morale globaleÈ, affirme l'Žconomiste.

S'il reconna”t la contribution des religions au dŽveloppement des civilisations, Rodrigue Tremblay estime par contre que Çles concepts moraux tirŽs de la pensŽe religieuse moyen‰geuse sont fondamentalement inadŽquats pour les temps modernes, alors que le monde est de plus en plus en plus intŽgrŽ et interdŽpendant, que la plante semble se rŽtrŽcir et que les problmes planŽtaires requirent des solutions planŽtaires, Žcrit-il. De tels codes moraux relvent d'une autre Žpoque, quand l'horizon gŽographique des regroupements humains Žtait bien circonscrit et quand les rgles morales de survie Žtaient plus rudimentaires et plus cruelles.È

Il reproche notamment ˆ ces codes traditionnels leur position ethnocentriste axŽe sur la morale du groupe ainsi que ce que l'on pourrait appeler une ǎthique ˆ deux vitessesÈ selon que la morale concerne l'individu ou le pouvoir politique; la combinaison de ces deux ŽlŽments conduit inŽvitablement aux affrontements. ÇIl n'y a pas de science ethnique, mais chaque ethnie a par contre son code moral; il faut tendre ˆ ce que la morale soit aussi universelle que la science, affirme t-il.

Les principes que propose le professeur sont ceux de la dignitŽ et de l'ŽgalitŽ, du respect de la vie, de la tolŽrance et de l'ouverture d'esprit, du partage, de l'anti exploitation, de la raison, de l'Žcologie, de la paix, de la dŽmocratie et de l'Žducation. Plus spŽcifiquement, il cherche ˆ complŽter la rgle d'or de tous les codes d'Žthique - traiter les autres comme on voudrait tre traitŽ - en y ajoutant le principe d'empathie qui est Çla capacitŽ de se mettre ˆ la place des autres et ˆ agir en consŽquence.

Au niveau des structures politiques, l'Žconomiste propose un systme constitutionnel mondial dont les membres, contrairement aux ambassadeurs onusiens, seraient Žlus au niveau national. ÇL'organisation mondiale ˆ faire pourrait tre ˆ l'image du Parlement europŽen.È Cette organisation devrait assurer une meilleure gouvernance mondiale et disposer de pouvoirs exŽcutoires qui s'appliquent ˆ toutes les nations, quelles que soient leur taille et leur influence.

Un tel programme est-il rŽaliste? ÇL'humanisme n'est pas une utopie, rŽpond Rodrigue Tremblay. Il peut tre dŽveloppŽ avec un peu de bonne volontŽ et un systme d'Žducation qui inculquerait aux enfants du monde entier les grands principes du code de l'Žthique globale.È

La rŽflexion de Rodrigue Tremblay a reu un hommage Žlogieux de la part de Paul Kurtz, prŽsident-fondateur du Council for Secular Humanism et instigateur du Humanist Manifesto 2000, qui signe la prŽface. -Un livre ˆ lire qui vient ˆ point nommŽ.

                                  

Daniel Baril est l'auteur du livre La Grande Illusion, Comment la sŽlection naturelle a crŽŽ l'idŽe de Dieu, MultiMondes, 2006.

 

 

2.

*****Un livre puissant, Jan 30 2009

Par J. T. Kalisky (Ottawa, Ont.)

 

Voilˆ un livre qui tombe ˆ point. Avec la montŽe des intŽgrismes religieux dans certaines parties du monde, il Žtait temps que quelqu'un rŽaffirme les grands principes humanistes et le pouvoir libŽrateur de la science. En effet, c'est avec une grande force de caractre que l'Žconomiste canadien et homme politique quŽbŽcois prŽsente les grands principes humanistes de vie en sociŽtŽ. La belle prŽface du Dr. Paul Kurtz de l'UniversitŽ Amherst ˆ New York donne le ton ˆ l'ouvrage avec sa portŽe universelle. Chaque chapitre du 'Code pour une Žthique globale' reprend un grand principe fondamental de l'humanisme, allant de la dignitŽ inhŽrente et de l'ŽgalitŽ fondamentale de chaque tre humain jusqu'ˆ la valeur suprme de l'Žducation. Le tout est prŽsentŽ d'une faon Žminemment pŽdagogique et simple ˆ suivre. Tout s'encha”ne naturellement, chaque chapitre renforant le prŽcŽdent. Ceux qui sont familiers avec les critiques de la morale sectaire des religions Žtablies et de leurs intŽgrismes trouveront dans 'le Code' du professeur Tremblay un antidote salutaire au nŽgativisme des Onfray, Dawkins, Harris, Hitchens et cie. En effet, sur ces questions, on peut tre critique sans tre nŽgatif. Dans son livre, Rodrigue Tremblay ne critique pas les religions pour leurs croyances, tout extravagantes qu'elles puissent tre, mais pour leur Žchec retentissant ˆ unifier les hommes sous un mme code moral universel. Les humanistes de toute tendance salueront la sortie de cet ouvrage ˆ un moment o les guerres sanglantes, les gŽnocides et l'immoralitŽ environnante auraient pu les faire dŽsespŽrer de l'avenir. Ils trouveront dans 'le Code' une nouvelle raison d'espŽrer dans l'humanitŽ. - Un livre ˆ lire et ˆ mŽditer. Sans doute un livre qui marquera.

 

3.

***** Un livre utile pour enseignants et Žtudiants des questions d'Žthique et de culture religieuse, April 18 2009

Par J. J. Rose (MontrŽal, Qc)

 

"Le CODE pour une Žthique globale, vers une civilisation humaniste" est rŽdigŽ par un Žconomiste humaniste qui n'hŽsite point ˆ rappeler certains grands principes de vie en sociŽtŽ, ˆ une Žpoque o le contexte devient ˆ la fois de plus en plus planŽtaire et de plus en plus instable. Le mot "global" ici prend toute sa signification. Comme le souligne l'auteur, la science est universelle parce qu'il ne peut y avoir une "loi de la gravitŽ" qui soit europŽenne ou asiatique. Alors, pourquoi y aurait-il une Žthique pour les Africains, une pour les Arabes, une pour les Asiatiques et une pour les Occidentaux ? Rodrigue Tremblay le dŽmontre admirablement : il ne peut pas y avoir de science relativiste, et il ne peut pas y avoir non plus d'Žthique relativiste. De toute Žvidence, un dŽbat de fond s'impose sur ces questions si l'humanitŽ veut survivre sur cette plante. Ce livre pose les jalons d'un tel dŽbat dont profiteront ˆ coup sžr les enseignants et les Žtudiants de philosophie, d'Žthique, de questions de justice sociale, et mme de religions et de culture religieuse. C'est un livre bien construit sur des bases pŽdagogiques solides. Il est facile et fascinant ˆ lire et il apporte une somme considŽrable de renseignements et de rŽflexions. Excellent.

 

4.

****Un style direct et convaincant, Jul 28 2009

Par P-P. P. (MontrŽal, Qc)

 

L'Žthique, la religion, la morale; ce sont des sujets d'une grande actualitŽ. C'est ce que j'attends depuis longtemps, une sŽvre critique des Žthiques religieuses dont certains se servent encore pour diaboliser leurs adversaires ou pour damner leurs ennemis, quand ce n'est pas pour dŽfendre la surpopulation ou pour empcher les recherches de pointe en biomŽdecine. Et les guerres; les guerres qui ont comme toile de fond les religions!

Notre plante est trop petite et trop fragile pour que nous en soyons encore ˆ nous battre au sujet des religions, ou pour savoir quel dieu est plus fort que l'autre. L'Žconomiste Rodrigue Tremblay de l'UniversitŽ de MontrŽal le dit dans un style direct et convaincant. Je vous recommande ce livre pour apprendre ce qu'est une vŽritable Žthique humaniste, et sa grande importance pour l'avenir de l'humanitŽ. Il faut le lire.

 

5.

*****RationalitŽ avant superstitions, Mar 21 2009

Par Jean Martin

 

Ce livre trs bien recherchŽ et rŽfŽrencŽ tente avec succs de convaincre le lecteur que notre nouveau monde moderne doit tre guidŽ par des principes objectifs, humanistes, scientifiques et moraux universels au lieu de ceux basŽs sur des principes superstitieux, religieux et subjectifs trouvŽs dans des Žcritures dŽpassŽs et ethnocentriques. En fait, l'auteur dŽmontre comment ces principes religieux on plus souvent ŽtŽ utilise pour mobiliser une population contre une autre au lieu de rapprocher le peuple humain sur cette plante de plus en plus petite et sans frontires.

Une distinction importante est exprimŽe entre la libertŽ dans la vie spirituelle et religieuse individuelle et l'implication de la religion dans les institutions publiques dŽmocratiques. En fait, la libertŽ individuelle spirituelle devient impossible si une religion en particulier domine les institutions publiques, comme on peut remarquer dans plusieurs pays musulmans et de plus en plus aux ƒtats-Unis.

Une lecture profonde qui provoque une rŽflexion parfois difficile si non essentielle ˆ une nouvelle vision globale.

 

6.

*****A lire absolument!, Feb 22 2009

Par Philo Sophie "professeure de philo" (QuŽbec, QuŽ)

 

Je viens de finir la lecture de ce livre. C'est dense et solide, mme si c'est un peu difficile ˆ lire tout d'une traite. Mais c'est un livre des plus intŽressant. Gr‰ce ˆ des recherches poussŽes, l'auteur rŽussit ˆ construire une Žthique globale pour les temps modernes. C'est un livre porteur d'idŽes originales susceptibles de faire rŽflŽchir. O s'en va l'humanitŽ ? Est-ce que les vieux schmes moraux, ˆ saveur religieuse, aident ou nuisent ˆ la solution de nos problmes : guerres, terrorisme, pauvretŽ, surpopulation, pollution, rŽchauffement climatique, corruption gŽnŽralisŽe... etc. ?

Le professeur Tremblay est d'avis que non, et il argumente d'une faon fort convaincante et serrŽe qu'il faut plut™t se tourner vers une pensŽe vŽritablement humaniste si on veut se sortir du pŽtrin.

L'auteur dit les choses franchement et directement ; pas de rectitude politique dans son cas. Dans ce livre, comme le souligne le grand humaniste amŽricain Paul Kurtz dans sa PrŽface, Rodrigue Tremblay dŽfend avec Žloquence ... l'humanisme rationnel et ... met de l'avant dix principes fondamentaux dans le cadre d'un code global d'Žthique pour nous y guider. Nul doute que ces principes donneront lieu ˆ de nombreuses discussions. Ce sont des principes qui remontent jusqu'ˆ Socrate, en passant par Spinoza et Kant.

Cela va m'aider dans mon cours. Ë lire absolument.

 

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