LE CODE POUR UNE ƒTHIQUE GLOBALE

Vers une civilisation humaniste

par Rodrigue TREMBLAY

 

PRƒFACE

 

Dr. PAUL KURTZ

PrŽsident du Center for Inquiry

Amherst, NY

 

 

Ce livre prŽsente les grandes lignes d'une moralitŽ globale pour tous ceux et celles qui souhaiteraient suivre ses prŽceptes afin de penser et vivre en tant qu'humaniste. On y trouvera la charpente d'un code moral objectif fondŽ sur les notions de l'humanisme rationnel et les raisons d'agir moralement dans diffŽrentes situations et circonstances dans le contexte global qui est le n™tre prŽsentement.

 

Puisque notre perspective sur le monde influence comment nous nous comportons face aux autres, on doit Žvaluer tout code moral ˆ partir de la faon dont ses adhŽrents traitent les autres et si oui ou non son application amŽliore la vie des gens. Si ceux qui le suivent ont peu de regard pour les autres et si leurs valeurs morales finissent par abaisser la qualitŽ de vie d'autrui, on est en prŽsence d'un mauvais code moral; si, par contre, ceux qui y adhrent ont de la considŽration et de la compassion pour les autres, les traitent avec dignitŽ et respect, et que cela rŽsulte en une amŽlioration de la qualitŽ de vie du plus grand nombre, on dira alors qu'il s'agit d'un bon code moral. — C'est lˆ le test ultime et pragmatique qui repose sur des rŽsultats concrets.

 

En dŽcembre 2004, le Mouvement La•que QuŽbŽcois me dŽcerna le Prix Condorcet de philosophie politique. Ë cette occasion, on me demanda de faire une courte prŽsentation sur les origines de la moralitŽ humaine (mŽtaŽtique). Au cours de mes recherches, et aprs avoir consultŽ une foule d'ouvrages la•cs et religieux sur la question, ce qui me frappa fut de dŽcouvrir combien restreint le concept de moralitŽ humaine a ŽtŽ conu et appliquŽ ˆ travers les ‰ges. Ce qui m'Žtonna le plus fut le fait que dans la plupart des cas, surtout quand il s'est agi de moralitŽ politico-religieuse, on a eu tendance ˆ rŽserver l'application des principes moraux retenus ˆ un groupe ethnique particulier, ˆ une nation en particulier ou aux initiŽs d'une dŽnomination religieuse quelconque. Dans presque tous les cas, on ne percevait pas les principes moraux comme Žtant des valeurs universelles devant s'appliquer ˆ tous les humains sans distinction de race, de langue ou de pays.

 

Il semblerait que le but premier des leaders politico-religieux d'autrefois fut de se servir de prŽceptes moraux ˆ saveur religieuse dans le but expresse d'accro”tre la cohŽsion sociale et politique de leur groupe ou de leur communautŽ, et de renforcer son unitŽ. Souvent, cependant, cela se fit en sacrifiant les relations harmonieuses avec les autres, en accentuant ce qui les distinguait des autres groupes, et parfois mme en allant jusqu'ˆ nourrir et ˆ accentuer un sentiment d'hostilitŽ envers d'autres communautŽs humaines. Cette observation m'a conduit ˆ l'observation que les codes moraux anciens, et en particulier les codes moraux ˆ base religieuse, laissent beaucoup ˆ dŽsirer si on veut s'en servir pour solutionner les problmes modernes d'Žthique. C'est qu'ils ont malheureusement ŽtŽ conus pour un autre temps alors que prŽvalait une vison plus ethnocentrique et plus belliqueuse du monde.

 

Il est relativement facile de conclure de cette faon en faisant une lecture attentive des livres supposŽment Ç saints È des principales religions monothŽistes ou abrahamiques: le juda•sme (la Tora), le christianisme (la Bible) et l'Islam (le Qur'an ou Coran).

 

Dans ces trois livres que l'on prŽtend tre le produit d'une rŽvŽlation divine, on dŽcouvre, par exemple, qu'il est dit de Ç ne pas tuer È. Mais il est sous-entendu qu'il ne faut Ç pas tuer les membres de son propre groupe È. Mais pour les autres, les Ç non-initiŽs È —les voisins, les infidles, les incroyants, les mŽcrŽants, les pa•ens, les ennemis, tout est permis. C'est ainsi que le trouve dans le livre de DeutŽronome 20:16-17 une incitation directe ˆ commettre un gŽnocide, et donc de tuer, ˆ l'endroit des peuples avoisinants: Ç Quant aux villes de ces peuples que YahvŽ votre Dieu vous donne en hŽritage, vous n'y laisserez pas subsister ‰me qui vive. Mais, vous les exterminerez compltement : les Hittites, les AmorŽens, les CananŽens, les PhŽrŽziens, les HŽviens et les Yebousiens, ainsi que vous l'a commandŽ YahvŽ votre Dieu. È On dŽcouvre de semblables incitations ˆ la violence et ˆ la cruautŽ dans le livre saint de l'Islam, le Coran. On a peut-tre lˆ l'explication premire pourquoi les personnes qui sont des fanatiques religieux n'ont aucun remords ˆ tuer ceux qu'ils considrent leurs ennemis, ou tout individu qui ne fait pas partie de leur groupe d'initiŽs, quelle que soit la faon qu'ils le dŽfinissent.

 

Une deuxime lacune des codes moraux ˆ base religieuse dŽcoule de la distinction qu'il y est faite entre la moralitŽ individuelle ou privŽe et la moralitŽ publique. Un type de moralitŽ s'applique aux gens ordinaires dans leur vie de tous les jours, et une autre moralitŽ est rŽservŽe aux personnes qui occupent des postes dans la fonction publique ou qui sont ˆ la tte de l'Žtat, quand ils agissent ˆ ce titre. Un individu de ne doit pas tuer ou voler, mais un chef d'Žtat ou un chef d'armŽe peut le faire impunŽment. Une telle distinction morale permet peut-tre d'expliquer plus que toute autre pourquoi l'humanitŽ doit encore subir des guerres meurtrires en sŽrie.

 

Deux exemples tirŽs de l'histoire rŽcente nous aident ˆ saisir toute la portŽs pratique d'une telle ambigu•tŽ morale. Le premier met en cause le leader politico-religieux Oussama Ben Laden qui, ˆ la tte du mouvement terroriste al-Quaida, professe entretenir deux moralitŽs contradictoires: une viendrait du Coran l'enjoignant de Ç ne pas tuer È; l'autre, aussi tirŽe du Coran, qui l'autorise ˆ tuer des personnes innocentes si c'est pour Ç la cause de Dieu (Allah) È. Le second a trait au prŽsident amŽricain George W. Bush, un homme qui se dit profondŽment religieux et qui se convertit aprs une vie dŽvergondŽe. Cet homme se considŽrait sans doute Ç moral È dans le sens religieux du terme quand il lana son pays dans une guerre d'agression contre l'Irak, en 2003, laquelle se solda par des centaines de milliers de morts, -hommes, femmes et enfants.

 

D'o vient une telle moralitŽ ˆ la carte? Je rŽponds ˆ une telle question en disant que les concepts moraux qui sont tirŽs de la pensŽe religieuse moyen‰geuse sont fondamentalement inadŽquats pour les temps modernes, alors que le monde est de plus en plus intŽgrŽ, que la Plante semble se rŽtrŽcir et que les problmes planŽtaires requirent des solutions planŽtaires. De tels codes moraux relvent d'une autre Žpoque, quand l'horizon gŽographique des regroupements humains Žtaient bien circonscrit et quand les rgles morales de survie Žtaient plus rudimentaires et plus cruelles. Au cours des prochains sicles, l'humanitŽ devra faire siennes de nouvelles normes de moralitŽ, si elle veut accro”tre ses chances de survie dans ce nouveau contexte qu'est celui de la mondialisation politique, Žconomique et culturelle. En particulier, le problme moral des changements climatiques ˆ l'Žchelle de la plante posera un dŽfi comme on en a jamais rencontrŽ auparavant.

 

Une troisime lacune observŽe dans les codes moraux ˆ base religieuse dŽcoule de la notion d'Ç enfer È qu'ils contiennent, laquelle sert ˆ effrayer non seulement les fidles, mais aussi ˆ intimider et ˆ dŽmoniser tous ceux et celles qui refusent de se soumettre aux dictats et aux dogmes des autoritŽs religieuses. La prolifŽration de telles menaces de ch‰timent Žternel fait appel ˆ une forte dose d'immoralitŽ et d'injustice, parce qu'elle condamne sans appel les deux-tiers de l'humanitŽ, soit ˆ l'exclusion, soit ˆ des persŽcutions, ˆ des guerres de religion et mme ˆ des gŽnocides. Il s'agit pour la moralitŽ religieuse d'un dŽfaut majeur, parce que l'idŽologie de l'enfer, ˆ cause de la haine qu'elle a pu susciter contre Ç les autres È, a pu tre la cause, directe ou indirecte, de millions de morts.

 

Une quatrime lacune d'importance des moralitŽs religieuses dŽcoule de leur position philosophique ˆ l'effet que l'esprit humain existe indŽpendamment du corps humain. L'attitude nŽgative des Žglises ˆ l'endroit du corps humain vient de cette dichotomie artificielle et erronŽe qu'elles Žtablissent entre les fonctions physiologiques et cŽrŽbrales des personnes.

 

Face ˆ ces notions morales contradictoires et face aux nouveaux dŽfis que l'humanitŽ se doit de relever, nous avons besoin d'un nouveau code d'Žthique humaniste et rationnel, c'est-ˆ-dire une vision morale qui transcende la moralitŽ religieuse traditionnelle dŽficiente. Il est possible qu'aux yeux de certains, il n'est nul besoin d'insister sur des principes humanistes universels de moralitŽ, puisqu'ˆ premier abord ils apparaissent tellement Žvidents. Nous ne sommes pas d'accord. De tels principes ont besoin plus que jamais d'tre rŽitŽrŽs et d'tre prŽsentŽs d'une faon ordonnŽe et convaincant. Ce sont des principes supŽrieurs ˆ tous autres, surtout si on les compare avec l'Žthique dualiste et la moralitŽ de groupe qui dŽcoulent des systmes moraux ˆ base religieuse. On se doit de non seulement proclamer de tels principes humanistes de vie en sociŽtŽ, mais on doit les comparer sans merci aux autres moralitŽs fautives qui nous arrivent d'un passŽ plus ou moins lointain.

 

C'est la raison pour laquelle nous adoptons le style comparatif pour prŽsenter et juger de la pertinence ou non de certains codes moraux. Cette exŽgse dŽcoule directement de ma confŽrence d'acceptation du Prix Condorcet de philosophie politique et morale, dans laquelle j'ai prŽsentŽ d'une faon pŽdagogique les grands principes moraux universels de la philosophie humaniste et comment de tels principes entrent en contradiction avec plusieurs des principes moraux ˆ saveur religieuse.

 

Ce livre ne fait pas dans la rectitude politique, car il pose carrŽment les questions dans toute leur cruditŽ et il conteste des visions philosophiques et politiques qui ont encore cours. En ce dŽbut du 21ime sicle, on ne peut plus se payer le luxe de compter sur des dieux anciens et des prophtes d'une autre Žpoque pour nous tracer la voie de l'avenir. On doit plut™t puiser au fond de nous-mmes pour redŽcouvrir les rgles fondamentales pour une vie en sociŽtŽ fondŽe sur la paix et la comprŽhension mutuelle. Nous avons besoin d'un nouveau code moral pour combler le vide moral environnant ˆ travers le globe. —Mais attention: il faut bien savoir que la lecture de ce livre est de nature ˆ changer votre vision des choses et votre faon d'aborder une foule de questions.

 

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