Dimanche, le 21 fŽvrier 2016

Les mensonges, fabrications et falsifications du gouvernement Bush-Cheney pour attaquer l'Irak, pour son pŽtrole et pour Isra‘l

Par Rodrigue Tremblay

(Auteur des livres Ç Le Code pour une Žthique globale È, et

Ç Le nouvel empire amŽricain È)

 

Nous [les ƒtats-Unis dĠAmŽrique] avons dŽpensŽ $2 billions de dollars, perdu des milliers de vies. ... De toute Žvidence, ce fut une erreur ... George W. Bush a fait une erreur. Nous pouvons faire des erreurs. Mais celle-lˆ fut toute une beautŽ. Nous nĠaurions jamais du aller en Irak. Nous avons dŽstabilisŽ le Moyen-Orient ...

—Ils [Le prŽsident George W. Bush et le vice-prŽsident Dick Cheney] ont menti ... Ils ont dit qu'il y avait des armes de destruction massive. Il n'y en avait pas. Et ils savaient qu'il nĠy en avait pas. Il n'y avait pas d'armes de destruction massive.

Donald Trump (1946- ), propos tenus au cours d'un dŽbat prŽsidentiel du parti rŽpublicain sur la cha”ne CBS, le samedi 13 fŽvrier, 2016.

 

[George W. Bush] veut renverser le rŽgime de Saddam Hussein, par une action militaire, en prŽtextant une conjonction entre le terrorisme et les armes de destruction massive (ADM).

—Mais les renseignements et les faits sont trafiquŽs de manire ˆ justifier une politique prŽŽtablie.

Richard Dearlove (1945- ), Chef des Services secrets britanniques (MI6), (observation tirŽe du rapport intitulŽ 'Downing Street memo', le 23 juillet, 2002).

 

Il ne fait aucun doute que Saddam Hussein possde aujourdĠhui des armes de destruction massive. Il ne fait aucun doute qu'il les a stockŽes afin de sĠen servir contre nos amis, contre nos alliŽs, et contre nous.

Dick Cheney (1941- ), dŽclaration faite au congrs national des vŽtŽrans amŽricains, le 26 aožt, 2002.

 

PrŽsenter, comme on lĠa fait, lĠexistence hypothŽtique d'armes de destruction massive comme une menace pour les ƒtats-Unis constitue, ˆ mon avis, une tentative de tromper sciemment le peuple amŽricain.

GŽnŽral Hugh Shelton (1942- ), ancien Chef des armŽes amŽricaines de 1997 ˆ 2001, (opinion Žmise dans ses mŽmoires intitulŽes Ç Sans hŽsitation: l'odyssŽe d'un guerrier amŽricain È, 2010).

 

Nous [les ƒtats-Unis dĠAmŽrique] sommes allŽs en guerre non seulement contre lĠIrak et pas seulement contre des groupes d'insurgŽs, mais aussi contre une grande partie du monde arabe, contre des dizaines et des dizaines de millions de personnes ... Ce fut une erreur stratŽgique de proportions monumentales de croire que cette guerre allait tre confinŽe ˆ l'Irak ... [Cette guerre en Irak] est en passe de devenir le plus grand dŽsastre stratŽgique de toute notre histoire.

GŽnŽral William E. Odom (1932-2008), commentaire Žmis devant le ComitŽ des relations Žtrangres du SŽnat amŽricain, le 18 janvier, 2007.

 

Le candidat rŽpublicain aux Žlections prŽsidentielles amŽricaines, Donald Trump, a rendu un grand service ˆ la vŽritŽ et aux historiens de lĠavenir en dŽclarant publiquement, le samedi 13 fŽvrier, 2016, ce que la plupart des gens savaient dŽjˆ, ˆ savoir que la guerre d'agression des ƒtats-Unis contre l'Irak, en mars 2003, Žtait non seulement illŽgale au regard du droit international ; elle fut aussi un grand exercice de propagande trompeuse et reposait sur des documents truquŽs, sur une sŽrie de mensonges et sur des falsifications.

 

Pour ma part, jĠai publiŽ un livre au dŽbut de 2003, lequel dŽtaillait la faon dont le gouvernement de George W. Bush et de Dick Cheney avait montŽ un casus belli sous de faux prŽtextes contre lĠIrak, avec l'aide de nŽoconservateurs pro-israŽliens Ïuvrant dans les Žchelons supŽrieurs du gouvernement amŽricain.

 

La maison dĠŽdition ÔLes IntouchablesĠ de MontrŽal publia une premire Ždition du livre en fŽvrier 2003, sous le titre Ç Pourquoi Bush veut la guerre È. Cette dernire fut suivie, en 2004, dĠune version en langue anglaise publiŽe aux ƒtats-Unis sous le titre Ç The New American Empire È. En 2005, lĠŽditeur franais lĠHarmattan publia une version europŽenne intitulŽe Ç Le nouvel empire amŽricain È. La maison ÔNova PublishingĠ de Ankara, en Turquie, publia par aprs une traduction en langue turque intitulŽe ÔYeni Amerikan ImparatorluŬuĠ.

 

Les machinations et les truquages derrire la guerre dŽsastreuse contre l'Irak, laquelle a littŽralement fait des centaines de milliers de morts et crŽŽ des millions de rŽfugiŽs, et laquelle a compltement dŽstabilisŽ l'ensemble du Moyen-Orient, constituent donc un sujet que jĠai ŽtudiŽ depuis plusieurs annŽes.

 

On ne sera gure surpris que jĠaie accueilli la sortie de M. Trump avec satisfaction lorsque ce dernier dŽcida dĠouvrir les yeux du public amŽricain sur la rŽalitŽ de la guerre en Irak, mme si les personnes impliquŽes dans cette travestie coupable nĠont pas ŽtŽ inculpŽes, et encore moins condamnŽes, pour leur nŽgligence et leur duplicitŽ, sinon pour leur trahison, en vertu des articles de la Charte de Nuremberg et de la Charte des Nations Unies. Pire peut-tre encore, aucune enqute publique sŽrieuse de cet Žpisode sordide du dŽbut du 21me sicle nĠa ŽtŽ conduite pour Žclaircir comment le gouvernement du duo Bush-Cheney a planifiŽ une attaque militaire prŽmŽditŽe contre l'Irak dans le but de provoquer un Ç changement de rŽgime politique È dans ce dernier pays.

 

Par consŽquent, il serait peut-tre utile de rŽsumer la triste liste des ŽvŽnements qui ont conduit ˆ ce que le gŽnŽral amŽricain William Odom a qualifiŽ du Ç plus grand dŽsastre stratŽgique de l'histoire des ƒtats-Unis È. Nous pouvons aussi dire que cette guerre illŽgale a ŽtŽ une grande catastrophe pour les populations du Moyen-Orient, et elle pourrait aussi se rŽvŽler tre un dŽsastre pour l'Europe et le monde dans son ensemble, surtout si le chaos actuel dans cette partie du monde devait conduire ˆ une troisime guerre mondiale.

 

1- UN EXERCICE DE DƒCEPTION : Quand George W. Bush prit le pouvoir en janvier 2001, son secrŽtaire au TrŽsor, Paul H. O'Neill (1935- ), l'ancien PDG d'Alcoa, rappelle que le projet de renverser le gouvernement irakien de Saddam Hussein fut soulevŽ par Bush ds la premire rŽunion du cabinet de la nouvelle administration. Dans la biographie de M. O'Neill, sous la plume du journaliste Ron Suskind et intitulŽ ÒThe Price of LoyaltyÓ, (Le prix de la loyautŽ), il y est indiquŽ que George W. Bush avait pleinement l'intention d'envahir l'Irak et faisait tout en son possible pour trouver une excuse afin de lancer une guerre prŽventive contre Saddam Hussein. Comme lĠŽcrit M. Suskind, il circulait mme un document du Pentagone, datŽ du 5 mars 2001 et intitulŽ Ç Candidats potentiels Žtrangers pour des contrats dans les champs pŽtroliers Irakiens È, lequel contenait une carte gŽographique des zones pŽtrolifres ˆ dŽvelopper en Irak. Bien sžr, on sĠŽtait bien gardŽ de faire allusion ˆ un tel plan dŽtaillŽ dans le cadre de la campagne Žlectorale de lĠan 2000, et encore moins dĠen dŽbattre.

 

Cependant, un organisme de recherche nŽoconservateur et pro-Isra‘l baptisŽ du nom de Ç Projet pour le Nouveau Sicle AmŽricain È (PNAC), avait ŽlaborŽ un projet pour renverser le gouvernement irakien, et cela ds septembre 2000. Le double objectif de base visait ˆ sŽcuriser l'accs aux rŽserves pŽtrolires de l'Irak et ˆ supprimer un ennemi potentiel de l'Žtat d'Isra‘l. Ce groupe de rŽflexion, fondŽ par William Kristol et Robert Kagan, Žtait principalement dirigŽ par le vice-prŽsident Dick Cheney ; par le secrŽtaire de la dŽfense Donald Rumsfeld ; par Paul Wolfowitz, (l'adjoint de Rumsfeld au ministre de la dŽfense) ; par Jeb Bush, le frre cadet de George W. Bush, alors gouverneur de la Floride ; et par Lewis Libby, l'adjoint de Cheney.

 

Son mŽmorandum sur l'Irak portait le titre de Ç Reconstruire les DŽfenses de l'AmŽrique: StratŽgies, Forces et Ressources pour un Nouveau Sicle È. Il y Žtait clairement indiquŽ que : Ç En fait, les ƒtats-Unis cherchent depuis des dŽcennies ˆ jouer un r™le plus durable dans la sŽcuritŽ rŽgionale du Golfe [Persique]. Alors que le conflit non rŽglŽ avec lĠIraq lui donne une justification immŽdiate, le besoin dĠune prŽsence militaire amŽricaine significative dans le Golfe va au-delˆ de la question du renversement du rŽgime de Saddam Hussein È. Ce fut ce projet que l'administration nouvellement Žlue de Bush-Cheney dŽcida de faire sien, en secret, huit mois avant les attaques terroristes de 9/11.

 

Il est aussi pertinent et nŽcessaire de mentionner que le document de la PNAC sur l'Irak, mentionnŽ ci haut, suivait ˆ la trace un autre rapport, rŽdigŽ en 1996 pour le gouvernement israŽlien de Benjamin Netanyahu et intitulŽ Ç A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm È. Ce document indiquait ceci : Ç Isra‘l peut modeler son environnement stratŽgique en coopŽration avec la Turquie et la Jordanie, en affaiblissant, en endiguant et mme en repoussant la Syrie. Afin de contrecarrer les ambitions rŽgionales de la Syrie, les efforts pourraient viser ˆ expulser Saddam Hussein du pouvoir, un objectif stratŽgique en soi important pour Isra‘l. È

 

En 2001, l'administration Bush-Cheney semblait avoir fait sienne la stratŽgie proposŽe au gouvernement israŽlien quelques annŽes auparavant.

 

2- POSSIBLE NƒGLIGENCE : Dans quelle mesure le gouvernement de Bush-Cheney a ŽtŽ nŽgligent en ne prenant pas les mesures nŽcessaires pour empcher les attaques terroristes de 9/11 ? CĠest lˆ une question lŽgitime Žtant donnŽ que la Maison Blanche de George W. Bush avait reu, le lundi 6 aožt 2001, soit 36 jours avant les attaques terroristes, un rapport confidentiel de la CIA intitulŽ Ç Ben Laden est dŽterminŽ ˆ frapper les Etats-Unis È. M. Bush Žtait alors en vacances d'un mois dans son ranch de Crawford, au Texas, et aucune alerte ou mesure spŽciale ne furent lancŽes ou prises afin dĠavertir les autoritŽs pertinentes du danger.

 

3- UN GOUVERNEMENT PARALLéLE : Ds le dŽbut, la nouvelle administration de Bush-Cheney crŽa un organisme bureaucratique spŽcial pour la collecte de renseignements, pour faire de la propagande et pour coordonner les prŽparatifs de guerre. Ce fut le bureau du Pentagone baptisŽ du nom de ÔOffice de Planification SpŽcialeĠ (OPS), lequel fut placŽ sous la supervision directe de Paul Wolfowitz, le secrŽtaire adjoint ˆ la DŽfense. Tel que rapportŽ par le renommŽ journaliste Seymour Hersh, le nouvel organisme avait ŽtŽ conu avec comme but de contourner la C.I.A. et la propre agence de renseignements du Pentagon, la D.I.A., et devait servir de source principale de renseignements pour le PrŽsident Bush concernant la possession possible par l'Irak d'armes de destruction massive et la relation Žventuelle de ce dernier pays avec le rŽseau terroriste al-Qa•da. La nouvelle agence avait aussi comme mission de trouver des arguments ou des prŽtextes pour que les ƒtats-Unis puissent se lancer en guerre contre l'Irak. Douglas Feith, un sous-secrŽtaire ˆ la DŽfense, dirigeait l'organisme quasi secret, assistŽ de William Luti, un ancien officier de la marine et un ex-collaborateur du vice-prŽsident Dick Cheney.

 

Un fait important qui aurait dž faire lĠobjet dĠune enqute, mais qui ne lĠa pas ŽtŽ, Žtait la facilitŽ avec laquelle certains gŽnŽraux israŽliens avaient libre accs ˆ l'OPS, tel que cela fut rapportŽ par la lieutenant-colonel Karen Kwiatkowski, une spŽcialiste du Moyen-Orient et une haut gradŽe de la ÔAir ForceĠ amŽricaine, affectŽe ˆ lĠagence.

 

4- UNE PROPAGANDE DE GUERRE : Suite aux Žvnements du 11 septembre 2001, peu d'AmŽricains pensaient accuser l'Irak dĠavoir ŽtŽ derrire les attaques terroristes, car aucun des 19 terroristes impliquŽs avait quelque rapport que ce soit avec l'Irak. En fait, les 19 pirates de l'air dans les attentats du 11 septembre Žtaient affiliŽs au groupe terroriste islamiste al-Qa•da et 15 sur 19 Žtaient des citoyens de l'Arabie Saoudite, 2 Žtaient des citoyens des ƒmirats arabes unis et les 2 autres venaient de l'Egypte et du Liban. Aucun dĠentre eux ne venaient de l'Irak. De plus, leurs camps d'entra”nement Žtaient situŽs en Afghanistan.

 

Voilˆ pourquoi, dans les sondages faits dans la foulŽe du 11 septembre 2001, seulement 3 pour cent des AmŽricains mentionnaient lĠIrak ou Saddam Hussein comme responsables possibles des attentats. Il fallait donc, de toute Žvidence, changer cette perception si le gouvernement de Bush-Cheney voulait se lancer ˆ tout prix en guerre contre l'Irak. CĠest alors que fut lancŽe une campagne concertŽe pour soulever, dans lĠesprit du public, le mythe des armes de destruction massive supposŽment cachŽes en Irak et les liens prŽsumŽs que Saddam Hussein Žtait sensŽ entretenir avec le rŽseau al-Qa•da, le tout avec le concours actif des mŽdias nŽo-conservateurs amŽricains.

 

Ainsi, en septembre 2003, la propagande avait tellement bien rŽussi que, selon un sondage du journal Washington Post, 69 pour cent des AmŽricains en Žtaient venu ˆ croire que Saddam Hussein avait ŽtŽ personnellement impliquŽ dans les attaques menŽes par al-Qa•da, mme si il n'y avait aucune preuve dĠun tel lien entre les deux. Telle est la force de la propagande gouvernementale lorsque les mŽdias collaborent dans l'exercice de dŽsinformation.

 

L'histoire enregistrera que les ƒtats-Unis n'ont pas usŽ de reprŽsailles contre l'Arabie Saoudite, un pays qui avait beaucoup ˆ voir avec les attaques terroristes du 9/11, mais quĠil l'a fait avec violence contre l'Irak, un pays qui n'avait eu rien ˆ voir avec les attentats. Ce fut un exemple remarquable de propagande de guerre, laquelle servit ˆ monter un dossier falsifiŽ contre l'Irak pour attaquer et envahir ce pays, sans Žgard ˆ la vŽritŽ factuelle.

 

Tous ces faits sont bien documentŽs et corroborŽs. Les futurs historiens auront donc de nombreuses sources pour Žtablir la vŽritŽ historique.

 

Conclusion

 

En alertant la population amŽricaine sur la tricherie du gouvernement de Bush-Cheney pour aller ˆ la guerre contre l'Irak, le candidat prŽsidentiel Donald Trump a rendu un grand service ˆ son pays. Il est irrŽfutable que la guerre que les Etats-Unis ont lancŽ au Moyen-Orient a causŽ beaucoup de destruction et beaucoup de misre en Irak et dans l'ensemble du Moyen-Orient. Et les sŽquelles de la catastrophe initiale se poursuivent encore aujourd'hui, treize ans aprs l'invasion militaire amŽricaine de l'Irak en 2003.

 

Un ŽvŽnement comparable dans lĠhistoire rŽcente o un pays fortement armŽ a envahi militairement un autre pays plus faible a ŽtŽ la dŽcision du chancelier allemand Adolf Hitler d'envahir la Pologne le 1er septembre 1939, plongeant alors l'Europe dans le chaos pour de nombreuses annŽes. Il faut espŽrer que le chaos actuel au Moyen-Orient, avec des opŽrations militaires menŽes pas un si grand nombre de pays, tant en Irak quĠen Syrie, ne dŽbouchera sur une catastrophe encore plus grande.

 

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Rodrigue Tremblay est professeur ŽmŽrite d'Žconomie ˆ l'UniversitŽ de MontrŽal et on peut le contacter ˆ l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l'auteur du livre du livre Ç Le nouvel empire amŽricain È et du livre Ç Le Code pour une Žthique globale È.

Prire de visiter son blogue ˆ l'adresse suivante : http://www.thenewamericanempire.com/blog.htm.

Site Internet de l'auteur : http://www.thenewamericanempire.com/

Pour plus dĠinformations concernant le dernier livre du professeur Tremblay intitulŽ : "Le Code pour une Žthique globale", voir : http://www.lecodepouruneethiqueglobale.com/

 

Cet article est mis en ligne dimanche, le 21 fŽvrier 2016.

 

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