La politique extérieure néoconservatrice d'Obama d'isoler la Russie est un échec

De Rodrigue Tremblay, économiste et humaniste

Auteur du livre “Le Code pour une éthique globale, vers une civilisation humaniste”, Éditions Liber, 2009

 

« Tout État est condamné à faire la politique de sa géographie ».

Napoleon Bonaparte (1769-1821)

 

[L'OTAN a pour objectif] «d’exclure les Russes, d’inclure les Américains et de tenir les Allemands sous la botte».

Lord Ismay, premier secrétaire général de l'OTAN

 

«De tous les ennemis des libertés publiques, la guerre est peut-être le plus redoutable parce qu'elle comprend et développe le germe de tous les autres ennemis.»

James Madison (1751-1836), quatrième président des USA

 

 

Les dangers qui découlent de la politique extérieure américaine depuis l'effondrement de l'Union Soviétique en 1991 devraient apparaître évidents, car c'est justement cette politique qui a provoqué la crise Ukrainienne avec toutes ses conséquences négatives pour les prochains mois et les prochaines années.

 

Le Président américain Barack Obama a déclaré, en effet, le lundi 3 mars 2014, que «le message que nous faisons passer aux Russes est que s'ils continuent sur leur trajectoire actuelle, nous examinerons un ensemble de mesures économiques et diplomatiques qui isoleront la Russie»

 

Or, c'est justement ce désir d'élargir l'OTAN et d'isoler la Russie en incorporant tous les pays limitrophes à la Russie dans l'OTAN, une stratégie d'encerclement géopolitique et militaire de la Russie, qui a provoqué ce pays, lequel s'est senti menacé dans sa sécurité nationale.

 

Cela est facile à comprendre.

Par exemple, que feraient les États-Unis si un empire russe hypothétique incorporait le Mexique et le Canada dans une alliance militaire ? Poser la question c'est y répondre. Pourquoi est-ce si difficile de comprendre que la meilleure façon d'avoir la guerre est de menacer un pays dans ses intérêts vitaux ?

 

La vérité est que l'OTAN aurait due être dissoute après l'effondrement de l'empire soviétique en 1991, dans le dessein de construire une Europe des nations, grande, démocratique et pacifique, dans la coopération économique et politique et dans la paix. Mais non ! Les États-Unis ont voulu profiter de la situation et ont exigé que tout tombe dans l'empire américain militaro-financier.

Là est la source de bien des problèmes.

 

Mon livre « Le nouvel empire américain », publié initialement en langue anglaise en 2003, annonçait déjà cette ambition impériale américaine et en expliquait les motifs. Le Moyen-Orient a souffert le premier de cet interventionnisme mondial.

 

Et maintenant, c'est l'Europe tout entière, malheureusement, qui fera les frais de l'ambition américaine débridée de George W.Bush à Barack Obama.

 

C'est pourquoi je crois que le Président Obama et ses conseillers néoconservateurs ne pensent pas plus loin que leur nez, comme c'était le cas pour le pas-trop-brillant George W. Bush, quand ils épousent l'idéologie impérialiste globale.

 

En 2008, j'avais publié un billet qui a été traduit en plusieurs langues et dans lequel j'avançais l'idée justement que l'Europe avait un intérêt vital à ce que cet instrument militaire d'un autre âge qu'est l'OTAN soit dissoute. En effet, il faut blâmer les dirigeants européens de ne pas avoir compris que l'intérêt fondamental de l'Europe n'était pas de se fondre dans l'empire américain mais plutôt de construire une Europe indépendante et solidaire. Pour ne pas avoir bien évalué cette réalité fondamentale, l'Europe risque à nouveau de replonger dans la division et les conflits ruineux, alors que les États-Unis essayeront de tirer les marrons du feu, avec leur allié de circonstance, la Grande-Bretagne.

 

Il n'est pas trop tard pour les dirigeants européens de rectifier le tir. Il faudrait, cependant, qu'ils aient la sagesse et le courage de dire aux néocons américains qu'ils ne sont pas les maîtres du monde et que l'Union européenne n'a nullement l'intention de poursuivre une politique agressive d'encerclement militaire de la Russie. Point à la ligne.

Et, qu'au contraire, comme tous les autres pays qui le désirent, la Russie pourrait s'associer à cette Europe des nations, grande, démocratique et pacifique, dans la coopération économique et dans la paix.

Mais cela exigerait un minimum de vision, de lucidité et d'esprit d'indépendance, ce qui semble faire défaut présentement dans bien des chancelleries.

 

Mais le laisser-aller actuel et l'abdication européenne qui consiste à laisser Washington tout décider en fonction des seuls intérêts de l'empire américain ne peuvent conduire l'Europe qu'au désastre.

 

 

Rodrigue Tremblay, économiste et humaniste

Professeur émérite, Université de Montréal

Auteur du livre  Le Code pour une éthique globale, vers une civilisation humaniste”, Éditions Liber, 2009

 

 

Retour au blog