N. B: Lisez
des extraits en français ou en anglais du prochain livre du professeur
Rodrigue Tremblay :
Le code pour une éthique
globale
www.LeCodePourUneEthiqueGlobale.com/
The Code for Global Ethics
AIPAC, droite religieuse et politique
étrangère usaméricaine
Traduit par Pétrus Lombard (24/08/2006)
« La plupart des citoyens sont ignorants du fait effrayant que pendant des années notre politique US au Moyen-Orient n'a pas été façonnée par des experts chevronnés dévoués aux intérêts nationaux fondamentaux de l'Amérique. »
Paul Findley, membre Républicain du
Congrès US, (1961-83)
« Grâce à Dieu nous
avons l'AIPAC, le plus grand supporter et ami que nous ayons au monde »
Ehud Olmert, le Premier Ministre de
l'Israël
« Ou bien je définis la
politique sur le Moyen-Orient ou bien c’est l'AIPAC qui le fait. »
Zbigniew Brzezinski, conseiller à la
National Security de
l'administration Carter
Personne
ne peut comprendre ce qui se passe politiquement aux USA sans être
conscient qu'une coalition politique, des principaux groupes pro-Likoud, des
intellectuels néo-conservateurs proisraéliens et des sionistes
chrétiens, exerce une influence terriblement forte sur le gouvernement
US et ses politiques. Avec le temps, ce vaste lobby proisraélien, dont
le fer de lance est l'American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), a étendu l'ensemble de son
emprise sur de grandes parties du gouvernement US, y compris le bureau du
vice-Président, le Pentagone et le Département d'État, en
plus du contrôle de l'appareil législatif du Congrès. Il
est assisté dans sa tâche par de puissants alliés au sein
des deux principaux partis politiques, des grands médias et quelques
boîtes à idées ("think-tanks") richement
financés, comme l'American Enterprise Institute, la Heritage Foundation, ou le Washington Institute for Near
East Policy.
L'AIPAC est la pièce maîtresse de ce
système coordonné. Par exemple, il garde les statistiques des
votes sur chaque représentant de la Chambre et du Sénat, qui sont
ensuite communiquées aux donateurs politiques pour qu’ils agissent
en conséquence. L'AIPAC organise aussi régulièrement des
voyages tous frais payés en Israël et des rencontres avec des
ministres israéliens et des personnalités pour les membres du
Congrès et leur personnel, et pour d'autre politiciens actifs au niveau
des États ou localement. Ne pas recevoir cet imprimatur est un handicap
majeur pour tout politicien usaméricain ambitieux, même s'il peut
compter sur une fortune personnelle. À Washington, afin d'avoir un
meilleur accès aux décideurs, le Lobby a même
développé la coutume de recruter le personnel pour les bureaux
des sénateurs et des membres de la Chambre. Et, quand les
élections arrivent, le Lobby s'assure que les politiciens tièdes,
enclins à l'indépendance, ou dissidents, soient punis et battus.
C'est une source d'un tel pouvoir politique, par le financement des campagnes
et la propagande dans les médias, qu'aucun politicien US ne peut oser
ignorer ses demandes sans craindre d'être détruit. Comme le
chroniqueur vétéran Robert Novak l'a récemment signalé, grâce
à l'influence de l'AIPAC et du Lobby, « Washington demeure en
grande partie une zone bipartite et sans critique pour Israël. »
C'est compréhensible. -- Les techniques de
l'AIPAC sont si efficaces
qu'on peut facilement avoir l'impression que c'est « un gouvernement
parallèle » à Washington DC. Selon les mots de son
président, Howard Friedman, consignés dans un bulletin
prétentieux au-delà de toute mesure destiné aux
sympathisants, il se fonde en particulier sur deux techniques :
1 - « L'AIPAC rencontre chaque
candidat en course pour le Congrès. Ces candidats reçoivent des
briefings détaillés pour les aider à comprendre
complètement la complexité de la fâcheuse situation
d'Israël et de l'ensemble du Moyen-Orient. Nous demandons même
à chaque candidat d'écrire un 'papier de position' sur leurs vues
des rapport été, leur position à ce sujet est ainsi
claire. »
2 - « Les membres du
Congrès, le personnel et les fonctionnaires de l'administration, sont
amenés à dépendre des mémos de l'AIPAC. Ce sont des
gens très occupés et ils savent qu'ils peuvent compter sur l'AIPAC
pour des analyses clairvoyantes. Nous présentons ces informations sous
forme concise aux fonctionnaires élus. Les informations et les analyses
sont irréprochables, - après tout, notre réputation
est en jeu. Cela a pour conséquence une politique et une
législation qui assurent la survie d'Israël. »
Je doute de qu'il y ait un quelconque pays
démocratique au monde où les candidats doivent passer une mise
à l’épreuve idéologique décisive pour avoir
une chance d'être choisis comme candidats et d'être élus.
Ainsi, qui pourrait blâmer l'AIPAC d'être convaincu qu'il tient en
laisse le Congrès US ? Si l'AIPAC étaient une entreprise, il
pourrait être l’objet d’une Federal Trade Commission (FTC = Commission fédérale du
commerce), une enquête fédérale anti-trust et anti-cartel
pour accaparement du marché.
Par conséquent, il ne devrait pas être
surprenant que, à Capitol Hill, « le Lobby »
semble mener la barque, à un point tel que son contrôle presque
complet de la politique étrangère US et d'autres politiques,
comme celle de la Défense, sont devenues l'équivalent d'une
plaisanterie. Nous ne sommes pas témoin ici du consensus, mais
plutôt d'une situation équivalente à l'unanimité
dans le désir d'aligner les politiques US sur les politiques
israéliennes, chaque fois que les intérêts d'Israël au
Moyen-Orient sont en jeu. Un pays totalitaire ne fonctionnerait pas
autrement. L'AIPAC a une telle emprise sur Washington que quelquefois on peut
être pardonné de confondre Tel-Aviv et Washington DC. Un exemple
récent : l'AIPAC a rédigé une résolution de soutien
à Israël dans ses bombardements sauvages et illégaux sur le
Liban. Le 20 juillet 2006, la résolution fut votée à
l'unanimité par les 100 membres du Sénat, et le vote de la
Chambre fut de 410 à 8. L'affaire est entendue.
Pendant de nombreuses années, l'influence du
Lobby resta indécelable, ignorée ou dissimulée par les
médias qu’il contrôlait et par la plupart des commentateurs.
Pourtant, le 10 mars 2006, deux respectés spécialistes
usaméricains, les professeurs Stephen Walt de l'Université de
Harvard et John Mearsheimer de l'Université de Chicago publièrent
une étude dans The London Review, intitulée The Israel Lobby and U.S.
Foreign Policy (à
lire en français)au sujet de l'influence disproportionnée que ce
lobby d'intérêts particuliers a sur la politique
étrangère US. Elle dit que l'AIPAC est « l'organisation la plus puissante et
la plus connue » d'un lobby proisraélien qui fausse
systématiquement la politique étrangère US. L'étude
concluait qu'Israël avait joué un rôle majeur pour pousser
l'administration Bush dans la guerre contre l'Irak, et elle arguait du fait que
l'influence du lobby proisraélien sur la politique
étrangère US était mauvaise tant pour l'Israël que
pour les USA. Après cela, personne ne pourra feindre d’ignorer
l'influence corrosive de ce puissant lobby sur la politique
étrangère US.
Un autre exemple du type de pouvoir que le Lobby
détient de nos jours à Washington DC est son succès dans
l'établissement au sein du Département d'État, avec
l'argent des contribuables, d'une agence d'intérêts particuliers,
appelée l'Office of global anti-Semitism. Dans un mouvement qui fait penser à ce qui
s'est produit pendant les siècles passés sous des régimes
totalitaires, cette nouvelle « agence » est totalement
consacrée à la surveillance autour du monde des cas, entre autres
choses, de critique d'Israël ou des politiques US proisraéliennes.
La création de ce nouveau département d'Inquisition a été autorisée par
une loi, [H.R. 4230], que le Président George W. Bush a signé le
16 octobre 2004. Qui dit que la réalité n'est pas plus
étrange que la fiction !
Les fameux Sionistes Chrétiens ont aussi une importante influence sur la
politique étrangère US, spécialement pour ce qui touche au
Moyen-Orient. Leur propagande a si bien réussi qu'aujourd'hui, quarante
pour cent des Usaméricains croient qu'Israël a directement été
donné au peuple juif par « Dieu ». Un tiers des
Usaméricains croient même que la création de l'État
d'Israël, en 1948, après une campagne terroriste contre la
Grande-Bretagne, fut une étape vers le « Second Avènement
de Jésus Christ » et la « Fin des Temps ». Pour
les plus fanatiques d'entre eux, la « guerre contre le terrorisme »
signifie, quelle qu'elle soit, une guerre de religions entre la chrétienté et
l'Islam. Avec des idées pareilles, le monde est rejeté quatre
siècles en arrière, puisque la dernière guerre de
religions, la Guerre de trente ans entre Protestants et Catholiques européens,
sévit de 1618 à 1648.
De nos jours, la droite religieuse US a son propre
bureau d'intérêts particuliers au Département
d'État. Il est appelé Office of International Religious
Freedom (Bureau pour la
liberté religieuse internationale), et sa mission principale est de se mêler des
affaires internes d'autres pays. Une telle agence d'État semblera aller
à l'encontre du « mur de séparation » entre
l’Église et l’État que le Président Thomas
Jefferson pensa avoir été
érigé avec le Premier Amendement à la Constitution US. De
telles incursions gouvernementales dans les sujets religieux sont
financées par l'État, en plus de l'Office of Faith-Based and
Community Initiatives
(Bureau pour les initiatives confessionnelles et communautaires) que l'administration Bush créa peu
après sa prise de fonction.
Depuis que l'occupant actuel de la Maison Blanche est
un Chrétien né à nouveau qui héberge des idées qui sont proches
de celles avancées par la droite chrétienne US, cela ne devrait pas trop
étonner si la politique de l'administration Bush au Moyen-Orient a de
très fortes colorations religieuses.
Dans tout gouvernement, on doit regarder
derrière les rideaux pour voir qui tire vraiment les ficelles et qui
oriente les politiques. Dans le cas de l'administration Bush-Cheney, on se doit d’être au courant
au sujet du Lobby et de la « Droite religieuse ». Sans cette
connaissance, on ne pourra pas comprendre la direction prise par certaines
politiques.
_____________________________________________________
Original : http://www.thenewamericanempire.com/tremblay=1033.htm
L’auteur est professeur émérite de
sciences économiques à l'Université de Montréal.
C'est un ancien président de la North American Economics and Finance
Association, et un ex-président de la Société canadienne
d'économique. Il a été aussi vice-président de
l'Association internationale des économistes de langue française
(AIELF). Il a reçu en 2004 le Prix Condorcet de philosophie politique.
En politique, M. Tremblay a été député du
comté de Gouin, à Montréal, de 1976 à 1981, et a
été ministre de l’Industrie et du Commerce dans le
gouvernement du Québec (1976-1979).
Le professeur TREMBLAY a publié 27 livres, la
plupart portant sur des questions économiques et financières,
mais certains traitant aussi de questions morales et politiques.
Consultez le nouveau blogue international du professeur Tremblay
à l'adresse suivante: http://www.TheNewAmericanEmpire.com/blog.html.
Courriel : rodrigue.tremblay@umontreal.ca
Traduit de l’anglais par
Pétrus Lombard, membre associé, et révisé par
Fausto Giudice, membre de Tlaxcala
tlaxcala@tlaxcala.es
Retour aux Archives en
français