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EXCLUSIVITÉ SUR VIGILE Un retour suicidaire vers un passé qu’on croyait révolu Ces jours-ci, le Québec ressemble à un navire sans capitaine qui dérive au gré des flots, sans projet et sans dessein. Vigile lundi 21 novembre 2011 par Rodrigue Tremblay, économiste
Ancien ministre de
l’Industrie et du Commerce dans le gouvernement québécois
http://www.LeCodePourUneEthiqueGlobale.com/ « Nous sommes prêts
maintenant pour la libération économique, il n’y a plus
de maintenant ou de jamais ; ce soir nous devons dire c’est
maintenant que nous deviendrons maîtres chez nous. »
Jean
Lesage (1912-1980), premier ministre du Québec, 1962 "Peu à peu nous prenons
l’habitude du recul et de l’humiliation, à ce point
qu’elle nous devient une seconde nature."
Charles
De Gaulle (1890-1970), 1939 « Une nation fatiguée de longs débats consent
volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose, et
l’histoire nous apprend qu’il suffit alors pour la contenter de
ramasser dans tout le pays un certain nombre d’hommes obscurs ou
dépendants, et de leur faire jouer devant elle le rôle
d’une assemblée politique, moyennant salaire. »
de Tocqueville, Alexis (1805-1859), "L’ancien régime et
la révolution", 1856 En 1962, le président de la compagnie de chemins de fer
“Canadian National” (CN) Donald Gordon (1901-1969) déclara que
s’il n’y avait aucun francophone parmi les 17
vice-présidents de la compagnie, c’était parce
qu’il n’y en avait pas d’assez compétent pour un tel
poste. C’est ce même personnage d’allégeance
impérialiste, né en Écosse, qui insista pour nommer un
nouvel hôtel à Montréal le “Queen Elizabeth
Hotel” plutôt que “Château Maisonneuve” du nom
du fondateur de la Ville de Montréal, Paul Chomedey de Maisonneuve,
comme plusieurs Montréalais le lui demandaient. —
C’était il y a un demi-siècle. Ces évènements humiliants
et de nombreux autres persuadèrent les Québécois que le
contrôle de l’économie, à défaut de prendre
le contrôle politique du territoire, était une mesure
essentielle pour assurer leur avenir, pas seulement au Canada, mais à
l’intérieur même du Québec. De là naquit le projet
d’investir massivement en éducation, sous l’égide
de Paul-Gérin Lajoie, afin de mieux préparer l’avenir des
jeunes Québécois et Québécoises. Au plan
économique, le gouvernement de Jean Lesage avait senti le besoin,
dès 1962, de regrouper des capitaux afin de favoriser le
développement économique du Québec. Pour ce faire, il
mit sur pied la Société générale de financement
(SGF), initialement une société mixte publique-privée.
Par la suite, toujours dans l’optique de renforcer
l’économie québécoise et d’accroître
la participation des francophones à leur économie, René
Lévesque se fit l’instigateur de la nationalisation
d’Hydro-Québec en 1963, avec comme l’un des objectifs
d’imposer le français comme langue de travail au sein de
l’entreprise. C’est ainsi aussi que le gouvernement de Jean
Lesage créa la Caisse de dépôt et placement du
Québec (CDP) en 1965, avec le double mandat de faire fructifier les
avoirs sous gestion (rôle de fiduciaire) et de contribuer au
développement économique du Québec (rôle de
promoteur économique). Cette période de la première
partie des années soixante en fut une d’effervescence, de vision
et d’action. Ce fut vraiment le décollage de ce qu’on a
appelé une Révolution tranquille pour le peuple québécois.
C’est cette Révolution tranquille qui s’étiole
présentement et qui risque de nous ramener un demi-siècle en
arrière, sinon tout un siècle en arrière. En effet, nous assistons
aujourd’hui à un effort de démantèlement
systématique par des intérêts hostiles au Québec
d’à-peu-près tout ce qui a été construit
pour libérer et faire progresser le peuple du Québec au plan
économique, politique et linguistique depuis cinquante ans. Au niveau fédéral, la
politique officielle du gouvernement de Stephen Harper semble en être
une qui consiste à bafouer le plus possible le français,
aidé en cela par quelques ’porteux-de-valises’ dont la
fonction est de s’accroupir quand le chef le demande. Quand on se fait
tapis, il ne faut pas se surprendre de se faire marcher dessus ! Au
cours des derniers mois, Harper a multiplié les insultes à
l’endroit des francophones : nominations de juges unilingues
anglais à la Cour Surpême, nomination d’un nouveau
vérificateur général unilingue anglais, retour en masse
des sigles de l’empire britannique dans les ministères et dans
les ambassades, etc. C’est ce même Harper qui prétendait
donner des leçons au Québec quand il déclarait en 2002
que « Les arguments ... selon lesquels il faut un statut
spécial pour protéger la langue française au
Québec – sont tout simplement faux. » (le 19 janvier
2002) Et, un de ses “porteux-de-valises” québécois
sans jugement et sans vision faisait sienne récemment une pareille
énormité ! Au Québec même, la mollesse,
le je-m’en-foutisme et l’absence de vision et
d’épine dorsale d’un gouvernement assiégé
font en sorte que l’immobilisme et le laisser-aller en matière
linguistique règnent en maître. Le gouvernement de Jean Charest
ressemble de plus en plus au gouvernement d’Alexandre Taschereau dans
les années trente : c’est un gouvernement incapable et
inepte, quand il ne se complait pas tout simplement dans un climat malsain de
corruption et de cynisme. Quand on apprend qu’un des fleurons de la Révolution tranquille, la Caisse de dépôt et placement du Québec, embauche des dirigeants unilingues anglophones, et cela en violation directe avec la Charte de la langue française, on n’est pas loin d’être revenu à l’époque des Donald Gordon, mais cette fois-ci par la lâcheté et la pusillanimité des nôtres. Il faut dire, en passant, que c’est cette même institution qui est allée bêtement perdre $40 milliards avec des spéculations à Toronto. Cette perte scandaleuse représente exactement le montant qu’il en aurait coûté pour conserver au Québec le contrôle de l’Alcan, le principal fleuron industriel du Québec ! Et quand la Banque nationale, une banque
qui est le produit de la fusion de la Banque Canadienne Nationale et de la
Banque Provinciale sous contrôle du Mouvement Desjardins en 1979,
faut-il le rappeler, se met elle aussi à copier la Caisse de
dépôt et embauche des patrons unilingues anglophones, il faut
dire que l’exemple vient de haut. Ces jours-ci, le Québec
ressemble à un navire sans capitaine qui dérive au gré
des flots, sans projet et sans dessein. Qu’attend le gouvernement Charest
pour renforcer la loi 101, laquelle a été écorchée
de toutes parts par les politiciens fédéraux et par la Cour
Suprême du Canada, et comme le lui recommandait il y a un an le Conseil
supérieur de la langue française ? Attend-il que la
situation linguistique au Québec devienne irréversible et
hostile à la majorité francophone ? Si oui, il sera
jugé sévèrement par l’histoire. Il est temps que les Québécois se fassent respecter. Retour aux archives
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