N. B: Lisez des extraits en français ou en anglais du prochain livre du professeur Rodrigue Tremblay :

Le code pour une éthique globale

www.LeCodePourUneEthiqueGlobale.com/

The Code for Global Ethics

www.TheCodeForGlobalEthics.com/

 

 

La Russie, la Géorgie et John McCain: des fonceurs irresponsables aux commandes

par Rodrigue Tremblay, le 13 août, 2008

Traduit par  Fausto Giudice de Tlaxcala

 

"La prospérité apportée par la guerre est semblable à celle apportée par un tremblement de terre ou par la peste."

"... La guerre est nuisible, non seulement pour les conquis, mais aussi pour les conquérants."

"Pour vaincre les agresseurs il ne suffit pas de rendre la paix durable. L'essentiel est de se défaire de  l'idéologie qui génère la guerre. "

"La racine du mal n'est pas la construction de nouvelles armes, plus terrifiantes. C'est l'esprit de conquête. "

Ludwig von Mises (1881-1973)

 

Il y a des gens responsables qui pensent que la provocation et l'agression peuvent être des modes de gouvernement acceptables. Le conflit qui vient d’éclater soudainement entre l'ex- province soviétique de Géorgie et la Russie dans le Caucase en Eurasie est un bon exemple.

 

Qu’y a-t-il derrière ce conflit qui a éclaté vendredi dernier, au début des Jeux Olympiques de Pékin? D'abord et avant tout, il faut garder à l'esprit que le véritable et premier agresseur dans ce conflit est le gouvernement belliqueux de la Géorgie, dirigé par un homme politique impulsif du nom de Mikhail Saakashvili, qui est ouvertement soutenu par les gouvernements des USA et d'Israël. Tôt dans la journée de vendredi, le 8 août , des tanks et de l’infanterie géorgiens, assistés par des conseillers militaires usaméricains et israéliens, ont lancé une vaste attaque d'artillerie et de roquettes sur la capitale de l'Ossétie du Sud sécessionniste, Tskhinvali, provoquant ainsi directement la Russie, qui avait des soldats dans cette province.

 

À première vue, la plupart des gens pourraient facilement arriver à la conclusion que Saakashvili est complètement fou d’avoir déclaré la guerre à son voisin la Russie, un pays plus de 50 fois plus grand que la Géorgie, dans le but de réoccuper la province russophone d’Ossétie du Sud , indépendante de facto depuis 1992. La seule explication logique semble être que le président géorgien croyait, ou avait une certaine forme d'assurance, que l’administration Bush-Cheney serait à ses côtés militairement. avec lui. A-t-il vraiment cru que l’administration Bush-Cheney, déjà profondément engagée dans deux conflits militaires en Irak et en Afghanistan, allait risquer une guerre mondiale pour sauver un oléoduc et une colonie récemment acquise dans cette partie lointaine du monde? Cela semble être une autre idée folle.

 

C’est un fait peu connu : les USA et Israël ont entraîné et armé l’armée géorgienne depuis 2002. Cette situation équivaut à un risque de redémarrage de la guerre froide avec la Russie. Elle a également semé les graines d'un conflit beaucoup plus important dans cette partie du monde en encourageant la Géorgie à  se lancer dans des manoeuvres militaires. La petite Géorgie (4,5 millions d’habitants) a encore 2000 soldats en Irak, que les USA sont maintenant en train d’acheminer rapidement vers la Géorgie. Cela explique jusqu’au l’administration Bush-Cheney et ses substituts israéliens sont prêts à aller pour défier la Russie. Et maintenant, l’ours russe réagit. C'est de l’acrobatie politique de haut vol.

 

Au cours de l'été 1914, une erreur de calcul similaire a abouti à allumer la Première Guerre mondiale. Ce conflit qui avait commencé par une seule mort (l'assassinat de l'archiduc Franz Ferdinand le 28 Juin 1914) avait abouti, en fin de compte, à 40 millions de morts. La catastrophe fut le résultat d'une réaction en chaîne de déclarations de guerre par les différents pays impliqués dans les affaires d'autres pays. Cela reste un exemple de la façon dont des conflits régionaux  relativement  mineurs peuvent dégénérer en conflagrations lorsque des têtes brûlées sont aux commandes.

 

La prise de bec entre la Géorgie et la Russie représente une bonne occasion pour le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, de faire preuve de leadership et de ne pas laisser les choses dégénérer. En effet, il y a toujours une possibilité qu’un politicien après l’autre va essayer de ne pas perdre la face en se livrant à une escalade. Par exemple, le Secrétaire général des Nations unies devrait obtenir du Conseil de sécurité le mandat de se rendre immédiatement dans les deux capitales directement impliquées, et il devrait tenter de négocier immédiatement une cessation des hostilités qui sauverait la face de tout le monde. Il devrait persuader les dirigeants russes de ne pas réagir de façon excessive aux provocations du président géorgien. En ce qui concerne ce dernier, il a démontré qu'il n'est pas digne d'occuper ses fonctions.

 

Le temps est essentiel dans de telles circonstances, car il y a toujours des intérêts qui pourraient profiter d'une aggravation de la situation.

 

D'une part, le candidat présidentiel républicain présomptif John McCain, qui n'a jamais rencontré une guerre qu’il n'aimait pas, a déjà tenté d'attiser le feu du conflit en appelant les 26 pays de l'OTAN à s'impliquer dans ce qui est essentiellement un conflit ethnique. Dans la foulée de sa campagne, John McCain a déclaré: "Nous devons immédiatement convoquer une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord pour évaluer la sécurité de la Géorgie et passer en revue les mesures que l'OTAN peut prendre pour contribuer à stabiliser cette situation très dangereuse."

 

Le candidat républicain tente de manière incroyable de profiter politiquement de cette crise lointaine en faisant miroiter la perspective effrayante d’un petit conflit régional transformé en guerre mondiale. Cela pourrait avoir quelque chose à voir avec le fait que le principal conseiller en politique étrangère de M. McCain (Randy Scheunemann) est un ancien lobbyiste pour le gouvernement de Géorgie et un ancien lobbyiste néoconservateur en faveur de l’invasion militaire de l'Irak par les USA. Cela semble constituer un conflit direct d'intérêts et une raison suffisante pour M. McCain de s’abstenir de jeter de l'huile sur le feu.

 

Je l'ai déjà écrit, et cet incident le confirme : cet homme (McCain) semble être inapte à prendre la tête d'un pays lourdement armé.

 

http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=5664&lg=fr

Source : http://www.thenewamericanempire.com/tremblay=1092

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Rodrigue Tremblay est professeur émérite d'économie à l'Université de Montréal et on peut le contacter à l'adresse suivante :

rodrigue.tremblay @ yahoo.com

Il est l'auteur du livre « Le nouvel empire américain »

Prière de visiter son blogue à l'adresse suivante : www.thenewamericanempire.com / blog.

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Le prochain livre du professeur Tremblay s'intitulera : "Le Code pour une éthique globale": www.TheCodeForGlobalEthics.com/

 

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Comment Restaurer le Droit International?

 

Affiché, mardi, le 12 août, 2008 06:25 am

 

La crise en Ossétie : une chance pour la restauration du droit international ?

 

Il faut voir le conflit actuel en Ossétie dans le cadre de la politique d’encerclement de la Russie post-soviétique que poursuit l’administration Bush. Selon les néo-conservateurs actuellement au pouvoir aux États-Unis, “nous avons gagné la Guerre froide”. Ce qui signifie, même pour la revue Economist qui n’appuie pas toujours les néo-conservateurs, qu’il faudrait traiter la Russie comme l’Allemagne et le Japon en 1945. Or cette vision est boiteuse.

Rappelons que la dissolution de l’Union soviétique est largement une conséquence des processus internes, d’un sentiment pro-occidental tangible au sein d’une partie importante des élites soviétiques et d’une volonté populaire de s’ouvrir vers le monde. Gorbatchev appelait son pays à rejoindre « la maison commune européenne » et à coopérer pleinement en matière de sécurité collective. Le gouvernement d’Eltsine s’est joint aux Etats-Unis dans plusieurs dossiers internationaux et c’est l’administration Poutine qui a aidé les Etats-Unis d’obtenir des bases militaires en Asie Centrale suite au 11 septembre. Ces manifestations de bonne volonté de la part de la Russie n’ont pourtant fait qu’affaiblir sa position géostratégique et sont maintenant perçues par les élites russes comme de la naïveté déplacée et une erreur à ne plus répéter. Sur le fond de la guerre en Iraq et des tentatives américaines d’« exporter la démocratie », les concepts mêmes de communauté internationale, de droit international, voire de valeurs humaines communes, en sortent profondément discrédités.

Personne en Russie n’oublie que les puissances occidentales avaient promis qu’en échange contre l’acceptation soviétique de la réunification de l’Allemagne l’OTAN n’avancerait point à l’est de la frontière allemande.

Or, le fait est que l’OTAN se situe actuellement à quelques minutes de vol de la capitale septentrionale Saint-Pétersbourg et un système antimissile des Etats-Unis s’installe presque à la frontière de la Russie. Les présidents de l’Ukraine et de la Géorgie aspirent à intégrer leurs pays à l’OTAN. Avec les bases militaires en Asie Centrale, l’encerclement de la Russie serait alors complet.

Les présidents d’Ukraine et de Géorgie ont beaucoup en commun. Les deux ont accédé au pouvoir suite à ce qu’on qualifie souvent comme « révolutions », respectivement « orange » et « rose », subventionnées et mises en scène avec l’aide des agences non-gouvernementales, dont plusieurs, comme le National Endowment for Democracy, agissent souvent en étroite collaboration avec les autorités américaines. Youshchenko et Saakashvili, ont des liens solides avec Washington, et sont souvent accusés par leurs opposants politiques d’être téléguidés depuis le Potomac. L’Ukraine et la Géorgie ont déployé des centaines de soldats en Iraq, ce qui témoigne de leur allégeance au monde unipolaire dirigé par les Etats-Unis et permet de tisser des liens solides avec le Pentagone. Sous Saakashvili, la Géorgie reçoit une aide massive en matériel militaire et en conseillers des Etats-Unis, d’Israël et de l’Ukraine. Presque tout est payé, ou plutôt emprunté, par le fisc américain.

Or, leur rapprochement avec l’OTAN ne fait guère consensus au sein de ces pays, ce que démontrent bien des manifestations contre les manœuvres de cette alliance aux côtes de la Crimée, une motion contre l’adhésion signée par presque 5 millions  d’Ukrainiens ou bien par la dénonciation par l’ancienne ministre des affaires extérieures de la Géorgie de l’attaque géorgienne qui a déclenché la crise actuelle. Cette attaque, accompagnée par des appels au patriotisme renforce, au moins à court terme, la position de Saakashvili. Mais rien n’est certains dans ces pays qui ont des liens culturels profonds avec la Russie. Les dirigeants de la Russie, plutôt que tomber dans un chauvinisme ethnique, soulignent l’amitié séculaire entre la Russie et la Géorgie et n’accusent que le président Saakashvili, notamment de servir des intérêts étrangers au peuple géorgien.

Les médias en Russie donnent une chronologie des événements semblable à celle qu’en offre la BBC de Londres. Ce qui indigne le public en Russie est le fait que l’attaque géorgienne fut dirigée non seulement contre la capitale des séparatistes ossètes, mais directement contre le contingent russe dans les forces de maintien de la paix mandatées par les Nations Unies.

Le sens de l’humour n’est pas absent de la couverture médiatique en Russie. On rit de l’habitude qu’a prise le président géorgien de placer l’étendard de l’Union européenne à son côté dans les apparitions officielles. Ne serait-ce pas un vestige du réalisme socialiste, le canon artistique soviétique, demande un commentateur russe : remplacer le réel par le souhaitable?

Depuis quelques années, on remarque, surtout dans les publications en langue anglaise, l’apparition de la dichotomie héritée de la Guerre froide : on caractérise souvent un dirigeant comme « pro-occidental » ou « prorusse » comme si les deux caractéristiques sont nécessairement exclusives et opposées l’une à l’autre. Toute nuance, voire suggestion qu’un dirigeant puisse être pro-occidental tout en étant prorusse paraiterait absurde. Le conflit en Ossétie n’est qu’une réalisation de cette vision simpliste polarisée.

Cette vision est déjà remise en question aux Etats-Unis. On vient d’annoncer la formation d’une commission d’experts afin de passer en revue tout l’ensemble des relations américano-russes. En effet, tandis que la politique étrangère de la Russie a pris des formes prévisibles on observe des incohérences importantes dans les politiques américaines à l’égard de la Russie. Il est fort probable que cette commission sonnera le glas de l’unilatéralisme de Washington à la veille d’un changement de garde dans le Bureau ovale. Ce qui explique sans doute l’empressement du président Saakashvili qui a des relations privilégiées avec l’administration sortante.

La visite du président Sarkozy à Moscou représente une ouverture intéressante vers la restauration des relations internationales plus équilibrées et négociées. La France, comme la Russie, ont maintes fois déploré la loi du plus fort que les néo-conservateurs américains ont imposée depuis quelques années dans les relations internationales.

Le dédain des organisations internationales qu’a manifesté souvent l’administration Bush semble donner lieu à une prise de conscience que ses interventions armées, directes ou par agents interposés, tournent de plus en plus au vinaigre. Des voix influentes aux Etats-Unis reconnaissent que leur pays, malgré ses dépenses militaires exorbitantes, n’arrive pas à contrôler le monde comme un cow-boy intrépide et solitaire.

Ainsi, la tragique crise en Ossétie, le dernier échec de ce genre, peut s’avérer une occasion de remettre les relations internationales sur les rails de multilatéralisme et de coopération que privilégie traditionnellement « la vielle Europe ». Le monde ne peut qu’en sortir gagnant.

Yakov