N. B: Lisez
des extraits en français ou en anglais du prochain livre du professeur
Rodrigue Tremblay :
Le code pour une éthique
globale
www.LeCodePourUneEthiqueGlobale.com/
The Code for Global Ethics
Le candidat Obama :
Une alternative moins risquée
par Rodrigue Tremblay, le 7 juillet, 2008
"Si le
Conseil de sécurité continuent de manquer à sa
responsabilité, les États-Unis doivent prendre la tête des
pays amis et imposer des sanctions multilatérales [à
l'Iran] en dehors du cadre des Nations unies. »
Sénateur John McCain, le 2 Juin, 2008, à la Conférence
annuelle de l'AIPAC, à Washington DC
« La
menace iranienne doit être arrêtée par tous les moyens
possibles, et [c'est notre devoir de prendre] des mesures drastiques pour l'en
empêcher. »
Ehud Olmert, Premier ministre israélien, le 4 juin, 2008, au
Congrès annuel de l'AIPAC, Washington DC
« J'ai
proposé un redéploiement responsable et progressif de nos troupes
de l'Irak. Nous allons quitter ce pays avec autant de soin que nous avons
été négligents à y aller.... [Le] danger de l'Iran est grave, [et je vais] faire tout ce qui est en
mon pouvoir pour empêcher l'Iran de se procurer l'arme nucléaire
– je veux dire, tout. » Sénateur Barack Obama, le 4 juin, 2008, au
Congrès annuel de l'AIPAC, Washington DC
« ...Je
sais que quand je visite l'AIPAC, je suis entre amis. Avec de bons amis.. Des amis qui partagent mon engagement ferme
de faire en sorte que le lien qui unit les États-Unis et Israël
soit incassable aujourd'hui, demain et pour toujours. » Sénateur Barack Obama, le
4 juin, 2008, au Congrès annuel de l'AIPAC, Washington DC
Il y a quelques semaines, j'ai fait une analyse comparée
du candidat républicain présomptif à la présidence
américaine, le sénateur John McCain. En toute justice, une
évaluation similaire de la candidature du sénateur Barack Obama
semblerait s'imposer.
En effet,
l'administration Bush-Cheney sera passée à l'histoire à
11:59 pm, le 20 janvier, 2009. Le 4 novembre, 2008, leurs successeurs, un
nouveau président et un nouveau vice-président, auront
été choisis. S'agira-t-il d'une équipe Obama ou d'une
équipe McCain?
Le
sénateur Barack Obama (D. ILL) est le candidat démocrate
présomptif à l'élection présidentielle
américaine. Il est de surcroît le premier candidat
présidentiel d'ascendance Afro-américaine pour un des deux grands
partis politiques américains. Considérant le passé racial
des États-Unis, s'il devait être élu Président, ce
serait une quasi révolution politique dans ce pays. Pour le moment, on
peut dire que le climat politique pour un tel changement important dans la
politique américaine est favorable, puisqu'une pluralité des
électeurs semblent favoriser l'élection d'un candidat
démocrate à la présidence.
D'une part,
l'actuelle administration républicaine, après huit ans de
bévues sur bévues, est très impopulaire, recevant la désapprobation
des deux-tiers des Américains, selon un récent sondage Associated
Press-Ipsos, tandis que le Président George W . Bush est aux fins fond
des appuis populaires avec seulement 28 pour cent d'approbation. Mais, ce qui
est peut-être encore plus révélateur, est le fait que
très peu d'Américains disent croire que leur pays est sur la
bonne voie.
Deuxièmement,
l'électorat américain penche de plus en plus du côté
des démocrates à raison de 41 pour cent en faveur de ces derniers
contre 32 pour cent pour les républicains. Troisièmement, on peut
dire que le candidat Obama est beaucoup plus intelligent, beaucoup plus jeune,
beaucoup plus attrayant et beaucoup plus charismatique que le candidat McCain.
Et, sur les questions de
politiques, les démocrates devraient avoir un énorme avantage
parce que les gens sont fatigués de la guerre coûteuse et
impopulaire contre l'Irak, parce que l'économie est en mauvais
état et va de mal en pis avec l'aggravation de la crise financière,
et parce que beaucoup d'Américains souffrent économiquement et
financièrement, alors que le prix du pétrole explose. De nombreux
Américains des classes moyennes croient également que le moment
est peut-être venu d'améliorer le système américain
des soins de santé, de même que le système des pensions.
Par
conséquent, puisque les circonstances actuelles favorisent
l'élection d'un candidat démocrate à l'élection
présidentielle, est-ce que l'élection de novembre en est une que
le sénateur Obama doit perdre par sa faute ? Y aura-t-il un "effet
Bradley" quand des électeurs blancs disent aux sondeurs d'opinions
avoir l'intention de voter pour un candidat noir, comme le sénateur
Obama, mais qui pourraient plutôt voter en fonction de leur
préjugé raciste ? Y aura-t-il une réaction négative
de l'aile progressiste démocrate à mesure que le candidat Obama
se déplace de plus en plus vers la droite ?
En
théorie, il faudrait bien que le candidat Obama et ses conseillers
fassent un paquet d'erreurs et prennent de très mauvaises
décisions pour perdre cette élection, alors que tout le monde
prédit que les démocrates vont gagner plusieurs sièges
tant au Sénat qu'à la Chambre des représentants, le 4
novembre prochain.
D'entrée
de jeu, il est largement admis que le candidat Obama a commencé sa
campagne présidentielle officielle d'un bien mauvais pied,
c'est-à-dire en désillusionnant sa propre base politique
progressiste avec des tergiversations sur certaines politiques.
En effet, le 4
juin dernier, le sénateur Obama se rendit au congrès annuel du
lobby pro-israélien AIPAC et répéta presque mot pour mot
les propos belliqueux de son adversaire républicain, le candidat McCain.
En fait, on
croirait en lisant les déclarations reproduites au haut de cet article
que les candidats McCain et Obama sont membres du même parti politique,
du moins en ce qui concerne la politique étrangère que l'AIPAC
voudrait voir adopter par le gouvernement américain. Quand il s'agit de
l'AIPAC, les deux candidats à l'élection présidentielle semblent
avoir les mêmes rédacteurs de discours et ils se comportent comme
s'ils étaient membres d'un même système politique
fondé sur la ploutocratie .
En effet, les
deux candidats présidentiels affirment vouloir bombarder l'Iran et ils
prennent publiquement l'engagement de rendre le monde sécuritaire pour
l'état d'Israël. Avec une telle vue des choses, on peut s'attendre
à ce que ni l'un ni l'autre aient des scrupules à fomenter des
conflits armés à travers le monde. Même sur des questions
nationales importantes, telles que la surveillance électronique sans
mandat, les deux candidats semblent être d'accord.
En effet, le
sénateur Obama s'est rangé du côté des
députés démocrates que l'on dit être des
alliés de George Bush en votant en faveur d'une surveillance
étatique des citoyens américains sans le gouvernement n'obtienne
de mandat à cet effet. Sur ce même point, Obama a changé de
position et il a appuyé l'octroi d'une immunité légale
pour George W. Bush et les sociétés de télécommunication
qui ont fait de l'écoute électronique de citoyens américains
sans mandat avant le 9 / 11. Les deux candidats recherchent tous les deux
l'appui de riches lobbyistes. Le 11 juin dernier, par exemple, le candidat
Obama dût remplacer un lobbyiste de longue date dans les cercles
politiques de Washington, soit M. Jim Johnson, une personne qu'il avait
nommé sur son comité de recherche d'un vice-président,
après qu'il fut dévoilé que M. Johnson avait
bénéficié de conditions de prêt préférentielles
de la part d'un important prêteur hypothécaire, la Cie Countrywide
Financial, une entreprise que le sénateur Obama avait fortement
critiquée dans le passé.
En
matières constitutionnelles, le sénateur Obama ne semble
guère hésiter à émuler George W. Bush en promettant
d'utiliser des fonds publics pour financer certaines activités
religieuses sous l'égide d'églises établies. En effet, il
dit même vouloir élargir le financement à même les
fonds publics de programmes que l'on qualifie de programmes religieux
“axés sur la foi” (“faith-based”). De
même, le complexe militaro-industriel américain n'aurait
également rien à craindre d'une présidence Obama, puisque
le jeune sénateur entend maintenir le niveau élevé des
dépenses militaires des États-Unis.
Tout cela semble
révéler une certaine propension à l'improvisation,
à la dépendance et à l'absence d'engagements
idéologiques fermes de la part du sénateur Obama, ce qui pourrait
à la longue jouer en faveur de son adversaire républicain. Mais
peut-être encore plus dommageable pour lui, ces tergiversations peuvent
convaincre certains électeurs que les deux principaux candidats à
l'élection présidentielle étatsunienne ne sont que
légèrement différents l'un de l'autre et sont en fait sous
la coupole des mêmes intérêts ploutocratiques.
Ce que les
deux candidats présomptifs à la présidence des
États-Unis ont également en commun est le fait que les deux ont
été élevés en partie en dehors de leur propre pays,
Obama en Indonésie et McCain au Panama. Sur ce point, ils sont des
candidats originaux et on peut s'attendre à qu'ils soient ouverts aux questions
internationales. En fait, les deux devraient être interventionnistes,
McCain étant seulement quelque peu plus interventionniste et militariste
que Obama. C'est parce que les deux souscrivent à l'idéologie
hubristique et impérialiste selon laquelle le gouvernement des
États-Unis, sans mandat démocratique ou juridique quelconque
à cet effet, a la responsabilité de gouverner le monde.
Dans
l'ensemble, toutefois, il faut s'attendre à ce qu'un Président
Obama adopte une politique étrangère un peu plus "pragmatique"
et un peu plus "réaliste", dans la foulée de celle
préconisée par l'administration de Bill Clinton, tandis qu'un
Président McCain serait enclin à faire siennes les vues de George
W. Bush en poursuivant une voie plus "idéologique" et une
politique étrangère foncièrement unilatérale.
It is
probably on the question of the Iraq war that Sen. Obama and Sen. McCain would seem to differ
the most. Foremost among Sen. Obama's objectives is his desire to extirpate his
country from the presently occupied Iraq and stop spending more than one
hundred billion dollars a year in that never-ending war and to devote that
money to domestic social programs. On that score, a strong majority of
Americans would side with him. Sen. Obama's official timetable is to remove all
U.S. combat brigades from Iraq within sixteen months after becoming president.
C'est
probablement sur la question de la guerre en Irak que le sénateur Obama
et le sénateur McCain semblent diverger le plus. En effet, le
sénateur Obama a promis de retirer le personnel de combat de l'Irak et
de stopper les dépenses de plus d'une centaine de milliards de dollars
par année englouties par la guerre, avec l'idée de consacrer cet
argent à des programmes sociaux nationaux. Sur ce point, une forte
majorité d'Américains est derrière lui. Selon un
calendrier établi, le Sénateur Obama promet de retirer toutes les
brigades de combat américaines de l'Iraq à l'intérieur
d'une période de seize mois, après son accession à la
présidence.
Toutefois,
le sénateur Obama avoue maintenant qu'il est prêt à faire
preuve d'une certaine souplesse concernant cette promesse de retrait des
troupes américaines de l'Irak et qu'il souhaite conserver une certaine
marge de manœuvre dépendant des conseils futurs qu'il pourrait
recevoir des commandants militaires sur le terrain!
Cela place
quand même le candidat Obama en contradiction ave le sénateur
McCain, dont la position sur l'Irak se rapproche davantage de celle de George
W. Bush.
En effet,
John McCain a voté pour la guerre en Irak dès octobre 2002, et il
se dit très heureux de poursuivre la politique de Bush en Irak, au point
même d'étendre l'occupation militaire de ce pays pour une
période de "cent ans" dans l'avenir.
Sur l'Irak,
par conséquent, le choix semble être clair : ceux et celles qui
s'opposent à la guerre en Irak devraient voter pour le sénateur
Obama, et ceux et celles qui favorisent la guerre en Irak et d'autres guerres
non approuvées par les Nations Unies trouveront dans la personne du sénateur
McCain, un candidat davantage à leur goût.
Le 15 mai
dernier (2008), le Président George W. Bush s'est rendu en Israël
et, s'adressant au Parlement israélien (la Knesset), il a fait une chose
pour le moins inhabituelle : il a attaqué un candidat à
l'élection présidentielle américaine, le sénateur
Barack Obama, alors qu'il se trouvant dans un pays étranger.
C'était certainement des plus inapproprié pour un
président en exercice de faire campagne contre un adversaire politique
en terre étrangère.
En matières
de politiques sociales, d'économie, et sur les priorités
budgétaires, on est en droit de considérer le sénateur
Obama comme un progressiste, alors que le sénateur McCain est davantage
un conservateur. En fait, dans l'ensemble, le sénateur McCain peut
être considéré comme le candidat du statut quo, tandis que
le sénateur Obama est le candidat du changement et des réformes.
Voyons les
différences positions des deux candidats sur les questions sociales et
économiques d'avant-plan entre le sénateur Obama et le
sénateur McCain.
1. En
matière de sécurité sociale, par exemple, une question qui
intéresse au plus haut point les personnes âgées et les
futurs retraités, le sénateur McCain favorise une certaine
privatisation de la sécurité sociale, tandis que le
sénateur Obama s'oppose fermement à une telle privatisation, car
elle pourrait rendre les revenus des retraités tributaires de l'humeur
du marché boursier. Sur ce point, le choix est clair.
2. En
matière de santé, le sénateur Obama favorise un
régime de santé public et l'accès à des
médicaments moins chers; le sénateur McCain s'oppose à une
approche. Ainsi, le sénateur Obama voudrait implanter un système
de soins de santé qui serait obligatoire pour les enfants, mais
facultatif pour les adultes. Le sénateur McCain voudrait conserver
l'actuel système de santé à peu près intact, tout
en offrant aux individus un de crédit d'impôt remboursable de $
2500 pour couvrir des dépenses de santé. Ici encore, le choix est
très clair.
3. Sur la
question des droits des femmes, le sénateur Obama se range clairement du
côté des femmes et de leur droit à contrôler leur
propre corps. Ainsi, il estime que les décisions sur l'avortement
doivent rester une affaire entre la femme et son médecin, et ne pas
être dictées par des autorités religieuses ou politiques.
En revanche, le sénateur McCain s'est rapproché des militants
religieux et favorise maintenant l'annulation du jugement “Roe vs
Wade”, c'est-à-dire la décision de la Cour suprême
qui autorise les avortements. Le sénateur McCain ne permettrait que deux
exceptions, soit l'inceste et le viol. Il semblerait que ceux qui croient dans
les droits des femmes devraient voter pour le sénateur Obama et ceux qui
croient que l'État doit imposer ses décisions aux femmes
devraient voter pour le sénateur McCain.
4. Sur la
question cruciale des nominations à la Cour suprême des
États-Unis, le choix entre les deux candidats à l'élection
présidentielle semble également être assez clair. Le
sénateur Obama indique qu'il désignera des juges progressifs
à la Cour suprême, alors que le sénateur McCain voudrait
pousser la Cour suprême encore plus loin vers la droite. Par exemple, le
sénateur Obama s'est opposé à la nomination du juge Samuel
Alito (janvier 2006) et à celle du juge John Roberts en tant que juge en
chef de la Cour suprême (sept. 2005). C'est peut-être sur cette
question que se trouve le plus grand fossé entre les deux candidats.
5. En matières d'impôts et
de choix budgétaires, les deux candidats sont passablement
différents. Pour un, même si le sénateur McCain s'est
initialement opposé à l'administration Bush et à ses
réductions d'impôt en 2003, il a depuis changé de camp et
il appuie maintenant de telles réductions et les déficits qui en
sont résulté, tout en proposant une augmentation dans les
dépenses militaires. Le sénateur McCain pourrait même aller
jusqu'à exiger une majorité des deux tiers du Congrès
avant d'augmenter tout impôt. Étant donné que les
dépenses ne seraient pas contraintes, ce serait une recette certaine
pour créer des déficits budgétaires à
répétition pour des années à venir.
En
contrepartie, le sénateur Obama propose que les personnes très
riches contribuent davantage au financement de la sécurité
sociale. Il mettrait un terme aux réductions d'impôts pour les
riches telles que promulguées par l'administration Bush. Il souhaite
également doter les États-Unis d'un système fiscal plus
progressif en exigeant des personnes très fortunées qu'elles
contribuent proportionnellement davantage que les personnes à faibles
revenus, tout en offrant des allégements fiscaux à la
majorité des contribuables américains. Sur ce point, le
sénateur McCain est plus un imitateur de George W. Bush, tandis que le
sénateur Obama adopte la position démocratique traditionnelle qui
consiste à favoriser la classe moyenne et les pauvres au
détriment de la classe très riche. Le choix sur cette question
est aussi assez claire.
D'une
façon générale, le sénateur Obama semble s'entourer
de personnes reconnues pour leur intelligence, leur compétence et leur
expérience, telles l'ancien conseiller à la
sécurité nationale Zbigniew Brzezinski et l'ancien
général William Odom. D'autre part, le sénateur McCain
semble être plus enclin à imiter le président George W.
Bush en s'entourant de personnes issues des groupes de pression et des milieux
néoconservateurs d'extrême droite.
En
conclusion, on peut affirmer que le sénateur Obama semble être une
meilleure alternative que le sénateur McCain, mais sa propension au
double langage peut être déconcertante. Disons qu'il est
peut-être le moins pire des deux principaux candidats à
l'élection présidentielle. Je suis d'avis que l'ancien Vice
President Al Gore, le candidat pour lequel une majorité
d'Américains ont voté en l'an 2000, aurait été un
meilleur candidat et un choix plus logique, et très probablement, un
candidat avec les meilleures chances de succès pour les élections
présidentielles du 4 novembre prochain.
________________________________________
Rodrigue
Tremblay est professeur
émérite de sciences économiques à l'Université
de Montréal et peut être rejoint à l'adresse suivante:
Visitez son
blogue à l'adresse suivante: www.thenewamericanempire.com/blog.
Site de
l'auteur: www.thenewamericanempire.com/
On peut prendre
connaissance du prochain livre du professeur Tremblay ´ "Le Code pour une
éthique globale": www.TheCodeForGlobalEthics.com/
Retour aux Archives en
français