N. B: Lisez
des extraits en français ou en anglais du prochain livre du professeur
Rodrigue Tremblay :
Le code pour une éthique
globale
www.LeCodePourUneEthiqueGlobale.com/
The Code for Global Ethics
Le Canada et le Projet d'Union
Nord-Américaine (Sommet de Montebello, 20-21
août)
par Rodrigue Tremblay, le jeudi 9 août 2007
« Une entente [avec les États-Unis] afin d'harmoniser les règles du
commerce, de la sécurité ou de la défense, obligerait, en
bout de ligne, le Canada et le Mexique à ... céder aux
États-Unis le pouvoir réel sur le commerce international,
l'investissement international, la réglementation environnementale,
l'immigration, et, en grande partie, sur la politique étrangère,
et même sur les politiques fiscales et monétaires. »
Roy McLaren,
ex-ministre libéral fédéral
Attendez vous à une
réaction fort négative de la part de la population canadienne,
mais aussi de la part des Américains et des Mexicains, quand ils
apprendront dans le détail ce que le trio de Bush-Calderon-Harper a
concocté ces dernières années, dans le plus grand secret
et en l'absence d'aucun débat public.
En effet, les trois gouvernements relativement
impopulaires qui trônent présentement à Washington, Ottawa
et Mexico, se sont associés à de très grandes compagnies,
la plupart américaines, afin d'établir les bases d'une future Union Nord Américaine
(UNA), aussi appelée le projet
pour une « Intégration Profonde » .Il s'agirait
d'une nouvelle alliance de type permanent à l'intérieur de
laquelle les Américains auraient de facto une influence
prépondérante. Elle obligerait le Canada et le Mexique à
harmoniser de nombreuses lois et règlements en fonction des
intérêts du monde du « Big Business » et de
ceux des administrations américaines avant tout
préoccupées par leurs ambitions impériales et
non-démocratiques à travers le monde.
Il va de soi qu'un tel plan d'intégration continentale
poussée, tant au plan économique que politique, s'éloigne
considérablement de l'idée originale d'échanges équitables et libres,
pour les biens et les services, grâce à l'abolition des
barrières tarifaires et non-tarifaires entre les pays de
l'hémisphère. Cette idée a d'abord pris forme avec l'Accord de
libre-échange (ALÉ) de 1988, entre le Canada et
les États-Unis. Par la suite, en 1994, le Canada dut accepter que le
Mexique se joigne à l'Accord de libre
échange nord-américain (ALÉNA),
l'obligeant aussi à faire des concessions substantielles quant à
l'application de la Loi sur Investissement Canada,
laquelle régit les prises de contrôle
étrangères de compagnies canadiennes, en plus de garantir aux
États-Unis un accès privilégié aux ressources
énergétiques canadiennes. Tout cela aurait dû suffire
à ouvrir le marché américain aux entreprises canadiennes.
Il semble, cependant, que ce ne soit point le cas. Les grandes
sociétés et le gouvernement américain veulent se servir du
prétexte de la lutte au terrorisme pour aller beaucoup plus loin et
extraire encore plus de concessions de la part du Canada.
En effet, sous la pression de grandes entreprises, la plupart
américaines, lesquelles ont des installations des deux
côtés de la frontière, et des préoccupations
sécuritaires de l'administration américaine, l'idée
initiale de libre-échange est soufflée et poussée à
un niveau bien supérieur. Ce qui est proposé est ni plus ni moins
de transformer les accords de libre-échange en une organisation
politique parapluie qui serait une sorte d'organisation parallèle
à l'Union Européenne
avec son regroupement de 27 pays.
En réalité, le projet nord-américain pourrait
même dépasser ce qu'a accompli l'UE en matière
d'intégration économique et politique. Ainsi, en Europe, les deux
douzaines et davantage de pays-membres ont conservé leur mainmise sur
leurs forces armées et sur leur politique étrangère et, ce
qui est important, il ne s'y trouve aucun pays en position d'exercer une
influence hégémonique sur l'ensemble de l'Union.—Ce ne
serait pas, bien sûr, le cas en Amérique du nord, à cause
du poids prépondérant des États-Unis par rapport aux deux
autres pays.
Dans les faits, ce qui est sur la table pourrait conduire le Canada, le
Mexique et les États-Unis, trois pays très différents en
matière de populations, de cultures et d'orientations, à
intégrer de facto leurs forces armées et à fusionner
leurs politiques étrangères, de manière à former
une sorte de Forteresse
Nord-Américaine, laquelle opérerait
nécessairement sous le protectorat des États-Unis. Par
nécessité, en effet, ce serait les États-Unis et son
gouvernement qui auraient le gros bout du bâton dans une telle alliance,
alors que les deux autres partenaires seraient relégués au statut
de quasi-colonies politiques et économiques.
Je doute que cela puisse fonctionner.—D'une part, les Canadiens
n'accepteront jamais que le Canada devienne une colonie des États-Unis
et le gouvernement minoritaire
actuel de Stephen Harper en subira les
conséquences s'il persiste dans cette direction. Les Canadiens ne
souhaitent nullement voir leurs forces armées et leur politique
étrangère être de facto fondues dans celles de
l'Amérique impériale. D'autre part, ils ne souhaitent aucunement
voir leurs ressources naturelles placées sous contrôle
américain et être exploitées en presque totalité par
des entreprises américaines qui ont peu ou pas de considération
pour la souveraineté du Canada et pour le bien-être des Canadiens.
De même, les Canadiens en très grande majorité ne
souhaitent guère voir disparaître le dollar canadien au profit
d'un dollar américain de moins en moins bien vu dans le monde, comme
certains l'ont suggéré.
Néanmoins, toutes ces craintes pourraient se réaliser
à terme si les efforts en grande partie secrets qui sont
présentement déployés aux plus hauts niveaux, dans le
cadre de l'opération mystérieuse connue sous l'acronyme anglais
de "SPP", c'est-à-dire le programme baptisé de Partenariat
nord-américain pour la sécurité et la
prospérité (PSP), connu aussi sous le vocable d'« Intégration
Profonde ».Cette initiative d'intégration fut officiellement
lancée lors d'un sommet entre George W. Bush (USA), Vicente Fox
(Mexique) et Paul Martin (Canada), dont les assises se tinrent dans la ville de
Waco au Texas, le 23 mars 2005.
Ce sont de grandes sociétés canadiennes et des compagnies
de moins en moins « canadiennes », telle Alcan sur le
bord d'être vendue à la britannique Rio Tinto, et des filiales
canadiennes de sociétés américaines, qui sont à la
tête de cette campagne en faveur d'une Union nord-américaine. Au
Canada, elles sont regroupées dans le Conseil Canadien des Chefs d'Entreprises
(CCCE), lequel fait des pressions auprès du gouvernement Harper
en faveur du plan. — Le Conseil Canadien des Chefs
d'Entreprises compte quelque 150 membres corporatifs. À
côté de grandes sociétés et banques canadiennes, on
y trouve les filiales des grandes compagnies américaines impliquées
au Canada, telles les sociétés du Pont, Fed X, General Electric,
General Motors, Chrysler, Hewlett-Packard, Home Depot, IBM, Imperial Oil,
Kodak, 3M, Microsoft, Pratt & Whitney, Suncor, Wyeth, Xerox, etc.
— Pour ces dirigeants, le Canada n'est pas un pays distinct des
États-Unis, mais un marché adjacent qu'il importe d'investir et
de contrôler.
C'est il y a quatre ans, en janvier 2003, que le CCCE lança son Initiative Nord-Américaine de sécurité
et de prospérité (INASP). Les politiciens emboîtèrent le pas par la suite. Les
grands objectifs de l'initiative du CCCE étaient initialement
regroupés dans une stratégie à cinq volets:
1-- La Réinvention des frontières entre
le Canada, les États-Unis et le Mexique;
2-- La Maximisation des efficiences
réglementaires;
3-- La négociation d'un pacte continental
global de sécurité énergétique;
4-- La négociation d'une alliance militaire
pour la défense nord-américaine;
5-- Et, la création d'un
nouveau cadre institutionnel pour la nouvelle Union Nord-Américaine.
Par la suite, le Conseil
Canadien des Chefs d'Entreprises s'associa à deux autres organisations,
la première étant le « Council on Foreign Relations », un organisme
américain connu pour son appui à la guerre de George W. Bush
contre l'Irak, et la deuxième
était le « Consejo Mexicano de
Asuntos Internacionales » mexicain.
Le groupe de travail conjoint, baptisé le
« Independent Task Force on the
Future of North America », publia un rapport en mai 2005 dont le titre était
« Construire une
Communauté Nord-Américaine » .
Le rapport proposait 39 recommandations spécifiques dont le but
était d'en arriver à faire disparaître de facto les
frontières et d'établir un espace
économique unique sécurisé, grâce à une
entente politique nord-américaine entre les États-Unis, le Canada
et le Mexique.
En un mot, la recommandation centrale du groupe de travail était
de constituer, à compter de 2010 (dans seulement trois ans !!!) une
communauté économique sécurisée pour l'ensemble du
continent, l'Union Nord-Américaine, avec un périmètre
commun comprenant une structure tarifaire commune, un système commun de
sécurité, et assortie de l'émission d'une carte commune de
transitage frontalier.—On a là l'essence même du projet pour
une « Intégration Profonde » : un seul
marché, une seule frontière économique, et un seul
système officiel de sécurité. Personne n'avance
l'idée pour l'instant d'un « seul drapeau » ou
d'une « même monnaie », mais cela pourrait venir
à terme.
C'est ce projet qui a fait l'objet de discussions lors
de sommets politiques tenus à Waco, Texas, en 2005, afin d'en faire le
lancement, et ensuite en mars 2006, à Cancun au Mexique. À ce
dernier sommet, il fut convenu de créer un Conseil de la
Compétitivité Nord-Américaine
(CCNA), composé de 30 hommes d'affaires provenant en nombre égal
de chaque pays. C'est maintenant à ce groupe de travail tri-national
qu'il incombe d'établir les priorités du programme PSP (ou SPP en
anglais) et de piloter le processus d'intégration profonde grâce
à des transformations gouvernementales dans les trois pays.
— Les 20-21 août prochain, dans un sommet au Château Montebello, à Montebello, Québec, le
président étatsunien George W. Bush, le premier ministre canadien
Stephen Harper et le président mexicain nouvellement élu, Felipe
Calderon, se rencontreront pour discuter des progrès enregistrés
dans l'avancement du programme PSP, lors d'un troisième sommet.
La plupart des Canadiens pensaient, jusqu'à tout
récemment, que l'initiative trilatérale entreprise visait avant
tout à faciliter le commerce et les voyages entre les trois pays, d'une
manière compatible avec les nouvelles exigences de
sécurité qui sont apparues depuis les évènements du
11 septembre 2001.En effet, si c'était là le seul objectif de ces
discussions trilatérales au niveau politique et bureaucratique,
lesquelles ont d'ailleurs commencé dès 2001, la plupart
comprendrait qu'il est nécessaire d'en arriver à de nouveaux
arrangements administratifs afin de réduire la durée de
transitage des autos et des camions aux postes frontaliers, soit par des
installations physiques agrandies, soit par l'instauration de systèmes
de prédédouanement. Dans cette
perspective, les gens n'auraient pas cette crainte de voir leur gouvernement
s'apprêter à laisser tomber des pans entiers de
souveraineté nationale.
Plus d'un soupçonne, cependant,
que les longues lignes de camions canadiens que l'on observe fréquemment
aux postes frontaliers américains, six ans après le 9/11,
témoignent d'une certaine mauvaise foi de la part du gouvernement
américain, lequel semble utiliser la menace terroriste pour mousser son
protectionnisme et pour exercer des pressions indues sur le gouvernement
relativement inexpérimenté de Stephen Harper. Les Canadiens ne
sont pas sans se rappeler, en effet, comment le gouvernement de George W. Bush
a refusé de se plier aux nombreux jugements des tribunaux d'arbitrage de
l'ALÉNA et a forcé le Canada à accepter une entente de
commerce réglementé pour le bois d'œuvre.
Quoiqu'il en soit, on doit se rendre à l'évidence que les
objectifs du projet « Intégration Profonde » vont
beaucoup plus loin que la simple réduction des périodes de
transitage aux postes frontaliers. Ces objectifs sont très nombreux,
très controversés et fort risqués pour la
souveraineté nationale du Canada, car ils vont beaucoup plus loin que de
simplement agrandir les installations frontalières et d'harmoniser les
mesures de contrôle pour les flux commerciaux et touristiques.
En réalité, le but ultime
de l'opération « Intégration Profonde »
est d'en arriver à créer une Union Nord-Américaine de nature politique, et non pas seulement
économique, à l'intérieur de laquelle les trois pays, mais
surtout un plus petit pays comme le Canada, en viendraient à perdre des
éléments importants de leur souveraineté nationale. Ce serait une structure politique et économique qui
ressemblerait à l'Union Européenne, avec ses deux douzaines et davantage de pays-membres, mais
qui prendrait en Amérique du nord une coloration impérialiste.
— L'ALÉNA serait transformée en une union
douanière et les deux pays juniors seraient forcés d'adapter
leurs lois et règlements pour qu'ils soient conformes aux lois et
règlements américains, y compris l'obligation de se conformer aux
politiques américaines en matière de défense et de
politique étrangère.
Comme on le voit, on est passablement loin de
l'idée de simplement faciliter les contrôles frontaliers pour le
mouvement des biens et des personnes. Ce que ces sommets tenus dans le secret
visent est davantage la mise sur pied d'une nouvelle alliance politique globale
entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Mais, à cause de
la force de gravité, cela signifierait, en pratique, que les
États-Unis feraient du Canada, et jusqu'à un certain point du
Mexique, des quasi colonies des USA. — En effet, les
États-Unis sont une sorte d'éléphant politique qui fait
tout à sa tête, surtout depuis qu'il est dirigé par le
tandem Bush-Cheney, alors que le Canada et le Mexique font, au mieux, figure de
petit castor et de petit renard à ses côtés. Ceci pourrait
avoir comme conséquence d'entacher considérablement la
qualité de la démocratie canadienne.
Et, c'est là où le bât blesse.
Dès qu'un pays de taille moyenne accepte de fusionner sa politique de la
défense à celle d'un grand pays—dans le cas des
États-Unis, il s'agit d'un empire de surcroît—il devient
très difficile à un tel pays de conserver une politique
étrangère autonome. — Sa souveraineté nationale
risque alors d'être réduite et compromise d'une façon
irréversible.
Ils sont nombreux les Canadiens qui craignent à
juste titre que le projet d'« Intégration
Profonde » qui fait présentement l'objet de discussions, et
qui est agressivement moussé en certains milieux, n'oblige le Canada
- à laisser tomber toute velléité d'avoir une politique
étrangère, indépendante de celle des
États-Unis, - à voir ses Forces armées,
devenir dépendantes de celles des États-Unis, et, - à
abandonner son contrôle sur les rentes économiques et le
développement de ses ressources naturelles, nommément
sur les ressources en pétrole et en gaz, de même que sur les
ressources hydrauliques et hydroélectriques.
Certains entrevoient même le jour où des
pressions se feront sentir pour que le Canada laisse tomber le dollar canadien, au
profit du dollar américain, provoquant par le fait même la perte
d'indépendance pour ses politiques monétaires et fiscales. Si ces
appréhensions et inquiétudes peuvent sembler
exagérées, peut-on néanmoins s'interroger sur les
précautions qui sont prises pour sauvegarder la souveraineté et
l'indépendance du Canada? Quelles seraient les fondements
démocratiques d'une union politique élargie? Quels sont les
coûts politiques et économiques par rapport aux gains économiques
anticipés? Il n'y a pas eu d'étude entreprise, que je connaisse,
qui aurait évalué correctement ces questions afin de fournir un
éclairage valable pour un débat public de bon aloi.
Par conséquent, force nous est de conclure que
le projet pour une « Intégration Profonde » et
poussée du Canada dans le giron américain est fondamentalement
déficient, sinon carrément subversif au plan politique. Il n'y a
eu aucun débat public articulé sur cet enjeu, même si
tôt ou tard le gouvernement minoritaire de Stephen Harper devra
sûrement consulter et persuader la population canadienne avant de
formuler des législations qui permettraient de concrétiser la
mise en oeuvre du projet.
Un tel débat public n'a pas eu lieu
jusqu'à maintenant. Tout au contraire, tout semble être mis en
oeuvre pour empêcher la population de suivre ce qui se discute, puisque
tout se déroule à huis-clos. Cela devrait suffire à
soulever des doutes, même si ces discussions au plus haut niveau politique
n'ont pas encore force de loi. Dans un avenir plus ou moins lointain, les
ententes ad hoc qui font présentement l'objet de discussions devront être
concrétisées dans des ententes formelles ou même
insérées dans un nouveau traité entre les trois pays. On
nie que ce soit là l'intention, mais la logique de l'opération
milite fortement en faveur d'un tel dénouement.
Personnellement, je crois que
l'enjeu est suffisamment important pour que, tôt ou tard, on tienne un référendum
pan-canadien sur toute la
question de l'« Intégration Profonde ». En effet, il est impossible de rendre
justice à une telle question compliquée dans le cadre d'une
élection générale, alors qu'un parti politique peut
prendre le pouvoir avec une minorité de votes en se faufilant entre
plusieurs autres partis. Une élection générale ne peut
apporter la légitimité requise à un projet politique d'une
telle ampleur. Pour se faire, il faudrait un
référendum
pan-canadien afin que la
population souveraine puisse se prononcer sur la question.
Rodrigue
Tremblay est professeur émérite de sciences économiques
à l'Université de Montréal et peut être rejoint
à l'adresse suivante: rodrigue.tremblay@yahoo.com
Visite de son
blogue:: http://www.thenewamericanempire.com/blog.
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l'auteur: http://www.thenewamericanempire.com/
Lire
des extraits du prochain livre du professeur Tremblay: "The Code for
Global Ethics"
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Publié
le jeudi 9 août, 2007, 8H30 am
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à un ami:
http://www.TheNewAmericanEmpire.com/tremblay=1072b
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