N. B: Lisez des extraits du prochain livre
du professeur Rodrigue Tremblay :
www.LeCodePourUneEthiqueGlobale.com
Parution:
janvier 2009
Éditions Liber ISBN: 978-2-89578-173-8
Montréal
"Nous pouvons tous un jour nous réveiller et
découvrir que comme nation, nous avons perdu le contrôle de nos
affaires."
Dominic D'Alessandro, président
de Manulife
"Nous n'avons pas seulement
assisté au départ de sociétés canadiennes de
premier plan, mais aussi la perte d'une présence canadienne dans des
industries qui faisaient notre force dans le passé."
Gord Nixon, président de la Banque Royale
D'entrée de jeu, mettons de
côté le mythe selon lequel ce serait à cause de l'ALÉNA que
le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux sont
incapables d'empêcher les prises de contrôle
étrangères d'entreprises canadiennes stratégiques.
—Cela n'est pas vrai. En effet, l'ALÉNA contient une clause
spécifique permettant au Canada de soumettre à la Loi canadienne sur les
Investissements, toutes
les acquisitions directes d'entreprises canadiennes par des
«non-Canadiens» quand des actifs de 5 millions de dollars canadiens
ou plus sont en cause. Le montant minimal pour les entreprises
nord-américaines est de $150 millions (montant ajusté
annuellement pour la croissance du Produit Intérieur Brut). Le
deuxième mythe est que le libre échange de
marchandises crée une obligation d'enlever les restrictions aux prises
de contrôles étrangères de sociétés
canadiennes. Rien n'est plus faux. En réalité, le maintien du
contrôle canadien sur les entreprises canadiennes stratégiques est
une question de vouloir politique, et non pas d'obligation légale ou
contractuelle.
Le grand
problème avec une économie de succursales vient de la
satellisation des sièges sociaux opérant au Canada. Lorsqu'une
entreprise canadienne stratégique passe aux mains d'une société
étrangère, il est courant d'entendre des promesses à
l'effet que le siège social de l'entreprise acquise continuera à
fonctionner et pourrait même acquérir de nouvelles
responsabilités. Il ne s'agit pas de mettre en doute la bonne foi de
ceux qui font de telles promesses. Cependant, la logique de la gestion d'une
entreprise mondiale milite plutôt en faveur d'une concentration accrue
des centres de décision. Avec le temps et l'arrivée de nouveaux
dirigeants, il est alors vraisemblable que les futurs efforts de
rationalisation mèneront à un transfert des centres de
décisions névralgiques vers le siège social de la maison
–mère. Dans le cas de la saga Alcoa-Alcan, cela signifierait un
transfert de Montréal vers New York, là où se trouve le
siège social de Alcoa, même si cette dernière est
incorporée en Pennsylvanie.
Les pertes d'un tel
transfert risquent de s'accumuler avec le temps. Par exemple, quelle sera la
marge de manœuvre des gérants locaux? Avec quelles banques et
maisons de courtage fera affaires le siège social de la
société Alcoa quand il s'agira de renouveler les contrats actuels
de la société Alcan? À quels bureaux d'ingénierie
et d'architecture s'adressera en premier lieu le bureau-chef de la maison-mère
quand on voudra faire faire de nouveaux travaux d'exploration? À quels
bureaux de comptables fera-t-il
appel en premier lieu, sinon ceux avec lesquels il fait affaire aux
États-Unis depuis longtemps?
La même chose vaut pour les bureaux d'avocats et d'autres
fournisseurs professionnels de services et pour tous les autres fournisseurs de
biens qui font présentement affaires avec Alcan mais qui, dans un avenir
plus ou moins lointain, devront faire la queue derrière les fournisseurs
habituels de Alcoa.
Il y a, bien
sûr d'autres coûts sociaux reliés à une brisure du
tissu industriel de base d'une économie, ceux-ci allant de la diminution
du rôle de philanthropie des entreprises implantées dans le
milieu, aux effets pervers sur les prix pour les utilisateurs suite à la
diminution de la concurrence sur les marchés, jusqu'aux incidences
fiscales pour les gouvernements quand le transfert des bénéfices
se fait sur une base mondiale afin de minimiser les redevances fiscales.
Et alors que les
coûts sont prévisibles et identifiables, les avantages de rationalisation
et de centralisation profitent avant tout aux actionnaires de la
société de prise de contrôle, après une prime
initiale empochée par les actionnaires de la société
vendue. Les avantages pour l'économie de la société mise aux enchères sont hypothétiques
et à court et moyen terme, et risquent de disparaître logiquement
avec le temps.
Ce sont là
les principales préoccupations qui amènent la plupart des
gouvernements responsables à y regarder deux fois avant de laisser
partir des centres de décisions économiques stratégiques.
Or, dans ce domaine, le Canada "possède" déjà
une des économies les plus étiolées dans le monde
industrialisé. En effet, les entreprises étrangères
contrôlent déjà les deux-tiers de l'emploi dans les
sièges sociaux au Canada. Par conséquent, la satellisation des
sièges sociaux industriels et commerciaux au Canada est
déjà fort avancée. Si rien n'est fait pour consolider les
secteurs névralgiques de l'économie canadienne, cette dernière
ne sera guère plus qu'une économie de succursales, avec toutes
les conséquences économiques et politiques qu'une telle
satellisation aura pour la population canadienne. Déjà, certains
parlent d'abandonner de dollar canadien pour adopter le dollar
américain.
La mode dans certains milieux est de minimiser
les risques rattachées aux prises de contrôle étranger de
sociétés canadiennes stratégiques. C'est une mode et une
abdication qui risquent de coûter très cher aux
générations futures. Le danger pour le Canada, et encore plus
pour le Québec où se pose la question de la langue, est de se
retrouver avec une économie tronquée dont les échelons
supérieurs de la gestion et de la recherche et développement se
retrouveront ailleurs, ne restant au bas de l'échelle que les
organisations syndicales. En conséquence, les jeunes Canadiens et les
jeunes Québécois qui voudront évoluer dans ces
sphères dans l'avenir devront s'expatrier aux États-Unis ou
ailleurs pour le faire. Les politiques à courte vue ne sont pas dans
l'intérêt général, même si elles peuvent
profiter à certains intérêts particuliers dans
l'immédiat.
En matière de contrôle de son
économie, le Canada se trouve dans une situation similaire à
celle de la Suède. Il lui faut, comme ce dernier pays, une loi sur la
concurrence et une politique des prises de contrôle qui tiennent
explicitement compte de l'influence des fusions et des prises de contrôle
sur les activités de recherche et développement, sur l'innovation
et sur la gestion au Canada, et non pas seulement de leurs impacts sur la
valeur réelle des exportations ou de la substitution aux importations.
Il est grand temps qu'un débat ait lieu sur ces questions et que des
politiques cohérentes soient élaborées. Le Canada est en
droit de protéger les secteurs-clé de son économie, que ce
soit les banques, les communications, les transports, les ressources naturelles
et énergétiques, ou les industries culturelles.
En bout de ligne, cependant, c'est
seulement si les entreprises canadiennes les plus stratégiques et encore
sous contrôle canadien mettent l'accent sur l'innovation technologique et administrative qu'elles pourront mieux tirer profit
des marchés internationaux et demeurer compétitives. C'est
là leur plus grande responsabilité. Pour cela, cependant, il faut
qu'elles aient une chance de survivre et de croître et ne soient pas
toutes englobées dans des amalgames étrangers. C'est la
responsabilité des gouvernements élus de veiller à ce que
les conditions nécessaires soient remplies pour favoriser ce dynamisme
de l'économie. S'ils ne le font pas, ils manquent à leurs
devoirs.
(fin)
Rodrigue Tremblay est professeur émérite de sciences
économiques à l'Université de Montréal et peut
être rejoint à l'adresse suivante: rodrigue.tremblay@yahoo.com
Visite de son blogue:: http://www.thenewamericanempire.com/blog.
Site Web de l'auteur: http://www.thenewamericanempire.com/
Lire des extraits du prochain
livre du professeur Tremblay: "The Code for Global Ethics"
http://www.TheCodeForGlobalEthics.com
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Publié, le 25 mai,
2007, 05H30
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