N. B:  Lisez des extraits du prochain livre

du professeur Rodrigue Tremblay :

 

Le code pour une éthique globale

www.LeCodePourUneEthiqueGlobale.com

 

Parution: janvier 2009

Éditions Liber    ISBN: 978-2-89578-173-8

Montréal

www.editionsliber.com

 

 

Le Canada et le Contrôle de son Économie [2ième Partie]

par Rodrigue Tremblay , le 25 mai, 2007

 

 

"Nous pouvons tous un jour nous réveiller et découvrir que comme nation, nous avons perdu le contrôle de nos affaires."

 Dominic D'Alessandro, président de Manulife

 

"Nous n'avons pas seulement assisté au départ de sociétés canadiennes de premier plan, mais aussi la perte d'une présence canadienne dans des industries qui faisaient notre force dans le passé."

Gord Nixon, président de la Banque Royale

 

D'entrée de jeu, mettons de côté le mythe selon lequel ce serait à cause de l'ALÉNA que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux sont incapables d'empêcher les prises de contrôle étrangères d'entreprises canadiennes stratégiques. —Cela n'est pas vrai. En effet, l'ALÉNA contient une clause spécifique permettant au Canada de soumettre à la Loi canadienne sur les Investissements, toutes les acquisitions directes d'entreprises canadiennes par des «non-Canadiens» quand des actifs de 5 millions de dollars canadiens ou plus sont en cause. Le montant minimal pour les entreprises nord-américaines est de $150 millions (montant ajusté annuellement pour la croissance du Produit Intérieur Brut). Le deuxième mythe est que le libre échange de marchandises crée une obligation d'enlever les restrictions aux prises de contrôles étrangères de sociétés canadiennes. Rien n'est plus faux. En réalité, le maintien du contrôle canadien sur les entreprises canadiennes stratégiques est une question de vouloir politique, et non pas d'obligation légale ou contractuelle.

 

Le grand problème avec une économie de succursales vient de la satellisation des sièges sociaux opérant au Canada. Lorsqu'une entreprise canadienne stratégique passe aux mains d'une société étrangère, il est courant d'entendre des promesses à l'effet que le siège social de l'entreprise acquise continuera à fonctionner et pourrait même acquérir de nouvelles responsabilités. Il ne s'agit pas de mettre en doute la bonne foi de ceux qui font de telles promesses. Cependant, la logique de la gestion d'une entreprise mondiale milite plutôt en faveur d'une concentration accrue des centres de décision. Avec le temps et l'arrivée de nouveaux dirigeants, il est alors vraisemblable que les futurs efforts de rationalisation mèneront à un transfert des centres de décisions névralgiques vers le siège social de la maison –mère. Dans le cas de la saga Alcoa-Alcan, cela signifierait un transfert de Montréal vers New York, là où se trouve le siège social de Alcoa, même si cette dernière est incorporée en Pennsylvanie.

 

Les pertes d'un tel transfert risquent de s'accumuler avec le temps. Par exemple, quelle sera la marge de manœuvre des gérants locaux? Avec quelles banques et maisons de courtage fera affaires le siège social de la société Alcoa quand il s'agira de renouveler les contrats actuels de la société Alcan? À quels bureaux d'ingénierie et d'architecture s'adressera en premier lieu le bureau-chef de la maison-mère quand on voudra faire faire de nouveaux travaux d'exploration? À quels bureaux de comptables fera-t-il  appel en premier lieu, sinon ceux avec lesquels il fait affaire aux États-Unis depuis longtemps?  La même chose vaut pour les bureaux d'avocats et d'autres fournisseurs professionnels de services et pour tous les autres fournisseurs de biens qui font présentement affaires avec Alcan mais qui, dans un avenir plus ou moins lointain, devront faire la queue derrière les fournisseurs habituels de Alcoa.

 

Il y a, bien sûr d'autres coûts sociaux reliés à une brisure du tissu industriel de base d'une économie, ceux-ci allant de la diminution du rôle de philanthropie des entreprises implantées dans le milieu, aux effets pervers sur les prix pour les utilisateurs suite à la diminution de la concurrence sur les marchés, jusqu'aux incidences fiscales pour les gouvernements quand le transfert des bénéfices se fait sur une base mondiale afin de minimiser les redevances fiscales.

 

Et alors que les coûts sont prévisibles et identifiables, les avantages de rationalisation et de centralisation profitent avant tout aux actionnaires de la société de prise de contrôle, après une prime initiale empochée par les actionnaires de la société vendue. Les avantages pour l'économie de la société  mise aux enchères sont hypothétiques et à court et moyen terme, et risquent de disparaître logiquement avec le temps.

 

Ce sont là les principales préoccupations qui amènent la plupart des gouvernements responsables à y regarder deux fois avant de laisser partir des centres de décisions économiques stratégiques. Or, dans ce domaine, le Canada "possède" déjà une des économies les plus étiolées dans le monde industrialisé. En effet, les entreprises étrangères contrôlent déjà les deux-tiers de l'emploi dans les sièges sociaux au Canada. Par conséquent, la satellisation des sièges sociaux industriels et commerciaux au Canada est déjà fort avancée. Si rien n'est fait pour consolider les secteurs névralgiques de l'économie canadienne, cette dernière ne sera guère plus qu'une économie de succursales, avec toutes les conséquences économiques et politiques qu'une telle satellisation aura pour la population canadienne. Déjà, certains parlent d'abandonner de dollar canadien pour adopter le dollar américain.

 

La mode dans certains milieux est de minimiser les risques rattachées aux prises de contrôle étranger de sociétés canadiennes stratégiques. C'est une mode et une abdication qui risquent de coûter très cher aux générations futures. Le danger pour le Canada, et encore plus pour le Québec où se pose la question de la langue, est de se retrouver avec une économie tronquée dont les échelons supérieurs de la gestion et de la recherche et développement se retrouveront ailleurs, ne restant au bas de l'échelle que les organisations syndicales. En conséquence, les jeunes Canadiens et les jeunes Québécois qui voudront évoluer dans ces sphères dans l'avenir devront s'expatrier aux États-Unis ou ailleurs pour le faire. Les politiques à courte vue ne sont pas dans l'intérêt général, même si elles peuvent profiter à certains intérêts particuliers dans l'immédiat.

 

En matière de contrôle de son économie, le Canada se trouve dans une situation similaire à celle de la Suède. Il lui faut, comme ce dernier pays, une loi sur la concurrence et une politique des prises de contrôle qui tiennent explicitement compte de l'influence des fusions et des prises de contrôle sur les activités de recherche et développement, sur l'innovation et sur la gestion au Canada, et non pas seulement de leurs impacts sur la valeur réelle des exportations ou de la substitution aux importations. Il est grand temps qu'un débat ait lieu sur ces questions et que des politiques cohérentes soient élaborées. Le Canada est en droit de protéger les secteurs-clé de son économie, que ce soit les banques, les communications, les transports, les ressources naturelles et énergétiques, ou les industries culturelles.

 

En bout de ligne, cependant, c'est seulement si les entreprises canadiennes les plus stratégiques et encore sous contrôle canadien mettent l'accent sur l'innovation technologique et administrative qu'elles pourront mieux tirer profit des marchés internationaux et demeurer compétitives. C'est là leur plus grande responsabilité. Pour cela, cependant, il faut qu'elles aient une chance de survivre et de croître et ne soient pas toutes englobées dans des amalgames étrangers. C'est la responsabilité des gouvernements élus de veiller à ce que les conditions nécessaires soient remplies pour favoriser ce dynamisme de l'économie. S'ils ne le font pas, ils manquent à leurs devoirs.

(fin)

 

 

Rodrigue Tremblay est professeur émérite de sciences économiques à l'Université de Montréal et peut être rejoint à l'adresse suivante:  rodrigue.tremblay@yahoo.com

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Lire des extraits du prochain livre du professeur Tremblay: "The Code for Global Ethics"

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Publié, le 25 mai, 2007,  05H30

 

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