N. B: Lisez des extraits du prochain livre

du professeur Rodrigue Tremblay :

 

Le code pour une éthique globale

www.LeCodePourUneEthiqueGlobale.com

 

Parution: janvier 2009

Éditions Liber    ISBN: 978-2-89578-173-8

Montréal

www.editionsliber.com

 

Le Canada et le Contrôle de son Économie [1ière Partie]

par Rodrigue Tremblay, le 18 mai, 2007

 

 

"C'est le temps de décider si nous sommes simplement des bûcherons et des porteurs d'eau".

Samuel L. Tilley, (1879)

 

"Maîtres chez nous."

Slogan du Parti libéral du Québec (1962)

 

 

Est-ce que les Canadiens sont disposés à retourner à l'ère des porteurs d'eau ? Ce qui se passe de nos jours laisse entrevoir que c'est ce qui se prépare. En effet, si les choses continuent dans la même direction avec les prises de contrôle étrangères de sociétés canadiennes au rythme effarant que l'on observe, souvent par le truchement d'acquisitions hostiles, le Canada reviendra là où il se trouvait dans les années '30 sous les gouvernements de MacKenzie King et de R.B. Bennet, soit une colonie politique qui se doublait alors d'une colonie économique.

 

Il est bon de savoir que ce ne sont pas tous les pays qui acceptent passivement de voir partir le contrôle de leurs entreprises stratégiques vers l'étranger. En 2005, par exemple, les États-Unis s'opposèrent à ce qu'une compagnie chinoise, la National Offshore Oil Company, achète la compagnie américaine de pétrole Unocal, pour un montant de $18,5 milliards US. La compagnie fut plutôt vendue à Chevron pour $17,3 milliards US, soit pour un montant moindre de $1,2 milliards US. De même, en 2006, le Congrès américain bloqua l'achat d'un contrat de gestion de six ports américains par la compagnie Dubai Ports World.

 

Dans le cas de la compagnie Alcoa qui a fait une offre de prise de contrôle hostile de la compagnie canadienne Alcan, elle est elle-même protégée aux États-Unis contre une telle opération parce qu'elle est officiellement incorporée dans l'état de la Pennsylvanie. En effet, aux États-Unis, les  règles de prise de contrôle des sociétés sont avant tout établies par les états dans lesquels les compagnies sont incorporées. Or, la Pennsylvanie est un des états où la législation rend très difficile les prises de contrôle hostiles. En d'autres termes, si Alcan voulait prendre le contrôle d'Alcoa (comme cela pourrait sembler logique à cause de ses activités internationales et à cause de son accès à des sources énergétiques favorables), elle ne pourrait probablement pas le faire.  Dans ce genre de jeu, les Canadiens apparaissent être les dindons de la farce.

 

Le 6 décembre 2003, j'avais écrit dans le journal Les Affaires un article intitulé "La démission tranquille". —À l'époque, c'était le Club de Hockey Canadien de Montréal (Booth Creek Management Corp), MacMillan Bloedel (Weverhaeuser), Laura Secord (Archibald Candy), Groupe Forex (Louisiana Pacific), Canstar/Bauer (Nike), Labatt (Interbrew), Molson (Coors), Bio-Chem Pharma (Shire Pharmaceuticals) ou Gulf Canada (Conoco) dont le contrôle foutait le camp à l'étranger.

 

Aujourd'hui, la ruée touche Inco (CVRD), Falconbridge (Xstrata PLC), Dofasco, Algoma, Ipsco, Lion Ore Mining Int., Masonite, Moore Corp, Hudson's Bay, Seagram, Hiram Walker, Fairmont Hotel, etc., et bientôt Alcan, une compagnie largement subventionnée à même nos ressources énergétiques, et peut-être même Bell Canada (BCE). À ce rythme, il ne restera au Canada que des succursales de sociétés étrangères. Il suffira alors de vendre les grandes banques canadiennes, la CBC-Radio Canada et Air Canada à des étrangers, et ensuite, d'éteindre les lumières. —L'abdication aura été totale.

 

Au chapitre du contrôle de son économie, le Canada se retrouve dans une situation particulière, et une stratégie de laisser-faire ne représente peut-être pas une politique optimale.

 

Premièrement, les législations canadiennes en matière de prise de contrôle hostile sont inadéquates et placent les entreprises canadiennes dans une position de vulnérabilité face à des joueurs étrangers bien financés.

 

Deuxièmement, le Canada est vulnérable face à une prise de contrôle étranger global de son économie parce que la propriété des entreprises au Canada est concentrée dans les mains d'un très petit nombre d'actionnaires très importants. Ceux-ci peuvent facilement, pour toutes sortes de raisons, se départir de leurs blocs d'actions de contrôle à gros prix auprès de sociétés étrangères en mal d'expansion. [Ce n'est pas le cas aux États-Unis où  la majorité des entreprises américaines sont détenues par un grand nombre de très petits actionnaires.]

 

Troisièmement, il est courant d'entendre qu'avec l'ALÉNA le marché des entreprises canadiennes est nord-américain et même mondial, que le contrôle de l'économie n'a plus d'importance, et que la vente d'entreprises canadiennes n'apporte que des avantages: des capitaux liquides entrent au Canada, soutiennent la monnaie, préservent des emplois, ouvrent des possibilités nouvelles d'importation et d'exportation et amènent des modernisations et de nouvelles technologies. On argumente que le phénomène est bidirectionnelle, et que des entreprises canadiennes achètent autant d'entreprises américaines que l'inverse. Qu'en est-il au juste ?

 

Il est vrai que beaucoup d'entreprises canadiennes font des acquisitions à l'étranger, en contrepartie des achats étrangers au Canada. Ainsi, au cours des années 2005 et 2006, selon une récente étude du cabinet KPMG, les entreprises canadiennes ont acheté des actifs industriels ou commerciaux à l'étranger pour une somme de $51 milliards US, tandis que les sociétés étrangères ont mis la main sur des entreprises canadiennes pour une valeur globale de $99 milliards US, soit pour presque deux fois plus. —Et les prises de contrôle étrangères de compagnies canadiennes semblent s'accéler puisqu'au cours des seize derniers mois (2006 et 2007), ce sont tout près de 600 entreprises canadiennes qui sont passées dans des mains étrangères, pour une valeur globale de $156 milliards, selon un relevé de la firme Bloomberg.

 

À l'inverse, quand des sociétés canadiennes tentent de s'implanter à l'étranger, ceci ne se fait pas si facilement que cela, si on considère les incursions difficiles de Canadian Tire et Jean Coutu aux États-Unis. Il faut savoir, en effet, que l'économie canadienne est entre onze et douze fois moins grande que l'économie américaine. Il y a donc une question de proportions et d'importances relatives.

 

Quand une entreprise canadienne achète une société américaine, elle prend rarement le contrôle d'une industrie, et cela passe presque inaperçu. L'entreprise américaine déjà leader aux États-Unis devient presque inévitablement le leader au Canada. À titre d'exemple, quand un Wal-Mart s'implante ou fait une acquisition au Canada, elle n'a pas besoin de se faire connaître et arrive avec son rôle de géant américain et mondial de la distribution. Quand un producteur canadien achète une entreprise aux États-Unis, il s'agit très souvent d'un nain dans la forêt américaine. À cause de cela, il est évident que le contrôle étranger au Canada a beaucoup plus de répercussions que le contrôle canadien dans un énorme marché comme celui des États-Unis.

 

Quatrièmement, il faut prendre en considération la fait que le degré de contrôle étranger est relativement bas aux États-Unis, mais qu'il est déjà très élevé au Canada. Cela est particulièrement vrai pour le secteur manufacturier et de plus en plus pour le domaine minier, celui des ressources pétrolifères et celui de la distribution. Le contrôle étranger de l'économie canadienne est un vieux phénomène, mais il va en s'accroissant. Quelles sont les conséquences économiques et que doit-on faire ?

 

(À suivre)

 

Rodrigue Tremblay est professeur émérite de sciences économiques à l'Université de Montréal et peut être joint à l'adresse suivante:  rodrigue.tremblay@yahoo.com

Visite de son blogue::http://www.thenewamericanempire.com/blog.

Site Web de l'auteur: http://www.thenewamericanempire.com/

Lire des extraits du prochain livre du professeur Tremblay: "The Code for Global Ethics"

http://www.TheCodeForGlobalEthics.com

_______________________________

Publié, le 18 mai, 2007,  05H30

 

Faire suivre à un ami:

http://www.TheNewAmericanEmpire.com/tremblay=1065

Envoyer commentaires et toute autre requête à:

bigpictureworld@yahoo.com

N.B.: Les messages peuvent être publiés sur le site Web, à moins d'une demande en sens contraire.

 

Pour être informé à l'avance des articles à venir, écrire le mot "souscrire" à: bigpictureworld@yahoo.com

Pour se désinscrire, écrire le mot "annuler" et faire parvenir à: bigpictureworld@yahoo.com

 

Retour aux Archives en français

Retour au blog en anglais

 

 (Accueil: TheNewAmericanEmpire.com)

 

© 2007. Tous droits réservés.