N. B: Lisez
des extraits du prochain livre
du professeur Rodrigue Tremblay :
Le code pour une éthique
globale
www.LeCodePourUneEthiqueGlobale.com
Parution: janvier 2009
Éditions Liber ISBN: 978-2-89578-173-8
Montréal
"C'est le
temps de décider si nous sommes simplement des bûcherons et des
porteurs d'eau".
Samuel L. Tilley,
(1879)
"Maîtres chez nous."
Slogan du Parti libéral du Québec (1962)
Est-ce que les Canadiens sont
disposés à retourner à l'ère des porteurs
d'eau ? Ce qui se passe de nos jours laisse entrevoir que c'est ce qui se
prépare. En effet, si les choses continuent dans la même direction
avec les prises de contrôle étrangères de
sociétés canadiennes au rythme effarant que l'on observe, souvent
par le truchement d'acquisitions hostiles, le Canada reviendra là
où il se trouvait dans les années '30 sous les gouvernements de
MacKenzie King et de R.B. Bennet, soit une
colonie politique qui se doublait alors d'une colonie économique.
Il est bon de
savoir que ce ne sont pas tous les pays qui acceptent passivement de voir
partir le contrôle de leurs entreprises stratégiques vers
l'étranger. En 2005, par exemple, les États-Unis
s'opposèrent à ce qu'une compagnie chinoise, la National Offshore Oil Company, achète la
compagnie américaine de pétrole Unocal,
pour un montant de $18,5 milliards US. La compagnie fut plutôt vendue
à Chevron pour $17,3 milliards US, soit pour
un montant moindre de $1,2 milliards US. De même, en 2006, le
Congrès américain bloqua l'achat d'un contrat de gestion de six
ports américains par la compagnie Dubai Ports World.
Dans
le cas de la compagnie Alcoa qui a fait une offre de prise
de contrôle hostile de la compagnie canadienne Alcan, elle est
elle-même protégée aux États-Unis contre une telle
opération parce qu'elle est officiellement incorporée dans
l'état de la Pennsylvanie. En effet, aux États-Unis, les règles de prise de
contrôle des sociétés sont avant tout établies par
les états dans lesquels les compagnies sont incorporées. Or, la Pennsylvanie est un des états
où la législation rend très difficile les prises de
contrôle hostiles. En d'autres termes, si Alcan voulait prendre le
contrôle d'Alcoa (comme cela pourrait sembler logique à cause de
ses activités internationales et à cause de son accès
à des sources énergétiques favorables), elle ne pourrait
probablement pas le faire. Dans ce
genre de jeu, les Canadiens apparaissent être les dindons de la farce.
Le 6 décembre 2003, j'avais écrit dans le
journal Les Affaires un article intitulé "La démission
tranquille". —À
l'époque, c'était le Club de Hockey Canadien de Montréal
(Booth Creek Management Corp), MacMillan Bloedel (Weverhaeuser), Laura Secord (Archibald Candy), Groupe
Forex (Louisiana Pacific),
Canstar/Bauer (Nike), Labatt (Interbrew), Molson (Coors), Bio-Chem Pharma
(Shire Pharmaceuticals) ou Gulf Canada (Conoco) dont le contrôle foutait
le camp à l'étranger.
Aujourd'hui, la
ruée touche Inco (CVRD), Falconbridge (Xstrata PLC), Dofasco, Algoma, Ipsco, Lion Ore Mining Int., Masonite,
Moore Corp, Hudson's Bay, Seagram, Hiram Walker, Fairmont
Hotel, etc., et bientôt Alcan,
une compagnie largement
subventionnée à même nos ressources
énergétiques, et peut-être même Bell Canada (BCE). À ce rythme, il ne restera au Canada
que des succursales de sociétés étrangères. Il
suffira alors de vendre les grandes banques canadiennes, la CBC-Radio Canada et
Air Canada à des étrangers, et ensuite, d'éteindre les
lumières. —L'abdication aura été totale.
Au
chapitre du contrôle de son économie, le Canada se retrouve dans
une situation particulière, et une stratégie de laisser-faire ne représente
peut-être pas une politique optimale.
Premièrement,
les législations canadiennes en matière de prise de
contrôle hostile sont inadéquates et placent les entreprises
canadiennes dans une position de vulnérabilité face à des
joueurs étrangers bien financés.
Deuxièmement,
le Canada est
vulnérable face à une prise de contrôle étranger
global de son économie parce que la
propriété des entreprises au Canada est concentrée dans
les mains d'un très petit nombre d'actionnaires très importants.
Ceux-ci peuvent facilement, pour toutes sortes de raisons, se départir
de leurs blocs d'actions de contrôle à gros prix auprès de
sociétés étrangères en mal d'expansion. [Ce n'est
pas le cas aux États-Unis où la majorité des entreprises américaines sont
détenues par un grand nombre de très petits actionnaires.]
Troisièmement,
il est courant d'entendre qu'avec l'ALÉNA le
marché des entreprises canadiennes est nord-américain et
même mondial, que le contrôle de l'économie n'a plus
d'importance, et que la vente d'entreprises canadiennes n'apporte que des
avantages: des capitaux liquides entrent au Canada, soutiennent la monnaie,
préservent des emplois, ouvrent des possibilités nouvelles
d'importation et d'exportation et amènent des modernisations et de nouvelles
technologies. On argumente que le phénomène est bidirectionnelle,
et que des entreprises canadiennes achètent autant d'entreprises
américaines que l'inverse. Qu'en est-il au juste ?
Il est vrai que
beaucoup d'entreprises canadiennes font des acquisitions à
l'étranger, en contrepartie des achats étrangers au Canada.
Ainsi, au cours des années 2005 et 2006, selon une
récente étude du cabinet KPMG, les
entreprises canadiennes ont acheté des actifs industriels ou commerciaux
à l'étranger pour une somme de $51 milliards US, tandis que les
sociétés étrangères ont mis la main sur des
entreprises canadiennes pour une valeur globale de $99 milliards US, soit pour
presque deux fois plus. —Et les prises de contrôle étrangères
de compagnies canadiennes semblent s'accéler puisqu'au cours des seize
derniers mois (2006 et 2007), ce sont tout près de 600 entreprises
canadiennes qui sont passées dans des mains étrangères,
pour une valeur globale de $156 milliards, selon un relevé de la firme
Bloomberg.
À
l'inverse, quand des sociétés canadiennes tentent de s'implanter
à l'étranger, ceci
ne se fait pas si facilement que cela, si on considère les incursions
difficiles de Canadian Tire et Jean Coutu aux États-Unis. Il faut
savoir, en effet, que l'économie canadienne est entre onze et douze fois
moins grande que l'économie américaine. Il y a donc une question
de proportions et d'importances relatives.
Quand une
entreprise canadienne achète une société
américaine, elle prend rarement le contrôle d'une industrie, et
cela passe presque inaperçu. L'entreprise américaine
déjà leader aux États-Unis devient presque
inévitablement le leader au Canada. À titre d'exemple, quand un
Wal-Mart s'implante ou fait une acquisition au Canada, elle n'a pas besoin de
se faire connaître et arrive avec son rôle de géant
américain et mondial de la distribution. Quand un producteur canadien
achète une entreprise aux États-Unis, il s'agit très
souvent d'un nain dans la forêt américaine. À cause de
cela, il est évident que le contrôle étranger au Canada a
beaucoup plus de répercussions que le contrôle canadien dans un
énorme marché comme celui des États-Unis.
Quatrièmement,
il faut prendre en considération la fait que le degré de
contrôle étranger est relativement bas aux États-Unis, mais
qu'il est déjà très élevé au Canada. Cela
est particulièrement vrai pour le secteur manufacturier et de plus en
plus pour le domaine minier, celui des ressources pétrolifères et
celui de la distribution. Le contrôle étranger de
l'économie canadienne est un vieux phénomène, mais il va
en s'accroissant. Quelles sont les conséquences économiques et
que doit-on faire ?
(À suivre)
Rodrigue Tremblay est professeur émérite de sciences
économiques à l'Université de Montréal et peut
être joint à l'adresse suivante: rodrigue.tremblay@yahoo.com
Visite de son blogue::http://www.thenewamericanempire.com/blog.
Site Web de l'auteur: http://www.thenewamericanempire.com/
Lire des extraits du prochain
livre du professeur Tremblay: "The Code for Global Ethics"
http://www.TheCodeForGlobalEthics.com
_______________________________
Publié, le 18 mai,
2007, 05H30
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