ARTICLES EN FRANÇAIS

 

N. B: Lisez des extraits en anglais et en français du prochain livre du professeur Rodrigue Tremblay "The Code for Global Ethics" ou "Le code pour une éthique globale" à l'adresse suivante: http://www.TheCodeForGlobalEthics.com/

 

 

17.

 

Le 25 janvier 2008

La période de stagflation a débuté

Par Rodrigue Tremblay

 

« La guerre, après tout, qu'est-ce que les gens en retirent? Pourquoi les veuves, les impôts, les jambes de bois et les dettes. »

Samuel B. Pettengill

 

« Les armés, les dettes et les impôts sont des instruments pour placer la majorité sous la domination de quelques-uns. »

James Madison, 4e président des États-Unis (20 avril 1795)

 

« Donnez-moi le contrôle de la monnaie d`une nation et je n`aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois. »

Nathan Rothschild, 1791

 

L'été dernier, j'ai dit qu'il y avait une « crise de solvabilité » sous-jacente à la crise de liquidité dans le marché hypothécaire des subprime. Les banques centrales peuvent atténuer une « crise de liquidité, » mais elles ne peuvent pas résoudre une crise de solvabilité. Toujours l'an dernier et avant le début des événements, j'ai émis un avertissement à l'effet que les Etats-Unis se dirigeaient vers la stagflation. C'était dû à trois facteurs fondamentaux. Tout d'abord, les déséquilibres budgétaires structurels du budget fédéral en période de prospérité, qui font suite aux déficits budgétaires continus de l'administration Bush-Cheney engendrés par les dépenses liées aux guerres en Iraq et en Afghanistan de même qu'à ses grandes réductions d'impôt. Deuxièmement, le surendettement de l'économie US en général jumelé à un taux d'épargne près de zéro (en 1981, il était de 12 %), qui a pour conséquence une augmentation rapide de la dette extérieure des Etats-Unis. Troisièmement, l'indispensable baisse du dollar US visant à inverser et à corriger la détérioration de la balance des paiements des Etats-Unis. Le deuxième facteur [le surendettement] signifie qu'il y aura moins de dépenses de consommation dans les mois à venir alors que le troisième facteur [la dévaluation du dollar] attisera le feu de l'inflation globale. De plus, puisque les déficits budgétaires sont déjà élevés, il y a moins de marge de manœuvre pour des politiques fiscales agressives visant à soutenir l'activité économique. La table est mise pour une période de stagflation, c'est-à-dire une croissance économique ralentit et une hausse de l'inflation.

 

La période de stagflation a débuté. La croissance économique ralentit, l'agrégat de la masse monétaire M3 (1) qui sert à mesurer la quantité de monnaie en circulation dans le monde connaît un taux de croissance dans les deux chiffres, la courbe de rendement (2) s'est inversée pour devenir négative (les taux à court terme sont plus élevés que les taux à long terme) et le dollar US est devenu l'une des monnaies les plus affaiblies au monde. Tout cela alors que les déficits jumeaux des États-Unis (la balance commerciale et les déficits budgétaires du gouvernement fédéral) sont à des niveaux record. Comme je l'ai souligné l'an dernier, « Une monnaie plus faible signifie que l'on importe l'inflation et il devient difficile de maintenir des taux d'intérêt bas, » même si, le moment venu, il permettra d'améliorer la balance commerciale. À toutes fins pratiques, cela signifie que la politique monétaire est aujourd'hui très limitée dans ce qu'elle peut accomplir. Pour l'année 2007, l'inflation a atteint 4,1 %, soit deux tiers de plus qu'en 2006 alors que l'inflation était de 2,5 %. En outre, la flambée des prix dans le commerce de gros est un indicateur d'une augmentation de l'inflation dans les mois à venir.

 

L'inflation étant déjà à la hausse et les taux d'intérêt réels (3) déjà en territoire négatif, les stimulations monétaires agressives deviennent pratiquement contre-productives, car des taux d'intérêt trop bas encouragent les sorties de capitaux, poussant alors le dollar toujours plus bas ce qui signifie alors que l'on importe toujours plus d'inflation. En plus de cela, il faut se rappeler que les changements de politique monétaire prennent au moins neuf à douze mois avant d'avoir un impact sur l'économie réelle. Il faut aussi garder à l'esprit que les États-Unis opèrent de plus en plus sur la scène internationale et qu'ils sont de moins en moins capables d'influencer leur économie nationale en manipulant qu'une seule variable telle que le taux d'intérêt.

 

Bien entendu, la Fed aurait pu mieux jouer son rôle de régulateur préventif si elle était intervenue en 2003-2004 pour contrôler les pratiques bancaires fallacieuses d'octroi de prêts qui ont engendré la débâcle des subprime. Mais maintenant, le mal est fait et rien ne pourra plus réparer les dommages causés au secteur de la construction résidentielle ni aux autres secteurs de l'économie engendrés par ce manque de surveillance.

 

Après sept années d'indulgence face à l'emprunt et à l'endettement pour la construction, le gouvernement des Etats-Unis est aussi dans un pétrin fiscal et il leur est difficile de contrer efficacement le ralentissement de l'économie. En effet, au cours des sept dernières années, l'administration Bush-Cheney a fonctionné sur des déficits budgétaires moyens de 461,29 milliards de dollars par année, pour un grand total de 3 229 milliards de dollars qui s'ajoute aux déficits budgétaires.

 

Il devient alors plus difficile de se lancer dans un nouveau cycle de déficit budgétaire pour stimuler l'économie. D'une part, les changements de politique budgétaire prennent du temps avant d'avoir un impact sur l'économie réelle. Deuxièmement, le ralentissement et la récession à venir vont aggraver le déficit déjà très élevé du gouvernement fédéral, car les recettes publiques diminuent avec l'augmentation du chômage et la baisse de la croissance des revenus. Concernant les dépenses, la guerre en Irak est pratiquement un trou sans fond dans lequel s'engouffre plus de 100 milliards de dollars chaque année et dont on ne voit toujours pas la fin. Les prix du pétrole sont également très élevé d'abord en raison de la forte demande mondiale, mais aussi en raison de l'instabilité géopolitique et de la baisse du dollar.

 

Après sept ans de politique étrangère démentielle et d'un empire construit sur une montagne de dettes, la crise financière et le crédit « crunch », la dégringolade du dollar, le prix élevé du pétrole, tous contribueront au ralentissement économique de 2008 qui est susceptible de se transformer en récession au cours du premier semestre de l'année, si ce n'est pas déjà fait depuis décembre dernier. Le repli des marchés boursiers à travers le monde au cours de ce mois est une autre indication claire que quelque chose ne va pas, non seulement dans l'économie US, mais aussi dans l'économie mondiale.

 

Tout cela semble être de très mauvaises nouvelles pour le parti Républicain de George W. Bush, tout comme ce fut une mauvaise nouvelle pour l'administration Carter, du parti Démocrate, à la fin des années 70. En effet, selon le National Bureau of Economic Research, au cours du dernier siècle l'économie US a été en récession quatre fois dans la première partie de l'année où se tenaient des élections présidentielles. Pour chacune de ces années - 1920, 1932, 1960 et 1980 - le parti du président sortant a perdu les élections.

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Dr Rodrigue Tremblay est professeur émérite en finance internationale à l'Université de Montréal, Québec, Canada et est titulaire d'un doctorat en économique de l'Université Stanford, en Californie, aux États-Unis. Son livre « Le Nouvel Empire Américain » est disponible en France chez Amazon.fr.

Le livre est également disponible au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et au Japon. Il a été récemment traduit en langue turque, sous le titre de « Yeni Amerikan Imparatorlugu », et est donc aussi disponible en Turquie.

 

Traduit par Dany Quirion pour Alter Info.

 

Notes du traducteur :

 

(1) L'agrégat monétaire M3 est un indicateur publié par les banques centrales et qui mesure la quantité d'une monnaie en circulation dans le monde.

Nous savons que depuis fin mars 2006, la Réserve fédérale US a cessé de publier son indicateur M3. Toutefois, le tableau ci-contre estime la croissance de la masse monétaire US.

Titre : « Croissance annuelle de la masse monétaire [US]. »

La ligne rouge qui se termine en mars 2006 représente la courbe de croissance selon les données publiées par la Fed elle-même. La courbe qui se prolonge en bleu marine est la valeur estimée publiée sur le site http://www.shadowstats.com/alternate_data

et qui semble aujourd'hui faire référence.

La croissance de la masse monétaire est semblable ailleurs dont dans la zone euro, voir : http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?&news=4874167

(2) La courbe de rendement inversée : Situation où les taux d'intérêt à court terme sont supérieurs aux taux à long terme. D'ordinaire, les prêteurs obtiennent un rendement plus élevé lorsqu'ils consentent des prêts pour des périodes plus longues : on dit alors que la courbe de rendement est positive. La courbe est inversée lorsque la demande de fonds à court terme fait monter les taux à court terme, généralement en période d'inflation élevée et lorsque la confiance dans l'économie est faible. Historiquement, cette situation précède une période de récession. Source : http://francais.altamira.com/altamira_fr/education-tools/glossary/_c.htm

(3)Le taux d'intérêt réel est le taux d'intérêt nominal moins le taux d'inflation.

 

Rodrigue Tremblay est un économiste canadien qui vit à Montréal, il peut être joint à rodrigue.tremblay@yahoo.com

Article original en anglais.

Rodrigue Tremblay vit à Montréal on peut le joindre au courriel suivant : rodrigue.tremblay@yahoo.com  

Visitez son blog : http://www.thenewamericanempire.com/blog.

Site Web de l'auteur: http://www.thenewamericanempire.com/

Lire des extraits de son prochain livre Le Code pour une Éthique Globale à:

http://www.TheCodeForGlobalEthics.com/

Traduction de Dany Quirion pour Alter Info.

Note du traducteur:

 (1) La désintermédiation signifie ici le retrait des intermédiaires entre les banques et les emprunteurs. Autrement dit, le retrait de ceux qui ont acheté ces nouveaux titres tels que les fonds de pension, les fonds mutuels, etc.

Lundi 03 Décembre 2007

 

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16.

 

Le 3 décembre 2007

Questions et réponses concernant l'actuelle crise financière

par Rodrigue Tremblay

 

« Le problème [des défauts de paiement] sera sensiblement plus grand l'année prochaine [2008], car [les hypothèques de 2006] avaient de bas critères. »

Henry Paulson, le secrétaire du Trésor des États-Unis

 

« La meilleure façon de détruire le système capitaliste est de s'attaquer à sa monnaie. Par des procédés constants d'inflation, les gouvernements peuvent confisquer d'une façon secrète et inaperçue une part notable de la richesse de leurs citoyens. »

John Maynard Keynes (1883-1946)

 

Question n ° 1 - Qu'est-ce qui a déclenché la crise des subprimes aux États-Unis? Pouvez-vous la comparer aux anciennes crises telles qu'à celle des années 80?

 

Les questions sont adressées par le « Turkish Daily News, » à Istanbul en Turquie.

Les réponses sont du Dr Tremblay.

 

Quatre facteurs sont reliés entre eux et sont responsables d'avoir engendré la crise financière en cours [les subprimes] qui sévit aujourd'hui aux États-Unis.

 

Premièrement : la politique monétaire. Après l'éclatement de la bulle Internet [dot.coms en anglais] en 2001 ayant provoqué la récession de mars à novembre 2001, la Fed alors présidée par Alan Greenspan a agressivement abaissé le taux d'intérêt directeur [le Federal Funds rate] passant alors de 6,5% à 1% en 2004, soit le plus bas taux depuis 1958. Il est maintenant reconnu que cette réduction était excessive et que la Fed n'aurait pas dû abaisser son taux en deçà de 2% et qu'il aurait dû être à nouveau augmenté quelque part en 2002. En effet, de 2002 à 2004, la banque centrale des États-Unis a mène une politique monétaire qui était trop expansionniste. Étant aujourd'hui devenu l'ancien président de la Fed, Alan Greenspan, explique sa politique d'alors en affirmant qu'il avait peur que n'arrive une période de déflation, mais peu d'économistes sont d'accord avec lui. Entre 2002 et 2004, la Fed n'avait pas besoin de garder les taux d'intérêt à court terme aussi bas et pendant si longtemps, d'autant plus que l'administration Bush avait réduit les taux d'imposition et qu'elle avait augmenté ses dépenses militaires par l'invasion militaire de l'Iraq.

 

Deuxièmement : le boom immobilier. Les taux d'intérêt anormalement bas aux États-Unis et aussi partout ailleurs en raison de l'interconnexion entre l'argent et les marchés de capitaux, a alimenté un boom immobilier à travers le monde qui n'était pas viable à long terme, puisqu'il était basé sur la spéculation. En effet, les taux hypothécaires aux États-Unis sont demeurés faibles, même après que la Fed ait commencé à relever son taux directeur [Federal Funds rate] de 1% au milieu de 2004 jusqu'à 5,25% en juin 2006. Cela a amené les États-uniens à emprunter d'énormes sommes à l'étranger. En 2006, le déficit courant des États-Unis a même atteint 6% du PIB. La Chine, le Japon et les pays producteurs de pétrole étaient les principaux acheteurs de bons du Trésor et des obligations US.

 

Troisièmement : de nouvelles règles bancaires. Étant donné l'incessante augmentation de la valeur des maisons, les institutions de prêt ont assoupli leurs règles de prêts puisque les maisons données en garantie de ces prêts gagnaient toujours de la valeur. Les banques et les autres prêteurs hypothécaires ont commencé à accommoder les emprunteurs de la catégorie des subprimes ayant un crédit douteux, en élargissant le marché des prêts hypothécaires à ces acheteurs de maison qui en d'autres temps n'auraient pas pu se qualifier. Des prêts pour l'acquisition de maison ont été octroyés de manière non conventionnelle à des emprunteurs qui n'ont pas eu à justifier leurs sources de revenus. Certains prêts étaient des prêts appelés « payez-l'intérêt-seulement » [interest-only] avec de faibles versements hypothécaires de 5% ou moins. Certains autres prêts étaient des prêts à taux variables (ARMs), avec de faibles taux d'intérêt pour la première année ou pour les deux premières années, pour être par la suite augmentés à des taux beaucoup plus élevés. En 2006, environ 25% des prêts hypothécaires aux États-Unis étaient des subprimes et près de 20% étaient des prêts à taux variables.

 

Quatrièmement : les nouveaux produits financiers. Avec la forte augmentation des demandes pour des emprunts hypothécaires, les grandes banques ont eu recours à certains produits financiers inventifs en vue d'économiser leur capital. Elles ont commencé à regrouper ces prêts de manière plus attrayante et à les segmenter (ou à les fractionner) sous la forme de nouveaux titres exotiques et ce faisant, à transférer le risque de crédit aux acheteurs de ces titres. C'est ainsi qu'a été créé une nouvelle catégorie de titres, souvent cotée AAA (la cote la plus sûre) par les agences de notation et que des fonds mutuels, des sociétés d'assurance, des fonds de pension et d'autres investisseurs pouvaient acheter.

 

Ces nouveaux Fonds d'investissement spécialisés (SIVs) sont présentés sous différents noms tels que les Titres adossés à des créances obligataires (CBOs) ou les Titres adossés à des actifs (CDOs). Ils avaient les caractéristiques des Papiers commerciaux [Asset-based commercial paper]. C'est le marché des papiers commerciaux qui est actuellement perturbé aux États-Unis et ailleurs et qui est au centre de la crise financière actuelle. Au plus fort de la crise au cours de l'été 2007, le marché des papiers commerciaux aux États-Unis était évalué à environ 1 170 milliards de dollars. Il est tombé aujourd'hui à environ 900 milliards de dollars et il continue toujours à s'amenuiser, alors que les banques comptabilisent des créances douteuses. [NB: Ce processus de désintermédiation (1) financière peut durer plusieurs années.]

 

La crise de l'épargne et du crédit du début des années 1980 fut aussi un coup sérieux à l'économie US. Plus de 1000 institutions financières d'épargne et de crédit ont fait faillite et les pertes sont estimées à environ 150 milliards de dollars. De plus, la crise a contribué à engendrer la récession de 1990-1991. Cette fois-ci, la crise financière est au moins aussi mauvaise, sinon pire, puisque c'est l'intégrité de l'ensemble du secteur bancaire US qui et remis en question. L'ampleur des pertes de la crise actuelle n'est pas encore complètement connue, mais tout le monde s'accorde à dire qu'elles seront très importantes.

 

[Un autre exemple des années 90 est la faillite tout juste évitée en septembre 1998 du Hedge fund « Long Term Capital Management (LTCM). » La Réserve fédérale (la Fed) a dû intervenir en panique et fournir des liquidités afin d'éviter la liquidation forcée de cet important acteur financier qui aurait alors eu un impact négatif sur le cours des obligations